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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les soirs, 1887· Les débâcles 1888· II Déformation morale

Le meurtre

Émile Verhaeren· strophes variées, alexandrins, 48 vers

En ces heures de vice‖ et de crime rigides,Se rêve un meurtre ardent,‖ que la nuit grandiraitDe son orgueil — plafond‖ d’ébène et clous algides —Et de la toute horreur‖ de sa noire forêt,Là-bas, quand, parmi les‖ ombres qui se menacent,Au clair acier des eaux,‖ un glaive d’or surgitVers les rages qui vont‖ et les haines qui passent.

— Et pieds mystérieux,‖ pieds de marbre, sans bruit,Là, quelque part,‖ aux carrefours, en des ténèbres —Un silence total‖ ferme la plaine, au loin :Le ciel indifférent‖ voile ses clairs algèbres,Et rien, pas même Dieu,‖ ne semble être témoin.Tous les mêmes, luisants‖ de lierre et tous les mêmesD’écorce et de rameaux,‖ comme un effarement,Sur double rang, là-bas,‖ jusqu’aux horizons blêmes,Muets et seuls,‖ des arbres vont, infiniment.

— Un grand éclair nerveux,‖ au bout d’un poing logique,Et puis un râle, à peine‖ ouï par les taillis —

Et de la gorge ouverte‖ et tordue et tragique,Un sang superbe et rouge,‖ en légers gargouillis,Coule, comme un ruisseau‖ de corail parmi l’herbeEt, du torse troué,‖ s’épand sur le sol noir.La voix assassinée‖ éclate en bouche acerbeEt les regards derniers‖ fixent comme un espoirQuelque chose, là-bas,‖ qui serait la justice.— Soudain, voici la peur‖ de ce cadavre froidEt la peur de la peur‖ crédule et subreptice —

Et vivement, avec‖ des pleurs et de l’effroi,Avec des mains‖ repentantes et caressantesPour apaiser ce mort‖ soudain et qui seraLe fantôme des nuits‖ lourdes et malfaisantes,Le fantôme ! — quel est‖ celui qui s’en viendraBaisser, sur ces grands yeux,‖ les paupières tombalesEt clore ces lèvres, silencieusement.

— Et les remords‖ choquent les fers de leurs cymbalesEt le voici qui peut‖ tomber le châtiment —

Alors, ouvre ton âme‖ et déguste l’angoisseEt le mystère éclos,‖ aux caves de ton cœur :Un flambeau qu’on déplace,‖ une étoffe qu’on froisse,Un trou qui te regarde,‖ un craquement moqueur,Quelqu’un qui passe et qui‖ revient et qui repasseTe feront tressaillir‖ de frissons instinctifsEt tu te vêtiras‖ d’une inédite audace ;D’autres sens te naîtront,‖ subtils et maladifs,Ils renouvelleront‖ ton être, usé de rages,Et tu seras celui‖ qui fut sanglant un peu,Qui bondit hors de soi‖ et creva les miragesEt, biffant une vie,‖ a fait œuvre de Dieu !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
12[abab]
Mètre
Alexandrins· profil 6÷6
Mots à la rime
a rigides / algides féminine, classiqueb grandirait / forêt masculine, classiquec menacent / passent féminine, classiqued surgit / bruit masculine, classiqueb ténèbres / algèbres féminine, classiquec loin / témoin masculine, classiqued mêmes / blêmes féminine, classiquee effarement / infiniment masculine, classiquea logique / tragique féminine, classiqueb taillis / gargouillis masculine, classiquec l’herbe / acerbe féminine, classiqued noir / espoir masculine, classiquee justice / subreptice féminine, classiquef froid / l’effroi masculine, non classiqueb caressantes / malfaisantes féminine, classiquec sera / viendra masculine, classiqued tombales / cymbales féminine, classiquee silencieusement / châtiment masculine, classiquea l’angoisse / froisse féminine, classiqueb cœur / moqueur masculine, classiquec repasse / audace féminine, classiqued instinctifs / maladifs masculine, classiquee rages / mirages féminine, classiquef peu / Dieu masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes, Bruxelles, Edmond Deman, 1895· numérisation wikisource.org· Sources