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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Bonheur, 1891

XVIII. « J’ai dit à l'esprit vain, à l'ostentation »

Paul Verlaine· distiques, alexandrins, 105 vers

J’ai dit à l'esprit vain,‖ à l'ostentation,L’Ilion de l’orgueil‖ futile, la SionDe la frivolité‖ sans cœur et sans entrailles,La citadelle enfin du Faux :« Croulez, muraillesRidicules et pis,‖ remparts bêtes et pis,Contrescarpes, sautez‖ comme autant de tapisQu’un valet matinal‖ aux fenêtres secoue,Fossés que l’eau remplit,‖ concrétez-vous en boueQu’il ne reste plus rien‖ qu’un souvenir banalDe tout votre appareil,‖ et que cet arsenal,Chics fougueux et froids, mots‖ secs, phrase redondante,Et cætera, se rende‖ à l’émeute grondanteDes sentiments enfin‖ naturels et réels. »Ah ! j’en suis revenu,‖ des « dandysmes » « cruels »Vrais ou faux, dans la vie‖ (accident ou coutume)Ou dans l’art ou‖ tout bêtement dans le costume.Le vêtement de son‖ état avec le moinsDe taches et de trous‖ possible, apte aux besoins,Aux tics, aux chics qu’il faut,‖ le linge, mal terribleD’empois et d’amidon,‖ le plus fréquent possible,Et souple et frais autour‖ du corps dispos aussi,Voilà pour le costume,‖ et quant à l’art, voici :

L’art tout d’abord doit être‖ et paraître sincèreEt clair, absolument‖ : c’est la loi nécessaireEt dure, n’est-ce pas,‖ les jeunes, mais la loi ;Car le public, non le‖ premier venu, mais moi,Mais mes pairs et moi, par‖ exemple, vieux complices,Nous, promoteurs de vos,‖ de nos pauvres malices,Nous autres qu’au besoin‖ vous sauriez bien chercher,Le vrai, le seul Public‖ qu’il faille raccrocher,Le Public, pour user‖ de ce mot ridicule,Dorénavant il bat‖ en retraite et reculeDevant vos trucs un peu‖ trop niais d’aujourd’hui,Tordu par le fou rire‖ ou navré par l’ennui.L’art, mes enfants, c’est d’être‖ absolument soi-même.Et qui m’aime me suive,‖ et qui me suit qu’il m’aime,Et si personne n’aime‖ ou me suit, allons seulMais traditionnel et‖ soyons notre aïeul !Obéissons au sang‖ qui coule dans nos veinesEt qui ne peut broncher‖ en conjectures vaines,Flux de verve gauloise‖ et flot d’aplomb romainAvec, puisqu’un peu Franc,‖ de bon limon germain.Moyennant cette allure‖ et par cette assuranceIl pourra bien germer‖ des artistes en France.Mais, plus de vos fioritures,‖ bons petits,Ni de ce pessimisme‖ et ni du cliquetisDe ce ricanement‖ comme d’armes faussées,Et ni de ce scepticisme en‖ sottes fusées ;Autrement c’est la mort‖ et je vous le prédisDe ma voix de bonhomme,‖ encore un peu. Jadis.Foin d’un art qui blasphème‖ et fi d’un art qui pose,Et vive un vers bien simple,‖ autrement, c’est la prose.La Simplicité, — c’est‖ d’ailleurs l’avis rara, —Ô la Simplicité,‖ tout-puissant qui l’auraVéritable, au service,‖ en outre, de la Vie.Elle vous rend bon, franc,‖ vous demi-déifie,Que dis-je ? elle vous déifie‖ en Jésus-ChristPar l’opération‖ du même Saint-EspritEt l’humblesse sans nom‖ de son Eucharistie,Sur les siècles épand‖ l’ordre et la sympathie,Règne avec la candeur‖ et lutte par la foi,Mais la foi tout de go,‖ sans peur et sans émoiNi de ces grands‖ raffinements des exégètes.

Elle trempe les cœurs,‖ rassérène les têtes,Enfante la vertu,‖ met en fuite le malEt fixerait le monde‖ en son état normal,N’était la Liberté‖ que Dieu dispense aux âmesEt dont, le premier homme‖ et nous, nous abusâmesJusqu’aux tristes excès‖ où nous nous épuisonsDans des complexités‖ comme autant de prisons.

Et puis, c’est l’unité‖ désirable et suprême.On vit simple, comme on‖ naît simple, comme on aimeQuand on aime vraiment‖ et fort, et comme on haitEt comme l’on pardonne,‖ au bout, lorsque l’on estPurement, nettement simple et l’on meurt de même,Comme on naît, comme on vit,‖ comme on hait, comme on aime !

Car aimer c’est l’Alpha,‖ fils, et c’est l’OmégaDes simples que le Dieu‖ simple et bon déléguaPour témoigner de lui‖ sur cette sombre terreEn attendant leur vol‖ calme dans sa lumière.

Oui, d’être absolument‖ soi-même, absolument !D’être un brave homme épris‖ de vivre, et réclamantSa place à toi,‖ juste soleil de tout le monde,Sans plus se soucier,‖ naïveté profonde !De ce tiers, l’apparat,‖ que du fracas, ce quart,Pour le costume, dans‖ la vie et quant à l’art ;Dédaigneux au superlatif‖ de la réclame,Un digne homme amoureux‖ et frère de la Femme,Élevant ses enfants‖ pour ici-bas et pourLeur lot gagné dûment‖ en le meilleur Séjour,Fervent de la patrie‖ et doux aux misérables,Fier pourtant, partant, aux‖ refus inexorablesDevant les préjugés‖ et la banalitéAssumant à l’envi‖ ce masque dégoûtéQui rompt la patience‖ et provoque la claqueEt, pour un peu, ferait‖ défoncer la baraque !Rude à l’orgueil tout en‖ pitoyant l’orgueilleux,Mais dur au fat‖ et l’écrasant d’un mot joyeuxS’il juge toutefois‖ qu’il en vaille la peineEt que sa nullité‖ soit digne de l’aubaine.

Oui, d’être et de mourir‖ loin d’un siècle gourméDans la franchise, ô vivre‖ et mourir enfermé,Et s’il nous faut,‖ par surcroît, de posthumes socles,Gloire au poète pur‖ en ces jours de monocles !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
52((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Mots à la rime
a l'ostentation / Sion masculine, classiqueb entrailles / Faux / murailles féminine, classiquec pis / tapis masculine, classiqued secoue / boue féminine, classiquee banal / arsenal masculine, classiquef redondante / grondante féminine, classiqueg réels / cruels masculine, classiqueh coutume / costume féminine, classiquei moins / besoins masculine, classiquej terrible / possible féminine, classiquek aussi / voici masculine, classiquea sincère / nécessaire féminine, classiqueb loi / moi masculine, classiquec complices / malices féminine, classiqued chercher / raccrocher masculine, classiquee ridicule / recule féminine, classiquef d’aujourd’hui / l’ennui masculine, classiqueg soi-même / m’aime féminine, classiqueh seul / aïeul masculine, classiquei veines / vaines féminine, classiquej romain / germain masculine, classiquek assurance / France féminine, classiquel petits / cliquetis masculine, classiquem faussées / fusées féminine, classiquen prédis / Jadis masculine, classiqueo pose / prose féminine, classiquep rara / l’aura masculine, classiqueq Vie / demi-déifie féminine, classiquer Jésus-Christ / Saint-Esprit masculine, classiques Eucharistie / sympathie féminine, classiquet foi / émoi masculine, classiqueu exégètes / têtes féminine, classiqueb mal / normal masculine, classiquec âmes / abusâmes féminine, classiqued épuisons / prisons masculine, classiquea suprême / aime féminine, classiqueb hait / est masculine, classiquec même / aime féminine, classiquea l’Oméga / délégua masculine, classiqueb terre / lumière féminine, classiquea absolument / réclamant masculine, classiqueb monde / profonde féminine, classiquec quart / l’art masculine, classiqued réclame / Femme féminine, classiquee pour / Séjour masculine, classiquef misérables / inexorables féminine, classiqueg banalité / dégoûté masculine, classiqueh claque / baraque féminine, classiquei l’orgueilleux / joyeux masculine, classiquej peine / l’aubaine féminine, classiquea gourmé / enfermé masculine, classiqueb socles / monocles féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

105 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies religieuses, Paris, LIBRAIRIE LÉON VANIER, ÉDITEUR, A. MESSEIN Succr., 1904· numérisation gallica.bnf.fr· Sources