Les soirs, 1887· Les soirs· I Décors liminaires
Les rues
À coups de flamme errante‖ au loin, le long des rues,Les lanternes, debout‖ sur le bord du trottoir,S’allument, brusquement,‖ dans la ville du soir,Une à une, et dans l’ombre‖ et les rumeurs décrues.
D’un trait — et monotone‖ et triste, à l’infini,Toujours mêmes maisons‖ se succédant, la voieTourne vers la banlieue‖ aride et se reploie,Comme un coude cassé,‖ vers un marais jauni.
Et les brumes tout lentement‖ s’appesantissentEt suspendent leur grand‖ linceul du haut d’un toit,Une lune souffrante‖ et pâle s’entrevoitEt se mire aux égouts,‖ où des clartés pourrissent.
Un roulement plaintif‖ de chariot quinteuxTout seul dévale et geint‖ et crie, aux coins des bornes,Et lourdement, et deux‖ par deux, les chevaux mornesHeurtent de leurs vieux fers,‖ le vieux pavé boiteux.
Et dans la brume grise,‖ un cartouche d’enseigne,Sous les flammes du gaz,‖ s’avive et luit encor :La façade paraît‖ pleurer des lettres d’orEt les vitres montrer‖ des cœurs rouges qu’on saigne.
À coups de flamme errante,‖ au loin, le long des rues,Les lanternes, debout‖ sur le bord du trottoir,S’allument, brusquement,‖ dans les villes du soir,Une à une, et dans l’ombre‖ et les rumeurs décrues.
Versification
- Forme
- 6 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 6(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 6 quatrains
- Mots à la rime
- a rues / décrues féminine, classiqueb trottoir / soir masculine, classiquea l’infini / jauni masculine, classiqueb voie / reploie féminine, classiquea s’appesantissent / pourrissent féminine, classiqueb toit / s’entrevoit masculine, classiquea quinteux / boiteux masculine, classiqueb bornes / mornes féminine, classiquea d’enseigne / saigne féminine, classiqueb encor / d’or masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes, Bruxelles, Edmond Deman, 1895· numérisation wikisource.org· Sources