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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Élégies, 1893

III. « D’après ce que j’ai vu, d’après ce que je sais »

Paul Verlaine· distiques, alexandrins, 58 vers

D’après ce que j’ai vu,‖ d’après ce que je sais,D’après ce que je crois,‖ nuls n’ont plus de succès,Ou n’en eurent, ou n’en‖ auront, si c’est ma veine.Auprès de toi, sinon‖ ceux simples et sans gêne :Tel un moi qui serait‖ plus jeune, au moins de corps,Quoique je ne me mette pas‖ au rang des mortsEncore ou bien déjà,‖ n’en déplaise aux quaranteEt trop d’ans qui sont, las !‖ ma seule sûre rente.Oui, j’ai cru remarquer,‖ tu m’as insinué,Je fus le témoin, mal,‖ ô mal habitué,Qu’en effet ton regard‖ qui compte ce mériteEntre tant, d’être franc‖ au point que s’en irriteL’espèce de jaloux‖ que parfois je seraisSi je ne me faisais‖ aveugle et sourd exprès,Que ton regard, disais-je,‖ allait de préférenceAux hommes de carrée‖ et de ronde apparence,Plutôt qu’aux freluquets‖ à l’air godiche ou sec,N’ayant pour eux que gros‖ cigares, chers, au bec,Et qu’insipides fleurs,‖ hors de prix, en façadeAu revers de leur bel‖ habit terne et maussade ;Gent laide et dont,‖ si j’étais femme, l’aspect purEt simple dresserait‖ entre elle et moi quel mur !Ton choix s’ébat‖ ou s’ébattrait, donc, si toi libre,S’ébat ou s’ébattrait,‖ sans beaucoup d’équilibre,Du soldat bon enfant‖ au joyeux ouvrier,Sinon, et comme au lieu‖ de grives, sans trier,On prend des merles, d’un‖ poète bien candide,Amusamment vêtu‖ sans faux-col qui le bride,Et rieur, à l’artiste‖ ébouriffé qui va,Baguenaudant gaîment‖ sous l’azur qu’il creva.

Certes tu m’en fis part‖ et je le croirais presque,Dans ta prime jeunesse‖ il t’eût paru grotesqueDe n’avoir pas d’amants‖ très bien (et tu les eus !),Ce qu’ils ont dû souffrir‖ avec toi, doux Jésus !Aussi ce n’était pas‖ ta botte, ces fantoches,Et d’abord, comme tu‖ me le fais sans reproches,A moi qui ne suis guère,‖ après tout, qu’un pur gueux.Tu trompais ces bons gentlemen‖ à coups fougueux,Faisant bien en ce cas,‖ mais que non pas dans l’autre,En ce pauvre petit‖ ménage qu’est le nôtre !Bref, pour y revenir,‖ tes goûts sont pour le sain,Fût-il mal habillé,‖ pour l’homme au large seinOù le cœur bat à l’aise,‖ encor que sous la bure.

Eh bien ! j’ai tes dadas‖ et croirais faire injureA ton charme, si j’y‖ rêvais des oripeaux ;Tu sais d’ailleurs si j’aime‖ à te voir des chapeaux,Des robes, des « atours »‖, comme à mes autres femmesDans le temps, parce que‖ ça plaisait à ces damesEt que cela te plaît,‖ le nombre des chiffons.Mais je t’aime bien mieux‖ telle que nous t’avons,Mes sens et moi, sans trop‖ d’apprêt qui te déguiseComme un Dieu disparaît‖ dans le trop d’une église,En matinée, en jupe,‖ en peignoir prêts à choir,A l’heure ralentie‖ où s’achève le soir,Forte et saine, parisienne‖ et paysanne.Plus encor paysanne‖ et mieux ainsi, SuzanneQuasiment à l’instant‖ d’être dispose au bain.

La femme, et juste assez,‖ c’est le vin et le pain.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
29((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Mots à la rime
a sais / succès masculine, classiqueb veine / gêne féminine, classiquec corps / morts masculine, classiqued quarante / rente féminine, classiquee insinué / habitué masculine, classiquef mérite / irrite féminine, classiqueg serais / exprès masculine, classiqueh préférence / apparence féminine, classiquei sec / bec masculine, classiquej façade / maussade féminine, classiquek pur / mur masculine, classiquel libre / d’équilibre féminine, classiquem ouvrier / trier masculine, classiquen candide / bride féminine, classiqueo va / creva masculine, classiquea presque / grotesque féminine, classiqueb eus / Jésus masculine, classiquec fantoches / reproches féminine, classiqued gueux / fougueux masculine, classiquee l’autre / nôtre féminine, classiquef sain / sein masculine, classiqueg bure / injure féminine, classiqueb oripeaux / chapeaux masculine, classiquec femmes / dames féminine, classiqued chiffons / t’avons masculine, classiquee déguise / église féminine, classiquef choir / soir masculine, classiqueg paysanne / Suzanne féminine, classiqueh bain / pain masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

58 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1901· numérisation scribd.com· Sources