Élégies, 1893
II. « Je me demande encor – cette tête que j’ai ! – »
Je me demande encor –‖ cette tête que j’ai ! –Où, comme débuta,‖ – bien sûr quelque soir gai –Cette liaison qui‖ m’a fait ton esclave ivre.Tu ne t’en souviens plus‖ non plus. Rayons du livreDe Mémoire ce jour‖ des jours, ou plutôt non,Il ne sera pas dit,‖ ou j’y perdrai mon nom,Que je n’aurai pas fait‖ au moins le nécessairePour retrouver un peu‖ de cet anniversaire.Oui, c’était par un soir‖ joyeux de cabaret,Un de ces soirs plutôt‖ trop chauds où l’on diraitQue le gaz du plafond‖ conspire à notre perteAvec le vin du zinc,‖ saveur naïve et verte.On s’amusait beaucoup‖ dans la boutique et onEntendait des soupirs‖ voisins d’accordéonQue ponctuaient des pieds‖ frappants presque en cadence.Quand la porte s’ouvrit‖ de la salle de danseVomissant tout un flot‖ dont toi, vers où j’étais,Et de ta voix qui fait‖ que soudain je me tais,S’il te plaît me donner‖ un ordre péremptoire.Tu t’écrias « Dieu » qu’il‖ fait chaud. Patron, à boire !
Je regardai de ton‖ côté. Tu m’apparusToute rose, enflammée,‖ et je comme accourusA toi, tant ton visage‖ et toute ta personne,Gaîté, santé, beauté‖ du corps que l’on soupçonneSous le jersey bien plein‖ et la jupe aux courts plisBien pleins, et les contours‖ des manches mieux remplisEncore, ô plaisir ! car‖ vivent des bras de femme !M’avaient pris d’un seul coup,‖ tel un fauve réclameEt mord sa proie,‖ et comme j’avais discernéDans tes quelques mots dit‖ d’un ton, croyais-je, inné,Avec l’accent qu’on a‖ dans le Nord de la FranceEt que je connais bien‖ ayant, par occurrence,Vécu par là,‖ je liai conversation,T’offrant, selon ton vœu,‖ la consommationQue tu voudrais, « au nom‖ du pays ». Et nous bûmesEt nous causâmes, lors,‖ à remplir cent volumes,De ceci, de cela,‖ le tout fort arroséDe ce vin-là, naïf‖ et vert et très rusé.Ce qui s’ensuivit par‖ exemple, je l’oublieTout en m’en doutant peu‖ ou prou. Mais toi, pâlieLe lendemain et lasse‖ assez (moi las, très las),Peux-tu te rappeler‖ pourquoi, sans trop d’hélas !Connaissances d’hier‖ à peine, tendres âmesAu chocolat‖ matinal nous nous tutoyâmes ?
Pour des commencements‖ banals certes, c’en sontA ces amours, ô vrai !‖ mes dernières, qui fontComme un signe de croix‖ sur mon vieux cœur en peineEntre le bien, le mal,‖ la tendresse et la haineEnfin au port, un port‖ orageux, mais un portPour ce qui me reste de vie‖ et pour la mort !Avons-nous voyagé,‖ dis, ma puissante reine,Étoile de la mer,‖ ô toi toujours sereineA travers ce pullulement‖ d’affreux dangers.Écueils, naufrages, calmes plats‖ tant partagés ?Avons-nous traversé‖ des rages, des misères,Heurts de cœurs violents‖ et chocs de caractères,Disputes, pis encor,‖ trahisons, pis encor,Finalement la paix,‖ n’est-ce pas ? paix en or,Paix pour de bon,‖ paix définitive et sans trêve ?Ah ! ce serait le but‖ et ce serait le rêveMieux encore que conjugal,‖ presque chrétien
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 31((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Mots à la rime
- a j’ai / gai masculine, classiqueb ivre / livre féminine, classiquec non / nom masculine, classiqued nécessaire / anniversaire féminine, classiquee cabaret / dirait masculine, classiquef perte / verte féminine, classiqueg on / d’accordéon masculine, classiqueh cadence / danse féminine, classiquei j’étais / tais masculine, classiquej péremptoire / boire féminine, classiquea m’apparus / accourus masculine, classiqueb personne / soupçonne féminine, classiquec plis / remplis masculine, classiqued femme / réclame féminine, classiquee discerné / inné masculine, classiquef France / occurrence féminine, classiqueg conversation / consommation masculine, classiqueh bûmes / volumes féminine, classiquei arrosé / rusé masculine, classiquej l’oublie / pâlie féminine, classiquek las / d’hélas masculine, classiquel âmes / tutoyâmes féminine, classiquea sont / font masculine, classiqueb peine / haine féminine, classiquec port / mort masculine, classiqued reine / sereine féminine, classiquee dangers / partagés masculine, classiquef misères / caractères féminine, classiqueg encor / or masculine, classiqueh trêve / rêve féminine, classiquei chrétien / bien masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
62 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1901· numérisation scribd.com· Sources