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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les flamandes, 1883

Les vieilles

Émile Verhaeren· strophe unique, alexandrins, 48 vers

Les chairs, les belles chairs‖ en fleur des gouges mortes,Jeunes encore, où vont‖-elles ? et qui de nousLes verra resplendir‖ ailleurs, rouges et fortes,Et les adorera,‖ toujours à deux genoux !Souvent, lorsque Juillet‖ flamboie, on rêve d'elles,De leurs beaux corps défunts,‖ qu'on a connus jadis,Et plus haut que ne va‖ le vol des hirondelles,Près des cieux, on croit voir‖ de lointains paradisEmbrasés de lumière‖ et tapissés de nues,Où l'œil vainqueur, les seins‖ sortis du corset d'or,Des anneaux de rubis‖ cerclant leurs jambes nues,Le front plaqué d'un feu‖ de soleil qui s'endort,Les gouges dans leur gloire‖ ardente se promènent.Ah ! celles-là, du moins,‖ ont bien fait de mourirAvant que les laideurs‖ et les maux se déchaînentSur leur être superbe‖ et trop beau pour souffrir.Mais d'autres que voilà,‖ toutes celles que l'âgeCourbe, casse, salit,‖ ruine et rabougrit,Qui subissent, l'échine‖ en deux, le vasselageDu cerveau qui s'ébête‖ et du cœur qui pourrit,Qui ne veulent crever,‖ quoique jaunes, flétries,Qui s'accrochent au monde‖ et se sèchent d'aigreur,Bien que les temps soient là‖ des voluptés taries,Sont celles que je hais,‖ celles qui font horreur !Ah chair de vieilles, chair‖ veule, rèche, moisie,Mauvaise chair, tout au‖ plus bonne pour les vers,Pourquoi ne pas, avant‖ la sinistre étisie,Purger de tes humeurs‖ séniles les champs verts,De ta lèpre l'air frais‖ et de ta jalousieLes beaux soirs, le soleil‖ et les chemins d'amour ?Chair puante, pourquoi‖ salir de toi la terre.Et qu'avons-nous besoin‖ de ta hideur ? — Le jour !Vois donc comme il jaillit‖ flamboyant d'un cratèreD'aube, comme il émaille‖ en bleu les cieux ardents,Comme il rosit au front‖ l'enfance et la jeunesse !Pour vous, vieilles, le jour,‖ c'est le masque sans dents,C'est la paupière où du‖ pus congelé se presse,Faisant comme une plaie‖ à chacun de vos yeux,C'est le menton piqué‖ de poils roux, c'est la teigneQui ronge par endroits‖ le gris de vos cheveux,C'est un cancer, servant‖ à vos faces d'enseigne,Ce sont vos deux sourcils‖ râclés, ce sont vos seinsClapotant sur les flancs‖ leur flic-flac de vessieFlasque, ce sont vos bras‖ osseux, ce sont vos reins,Vos doigts, vos mains, vos pieds‖ gonflés d'hydropisie,C'est votre corps entier,‖ gluant, lépreux, perclus,Carcasse répandant‖ une telle asphyxie,Que les chiens de la mort‖ n'en voudront même plus !

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
9[abab] 1[ababa] 1[ababcbc]
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a mortes / fortes féminine, classiqueb nous / genoux masculine, classiquec d'elles / hirondelles féminine, classiqued jadis / paradis masculine, classiquee nues féminine, classiquef d'or / s'endort masculine, non classiqueg promènent / déchaînent féminine, classiqueh mourir / souffrir masculine, classiquei l'âge / vasselage féminine, classiquej rabougrit / pourrit masculine, classiquek flétries / taries féminine, classiquel d'aigreur / horreur masculine, classiquem moisie / étisie / jalousie féminine, classiquen vers / verts masculine, classiqueo d'amour / jour masculine, classiquep terre / cratère féminine, classiqueq ardents / dents masculine, classiquer jeunesse / presse féminine, classiques yeux / cheveux masculine, classiquet teigne / d'enseigne féminine, classiqueu seins / reins masculine, classiquev vessie / d'hydropisie / asphyxie féminine, classiquew perclus / plus masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes, Paris, Société du Mercure de France, 1895· numérisation poesies.net· Sources