Les soirs, 1887· Les soirs· I Décors liminaires
Les voyageurs
Et par le traître écho‖ des horizons plongeurs,Et par l’antique appel‖ des sybilles lointaines,Et par les au delà‖ mystérieux des plaines,Un soir, se sont sentis‖ hélés, les voyageurs.
Partis.Les quais étaient électrisés de lunes.Et le navire, avec‖ ses mâts pavoises d’orEt ses mousses d’ébène‖ ornait gaîment son bord ;Et les vagues baisaient‖ les ponts et les lagunes.
Ce fut calme voyage,‖ à la clarté des nuits :Et les regards lactés‖ des pensives étoilesLà-haut ! et les brises du Sud‖ bombant les voilesEt poussant vers la terre‖ et vers les fleurs ! — Depuis
Des tours, immensément‖ faites avec des pierres,Levant de hauts bras noirs‖ sur des villes de feux ;Et sous les toits plombés‖ et dans les murs nitreux,Ouverts, de grands yeux d’or‖ en de rouges paupières ;
Et des plaines, où se‖ battent les roux soleilsAvec les vents, les soirs,‖ la foudre et le tonnerreEt des gorges et des‖ volcans et des suaires,Infiniment, au loin,‖ sur des sables vermeils ;
Et des temples d’airain‖ écussonnés de glaives,Et des assomptions‖ de symboles chrétiens,Et de vieux empereurs‖ en de roides maintiensSur leurs trônes de fer,‖ assis comme des rêves ;
Et des îles, ainsi‖ que de grands piédestaux,Parmi des lacs d’argent‖ d’onyx et de turquoises,Là-bas — et des frissons‖ marins et des angoissesEt, tout à coup, la mer,‖ comme un choc de marteaux.
Et des peuples lassés‖ de leur fierté première,Et des peuples debout‖ vers leurs prochains réveils,Et des ports et des ports‖ et des phares pareilsÀ quelque front levé‖ de force et de lumière ;
Jusqu’à ce soir certain,‖ où seuls, au bout du pont,Le souvenir revient‖ des lointaines reliques :Le clos natal et les‖ parents mélancoliquesEt l’horloge sonnant‖ vers ceux qui reviendront.
Et maintenant ils sont‖ les revenus du mondeEt les sortis‖ de l’Océan — mais plus jamaisPour eux, les doux bonheurs‖ sereins des satisfaitsNi la vie endormie‖ en une âme profonde.
Car les soirs leur seront‖ de tourmenteurs aimants,Les soirs et les soleils‖ ouverts, comme des portes,Sur leurs rêves défunts‖ et leurs visions mortesEt leurs amours nimbés‖ par d’autres firmaments.
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a plongeurs / voyageurs masculine, classiqueb lointaines / plaines féminine, classiquea Partis / lunes / lagunes féminine, classiqueb d’or / bord masculine, non classiquea nuits / Depuis masculine, classiqueb étoiles / voiles féminine, classiquea pierres / paupières féminine, classiqueb feux / nitreux masculine, classiquea soleils / vermeils masculine, classiqueb tonnerre / suaires féminine, non classiquea glaives / rêves féminine, classiqueb chrétiens / maintiens masculine, classiquea piédestaux / marteaux masculine, classiqueb turquoises / angoisses féminine, classiquea première / lumière féminine, classiqueb réveils / pareils masculine, classiquea pont / reviendront masculine, classiqueb reliques / mélancoliques féminine, classiquea monde / profonde féminine, classiqueb jamais / satisfaits masculine, classiquea aimants / firmaments masculine, classiqueb portes / mortes féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.5
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
45 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes, Bruxelles, Edmond Deman, 1895· numérisation wikisource.org· Sources