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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Amour, 1888

Bournemouth

A FRANCIS POICTEVIN

Paul Verlaine· 12 quintils, alexandrins, 60 vers

LE long bois de sapins‖ se tord jusqu’au rivage,L’étroit bois de sapins,‖ de lauriers et de pins,Avec la ville autour‖ déguisée en village :Chalets éparpillés‖ rouges dans le feuillageEt les blanches villas‖ des stations de bains.

Le bois sombre descend‖ d’un plateau de bruyère,Va, vient, creuse un vallon,‖ puis monte vert et noirEt redescend en fins‖ bosquets où la lumièreFiltre et dore l’obscur‖ sommeil du cimetièreQui s’étage bercé‖ d’un vague nonchaloir.

A gauche la tour lourde‖ (elle attend une flèche)Se dresse d’une église‖ invisible d’ici,L’estacade très loin ;‖ haute, la tour, et sèche :C’est bien l’anglicanisme‖ impérieux et rêcheA qui l’essor du cœur‖ vers le ciel manque aussi.

Il l’ait un de ces temps‖ ainsi que je les aime,Ni brume ni soleil !‖ le soleil deviné,Pressenti, du brouillard‖ mourant dansant à mêmeLe ciel très haut qui tourne‖ et fuit, rose de crème ;L’atmosphère est de perle‖ et la mer d’or fané.

De la tour protestante‖ il part un chant de cloche,Puis deux et trois et quatre,‖ et puis huit à la fois,Instinctive harmonie‖ allant de proche en proche,Enthousiasme, joie,‖ appel, douleur, reproche,Avec de l’or, du bronze‖ et du feu dans la voix ;

Bruit immense et bien doux‖ que le long bois écoute !La musique n’est pas‖ plus belle. Cela vientLentement sur la mer‖ qui chante et frémit toute,Comme sous une armée‖ au pas sonne une routeDans l’écho qu’un combat‖ d’avant-garde retient.

La sonnerie est morte.‖ Une rouge traînéeDe grands sanglots palpite‖ et s’éteint sur la mer,L’éclair froid d’un couchant‖ de la nouvelle annéeEnsanglante là-bas‖ la ville couronnéeDe nuit tombante et vibre‖ à l’ouest encore clair.

Le soir se fonce. Il fait‖ glacial. L’estacadeFrissonne et le ressac‖ a gémi dans son boisChanteur, puis est tombé‖ lourdement en cascadeSur un rythme brutal‖ comme l’ennui maussadeQui martelait mes jours‖ coupables d’autrefois :

Solitude du cœur‖ dans le vide de l’âme,Le combat de la mer‖ et des vents de l’hiver,L’orgueil vaincu, navré,‖ qui râle et qui déclame,Et cette nuit où rampe‖ un guet-apens infâme,Catastrophe flairée,‖ avant-goût de l’Enfer… !

Voici trois tintements‖ comme trois coups de flûtes,Trois encor, trois encor !‖ l’Angelus oubliéSe souvient, le voici‖ qui dit : Paix à ces luttes !Le Verbe s’est fait chair‖ pour relever tes chutes,Une vierge a conçu,‖ le monde est délié !

Ainsi Dieu parle par‖ la voix de sa chapelleSise à mi-côte à droite‖ et sur le bord du bois…O Rome, ô Mère ! Cri,‖ geste qui nous rappelleSans cesse au bonheur seul et donne au cœur rebelleEt triste le conseil‖ pratique de la Croix.

– La nuit est de velours.‖ L’estacade laissée,Tait par degré son bruit‖ sous l’eau qui refluait,Une route assez droite‖ heureusement tracéeGuide jusque chez moi‖ ma retraite presséeDans ce noir absolu‖ sous le long bois muet.

Janvier 1877.

Versification

Forme
12 quintils (quintils)
Rimes
12(abaab)
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
12 quintils
Mots à la rime
a rivage / village / feuillage féminine, classiqueb pins / bains masculine, classiquea bruyère / lumière / cimetière féminine, classiqueb noir / nonchaloir masculine, classiquea flèche / sèche / rêche féminine, classiqueb d’ici / aussi masculine, classiquea aime / même / crème féminine, classiqueb deviné / fané masculine, classiquea cloche / proche / reproche féminine, classiqueb fois / voix masculine, classiquea écoute / toute / route féminine, classiqueb vient / retient masculine, classiquea traînée / année / couronnée féminine, classiqueb mer / clair masculine, classiquea L’estacade / cascade / maussade féminine, classiqueb bois / d’autrefois masculine, classiquea l’âme / déclame / infâme féminine, classiqueb l’hiver / l’Enfer masculine, classiquea flûtes / luttes / chutes féminine, classiqueb oublié / délié masculine, classiquea chapelle / rappelle / rebelle féminine, classiqueb bois / Croix masculine, classiquea laissée / tracée / pressée féminine, classiqueb refluait / muet masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1900· numérisation scribd.com· Sources