Les soirs, 1887· Les débâcles 1888· II Déformation morale
Conseil absurde
Autant que moi malade‖ et veule, as-tu goûtéQuand ton être ployait‖ sous les fièvres brandies,Quand tu mâchais‖ l’orviétan des maladies,Le coupable conseil‖ de l’inutilité ?
Et doux soleil qui baise‖ un œil éteint d’aveugle ?Et fleur venue an tard‖ décembral de l’hiver ?Et plume d’oiselet‖ soufflée au vent de fer ?Et neutre et vide écho‖ vers la taure qui meugle ?
Ô les rêves du rien,‖ en un cerveau morduD’impossible ! s’aimer,‖ dans son effort qui leurre !Se construire, pour la‖ détruire, une demeure !Et se cueillir, pour le‖ jeter, un fruit tendu !
Hommes tristes, ceux-là‖ qui croient à leur génieEt fous ! et qui‖ peinent, sereins de vanité ;Mais toi, qui t’es instruit‖ de ta futilité,Aime ton vain désir‖ pour sa toute ironie.
Regarde en toi,‖ l’illusion de l’universDanser ; le monde entier‖ est du monde la dupe ;Agis gratuitement‖ et sans remords ; occupeTa vie absurde à se‖ moquer de son revers.
Songe à ces lys royaux,‖ à ces roses ducales,Fiers d’eux-mêmes et qui‖ fleurissent, à l’écart,Dans un jardin, usé‖ de siècles, quelque part,Et n’ont jamais courbé‖ leurs tiges verticales.
Inutiles pourtant,‖ inutiles et vains,Parfums demain perdus,‖ corolles demain mortes,Et personne pour s’en‖ venir ouvrir les portesEt les faire servir‖ au pâle orgueil des mains.
Versification
- Forme
- 7 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 7(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a goûté / l’inutilité masculine, classiqueb brandies / maladies féminine, classiquea d’aveugle / meugle féminine, classiqueb l’hiver / fer masculine, équivalentea mordu / tendu masculine, classiqueb leurre / demeure féminine, classiquea génie / ironie féminine, classiqueb vanité / futilité masculine, classiquea l’univers / revers masculine, classiqueb dupe / occupe féminine, classiquea ducales / verticales féminine, classiqueb l’écart / part masculine, classiquea vains / mains masculine, classiqueb mortes / portes féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes, Bruxelles, Edmond Deman, 1895· numérisation wikisource.org· Sources