Le Portique, 1909· V L’homme et la douleur
Vieillesse
Deviendrai-je cette ombre horrible de moi-mêmeQu’est un vieillard ? fantôme ankylosé, ventru,Dieu Terme emprisonné vivant au marbre brut,Roi sans trône, qui pleure en vain son diadème ?
Accepterai-] e de voir fuir tous ceux que j’aime,Les yeux tendres, les cœurs profonds auxquels j’ai cru,Et seul, dans le rayon blafard du jour décru,M’assoirai-je, tendant les mains vers l’âtre blême ?
Ah ! je sais qu’on s’accroche, hélas ! à toute épave,Que le meilleur, que le plus fort, que le plus braveDevient humble, à sentir qu’il penche vers le sol…
Vienne la Mort me prendre en plein ciel, en plein vol,Comme l’aigle blessé dont se ferment les ailesTombe, enivrant d’azur infini ses prunelles !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources