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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les moines, 1885

Le cimetière

Émile Verhaeren· strophes variées, alexandrins, 44 vers

Sous ce terrain perdu‖ que les folles avoinesEt les chiendents et les‖ sainfoins couvrent de vert,On enterrait — voici‖ quatre siècles — des moinesLes mains jointes, le front‖ du capuchon couvert,Le corps enveloppé‖ de la pudeur des laines.Ils s’endormaient dans un‖ calme sacerdotalEt rien ne leur venait‖ ni des mers, ni des plaines,Qui pût troubler leur long‖ sommeil horizontal.Alors comme aujourd’hui,‖ les larges moissons mûresCharriaient leur marée‖ autour des loins d’argent,Où luisaient des clochers‖ ainsi que des armures.L’enclos funèbre avait‖ le même aspect changeant,La terre ocreuse était‖ de micas chatoyée,La même croix d’airain,‖ que midi faisait d’or,Tenait sur ses grands bras‖ sa douleur déployéeEt semblait un oiseau‖ qui prend un tel essorQu’il atteindra le ciel,‖ d’un seul coup d’aile immense.

Depuis, les morts nouveaux‖ ont écrasé les vieuxEt toujours cet enclos‖ que le deuil ensemenceS’étend, vierge et muet,‖ vide et silencieux,Mêlant et remêlant‖ les cendres aux poussières,Les défunts aux défunts,‖ les débris aux débris,Sous le même soleil‖ et les mêmes prières ;Toujours les blés houleux‖ entourent son mur gris.Toujours sous le manteau‖ de ses folles avoines,De ses chiendents soyeux‖ et de son gazon vert,Il tient caché les corps‖ des abbés et des moines,Les mains jointes, le front‖ du capuchon couvert.Et cette antiquité‖ de deuil réglementaire,Ces mêmes morts toujours‖ à d’autres succédant,Qui rendirent jadis‖ cet enclos légendaire,Ont maintenu, dans notre‖ âge de doute ardent,Autour du deuil chrétien‖ de ces trépas superbes,Mystérieusement‖ couchés dans ce coin noir,Les mêmes bruits pieux‖ de vent parmi les herbesEt d’oiseaux clairs rythmant‖ leurs chansons dans le soir.Pourtant, par les beaux mois‖ d’été glacés de lune,Sous un ciel reluisant‖ d’or et d’argent poli,Ce lieu répand encor‖ sa hantise importune,Et lorsque les brouillards‖ montent du sol pâliEt s’étendent, sur les‖ tombes, en blanc suaire,On voit, là-bas, de grands‖ moines se rassembler,Se saluer le front‖ par terre et s’en allerPar la vague terreur‖ de la nuit mortuaire.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
10[abab] 1[abba]
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a avoines / moines féminine, classiqueb vert / couvert masculine, classiquec laines / plaines féminine, classiqued sacerdotal / horizontal masculine, classiquee mûres / armures féminine, classiquef d’argent / changeant masculine, classiqueg chatoyée / déployée féminine, classiqueh d’or / essor masculine, classiquei immense / ensemence féminine, classiquea vieux / silencieux masculine, classiquec poussières / prières féminine, classiqued débris / gris masculine, classiqueg réglementaire / légendaire féminine, classiqueh succédant / ardent masculine, classiquei superbes / herbes féminine, classiquej noir / soir masculine, classiquek lune / importune féminine, classiquel poli / pâli masculine, classiquem suaire / mortuaire féminine, classiquen rassembler / aller masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes, Paris, Société du Mercure de France, 1895· numérisation wikisource.org· Sources