Les flamandes, 1883
Kato
Après avoir lavé‖ les puissants mufles rouxDe ses vaches, curé‖ l'égout et la litière,Troussé son jupon lâche‖ à hauteur des genoux,Ouvert, au jour levant,‖ une porte à chatière.
Kato, la grasse enfant,‖ la pataude, s'assied.Un grand mouchoir usé‖ lui recouvrant la nuque,Sur le vieil escabeau,‖ qui ne tient que d'un pied.Dans un coin noir, où luit‖ encor un noctiluque.
Le tablier de cuir‖ rugueux sert de cuissart ;Les pieds sont nus dans les‖ sabots. Voici sa pose :Le sceau dans le giron,‖ les jambes en écart,Les cinq doigts grapilleurs‖ étirant le pis rose,
Pendant qu'au réservoir‖ d'étain jaillit le lait,Qu'il s'échappe à jet droit,‖ qu'il mousse plein de bulles,Et que le nez rougeaud‖ de Katu s'en repaît,Comme d'un blanc parfum‖ de pâles renoncules.
C'est sa besogne à l'aube,‖ au soir, au cœur du jour,De venir traire, à pleine‖ empoignade, ses bêtes,En songeant d'un œil vide‖ aux bombances d'amour,Aux baisers de son gars‖ dans les charnelles fêtes.
De son gars, le meunier,‖ un grand rustaud râblé,Avec des blocs de chair‖ bossuant sa carcasse,Qui la guette au moulin,‖ tout en veillant au blé,Et la bourre de baisers gras‖ dès qu'elle passe.
Mais son étable avec‖ ses vaches la retient,Elles sont là, dix, vingt,‖ trente, toutes en graisse,Leur croupe se haussant‖ dans un raide maintien,Leur longue queue, au ras‖ des flancs, ballant à l'aise.
Propres ? Rien ne luit tant‖ que le poil de leur peau ;Fortes ? Leur cuisse énorme‖ est de muscles gonflée ;Leur grand souille, dans l'auge‖ emplie, ameute l'eau,Leur coup de corne enfonce‖ une cloison d'emblée.
Elles mâchonnent tout‖ d'un appétit goulu :Glands, carottes, navets,‖ trèfles, sainfoins, farines,Le col allongé droit‖ et le mufle velu,Avec des ronflements‖ satisfaits de narines,
Avec des coups de dent‖ donnés vers le panier,Où Kato fait tomber‖ les raves qu'elle ébarbe,Avec des regards doux‖ fixés sur le grenier,Où le foin, par les trous,‖ laisse flotter sa barbe.
L'écurie est construite‖ à plein torchis. Le toit,Très vieux, très lourd, couvert‖ de chaume et de ramées,Sur sa charpente haute‖ étrangement s'asseoitEt jusqu'aux murs étend‖ ses ailes déplumées.
Les lucarnes du fond‖ permettent au soleilDe chauffer le bétail‖ de ses douches ignées.Et le soir, de frapper‖ d'un cinglement vermeilLes marbres blancs et roux‖ des croupes alignées.
Mais, au dedans, s'attise‖ une chaleur de four,Qui monte des brassins,‖ des ventres et des couchesDes jarrets embousés,‖tandis que tout autourBourdonne l'essaim noir‖ et sonore des mouches.
Et c'est là qu'elle vit,‖ la pataude, bien loinDu curé qui sermonne‖ et du fermier qui rage,Qu'elle a son coin d'amour‖ dans le grenier à foin,Où son garçon meunier‖ la roule et la saccage,
Quand l'étable au repos‖ est close prudemment,Que la nuit autour d'eux‖ répand sa somnolence,Qu'on n'entend rien, sinon‖ le lourd mâchonnementD'une bête éveillée‖ au fond du grand silence.
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a roux / genoux masculine, classiqueb litière / chatière féminine, classiquea s'assied / pied masculine, classiqueb nuque / noctiluque féminine, classiquea cuissart / écart masculine, classiqueb pose / rose féminine, classiquea lait / repaît masculine, classiqueb bulles / renoncules féminine, classiquea jour / d'amour masculine, classiqueb bêtes / fêtes féminine, classiquea râblé / blé masculine, classiqueb carcasse / passe féminine, classiquea retient / maintien masculine, non classiqueb graisse / l'aise féminine, classiquea peau / l'eau masculine, classiqueb gonflée / d'emblée féminine, classiquea goulu / velu masculine, classiqueb farines / narines féminine, classiquea panier / grenier masculine, classiqueb ébarbe / barbe féminine, classiquea toit / s'asseoit masculine, classiqueb ramées / déplumées féminine, classiquea soleil / vermeil masculine, classiqueb ignées / alignées féminine, classiquea four / autour masculine, classiqueb couches / mouches féminine, classiquea loin / foin masculine, classiqueb rage / saccage féminine, classiquea prudemment / mâchonnement masculine, classiqueb somnolence / silence féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes, Paris, Société du Mercure de France, 1895· numérisation poesies.net· Sources