Bonheur, 1891
XI. « Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous garde »
Prêtres de Jésus-Christ,‖ la vérité vous garde.
Ah, soyez ce que pense‖ une foule bavardeOu ce que le penseur‖ lui-même dit de vous.Bassement orgueilleux,‖ haineusement jaloux,Avares, impurs, durs,‖ la vérité vous garde.Et, de fait, nul de vous‖ ne risque, ne hasardeUn seul pan du prestige,‖ un seul pli du drapeau,Tant la doctrine exacte‖ et du Bien et du BeauEst là, qui vous maintient‖ entre ses hauts dilemmes.Plats comme les bourgeois,‖ vautrés dans des ThélèmesOu guindés vers l'horreur‖ pharisaïque alors,Qu'importe, si Jésus,‖ plus fort que des cœurs morts,Règne par vos dehors‖ du reste incontestables ?Cultes respectueux,‖ formules respectables,Un emploi libéral‖ et franc des Sacrements(Car les temps ont du moins,‖ dans leurs relâchements,Parmi plus d'une bonne‖ et délicate chose,Laissé tomber l'affreux‖ jansénisme morose)Et ce seul mot sur votre‖ enseigne : Charité !Mal gracieux, sans goût‖ aucun, même affecté,Pour si peu que ce soit‖ d'art et de poésie,Incapables d'un bout‖ de lecture choisie,D'un regard attentif,‖ d'une oreille en arrêtPis qu'inconsciemment‖ hostiles, on dirait,A tout ce qui, dans l'homme‖ et fleurit et s'allume,Plus lourds que les marteaux‖ et plus sourds qu'un enclume.Sans même l'étincelle‖ et le bruit triomphant,Que fait ? si Jésus a,‖ pour séduire l'enfantEt le sage qu'est l'homme‖ en sa double énergie,Votre théologie‖ et votre liturgie ?D'ailleurs maints d'entre vous,‖ troupeau trié déjà,Valent mieux que le monde‖ autour qui vous jugea,Lisent clair, visent droit,‖ entendent net en somme,Vivent et pensent, plus‖ que non pas un autre homme,Que tels, mes chers lecteurs,‖ que moi cet écrivain,Tant leur science est courte‖ et tant mon art est vain !C'est vrai qu'il sort de vous,‖ comme de votre Maître,Quand même une vertu‖ qui vous fait reconnaître.Elle offusque les sots,‖ ameute les méchants,Remplis les bons d'émois‖ révérents et touchants,Force indéfinissable‖ ayant de tout en elle,Comme surnaturelle‖ et comme naturelle,Mystérieuse et dont‖ vous allez investis,Grands par comparaison‖ chez les peuples petits.Vous avez tous les airs‖ de toutes, sinon toutesLes choses qu'il faut être‖ en l'affre de vos routes.Si vous ne l'êtes pas,‖ du moins vous paraissezTels qu'il faut et semblez‖ dans ce zèle empressés,Poussant votre industrie‖ et votre économie,Depuis la sainteté‖ jusqu'à la bonhomie.
Hypocrisie, émet‖ un tiers, ou nullité !Bonhomie, on doit dire‖ en chœur, et sainteté !Puisque, ô croyons toujours‖ le bien de préférence,Mais c'est surtout ce siècle‖ et surtout cette France,Que charme et que bénit,‖ à quelles fins de Dieu ?Votre ombre lumineuse‖ et réchauffante un peu,Seul bienfait apparent‖ de la grâce invisibleSur la France insensée‖ et le siècle insensible,Siècle de fer et France‖ hélas ! toute de nerfs,France d'où détalant‖ partout comme des cerfs,Les principes, respect,‖ l'honneur de sa parole,Famille, probité,‖ filent en bande folle,Siècle d'âpreté juive‖ et d'ennuis protestants,Noyant tout, le superbe‖ et l'exquis des instants,Au remous gris de mers‖ de chiffres et de phrases.Vous, phares deux parmi‖ ces brumes et ces gazes,Ah, luisez-nous encore‖ et toujours jusqu'au jour,Jusqu'à l'heure du coeur‖ expirant vers l'amourDivin, pour refleurir‖ éternel dans la mêmeCharité, loin de cette‖ épreuve froide et blêmeEt puis, en la minute‖ obscure des adieux,Flambez, torches d'encens,‖ et rallumez nos yeuxA l'unique Beauté,‖ toute bonne et puissante,Brûlez ce qui n'est plus‖ la prière innocente,L'aspiration sainte‖ et le repentir vrai !
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 38((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Mots à la rime
- a garde / bavarde féminine, classiqueb vous / jaloux masculine, classiquec garde / hasarde féminine, classiqued drapeau / Beau masculine, classiquee dilemmes / Thélèmes féminine, classiquef alors / morts masculine, classiqueg incontestables / respectables féminine, classiqueh Sacrements / relâchements masculine, classiquei chose / morose féminine, classiquej Charité / affecté masculine, classiquek poésie / choisie féminine, classiquel arrêt / dirait masculine, classiquem s'allume / enclume féminine, classiquen triomphant / l'enfant masculine, classiqueo énergie / liturgie féminine, classiquep déjà / jugea masculine, classiqueq somme / homme féminine, classiquer écrivain / vain masculine, classiques Maître / reconnaître féminine, classiquet méchants / touchants masculine, classiqueu elle / naturelle féminine, classiquev investis / petits masculine, classiquew toutes / routes féminine, classiquex paraissez / empressés masculine, classiquey économie / bonhomie féminine, classiquea nullité / sainteté masculine, classiqueb préférence / France féminine, classiquec Dieu / peu masculine, classiqued invisible / insensible féminine, classiquee nerfs / cerfs masculine, classiquef parole / folle féminine, classiqueg protestants / instants masculine, classiqueh phrases / gazes féminine, classiquei jour / l'amour masculine, classiquej même / blême féminine, classiquek adieux / yeux masculine, classiquel puissante / innocente féminine, classiquem vrai / mourrai masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies religieuses, Paris, LIBRAIRIE LÉON VANIER, ÉDITEUR, A. MESSEIN Succr., 1904· numérisation gallica.bnf.fr· Sources