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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Élégies, 1893

X. « Dans le peu de défauts dont je suis incapable »

Paul Verlaine· alexandrins, 72 vers

Dans le peu de défauts‖ dont je suis incapable,Compte celui‖ d’une jalousie implacableEnvers toi, mon Mensonge‖ aimé qui m’a dompté,Jusqu’à m’être un‖ tel parangon de véritéQue quand tu sors,‖ belle, habillée, et pour des heures,Prétexte, fourberie,‖ astuces, feintes, leurres,Tu me dis : « Je fais une course »‖, et je te crois.La foi du charbonnier,‖ même plus qu’en la Croix,Étant la mienne en toi,‖ certes tu peux sans crainteAh ! tu le sais ! jouer‖ de moi qui te crois sainte,Et quand tu fais semblant‖ d’issir en négligé,Me narguant d’un : « Je vais‖ voir des amants que j’ai »,Lors je ne te crois pas,‖ sûr, certain que tu railles.J’aimerais moins‖ suivre mes propres funérailles,Dans un cas de malheur‖ (c’est si je te perdais)Que celles de qui me‖ traiterait de dadais,De dupe et mettrait bien‖ à nu tes félonies,Et je le traînerais,‖ cet être, aux gémonies !Pourtant, prends garde ! il n’est‖ pire que l’eau qui dort.J’ai des menaces, hein ?‖ et des gestes de mortPar des fois, qui ne sont‖ pas plus rares en somme,Que de droit pour tout homme‖ assumant d’être un hommeLa canne d’un cocu‖ va douce à manier,Le revolver n’a rien‖ que puisse renierUn monsieur mal luné‖ qu’on n’attendait que guère,Et le couteau semble à‖ d’aucuns de bonne guerre,S’il s’agit de quelque surprise‖ prise mal.Je suis nerveux, mon pouls‖ ne bat pas très normal,Toi-même tu pourrais‖ passer pour peu commodeEt la prescription‖ s’absente de ton code :Dame ! un malentendu‖ bien vite éclateraitNon pour la trahison‖ qui se dévoilerait,Du moins le crois-je ainsi,‖ vu mon humeur égaleQuant aux mœurs, mais bien pour‖ l’espèce de fringaleQuerelleuse précisément‖ propre à tous deux.Donc sans être jaloux,‖ tort mesquin et hideux,Je deviens ombrageux‖ comme un cheval de racePour peu que l’on prête à‖ mon vice ou qu’on l’agace.Le coup serait alors,‖ non pas de m’éviter,Toi surtout, que non pas !‖ mais bien de me guetterPour me gâter‖ à l’heure choisie opportune,M’étourdir de baisers‖ jusqu’à m’être importune,Jusqu’à m’être opportune‖ encor, sans sourcillerJusqu’à m’en chatouiller,‖ m’en faire bafouiller,Rire hystériquement‖ comme un enfant qui joue,Me distraire en un mot‖ de l’ennui qui me roue,Me tirer hors de moi,‖ du bonhomme nouveauQue dès lors me voici‖ peindre l’idée en beau,En rose, et me lâcher,‖ mué tel dans la vie,Ainsi le plan. Je me‖ connais. Fais et j’y fie…D’ailleurs tu me connais‖ aussi, trop plus que bienMême et tout secret mien‖ devient vite le tien.C’est terrible et logique‖ et je n’y peux qui vaille,Mais il dépend de toi,‖ sans effort ni trouvaille,Absolument, étant‖ donné moi rien qu’à toi,Moi te croyant‖ et t’adorant en toute foi,Moi ta chose et ton bien‖ qu’on pille et qu’on gaspille ;Il dépend de toi, dis-je,‖ étourdiment gentilleEt si drôle comme tu l’es‖ lorsque tu veux,Ou sombre en harmonie‖ avec tes noirs cheveux,Et sérieuse avec‖ l’aide de tes yeux d’ombre,Tes yeux où des pensers‖ sans fin passent sans nombreSi lumineux et si‖ mutins quand il te plaît ;Or il dépend de toi,‖ je le répète, il estDans ta main, ta main preste‖ et leste et, s’il faut, lourde,D’assoupir, de magnétiser,‖ de rendre sourde,Aveugle et plus crédule‖ encore que jamais,Grâce au vrai bon vouloir‖ indolent que j’y mets,Toute velléité‖ mienne de jalousie…Va donc, surpasse-toi,‖ sers-nous la mieux choisieDe tes ruses dans l’art‖ joli de me duper.

Le mieux serait pourtant‖ de ne pas me tromper.

Versification

Mètre
Alexandrins· profil 6=6

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1901· numérisation scribd.com· Sources