Élégies, 1893
IX. « Tu fais tant partie intégrante de moi-même »
Tu fais tant partie intégrante‖ de moi-même,Ou plutôt je le fais‖ tant de ce toi que j’aimeSi ! que j’en suis venu‖ jusqu’à te confierOu, mieux, que tu perçois‖ sans, moi t’y convier,Les secrets les plus noirs‖ de mon intelligenceEt de ma conscience,‖ et quelle diligenceNe mets-tu pas‖ dans l’enquête et dans l’examen !Parfois, ma foi,‖ tu m’interpelles haut la mainAvec raison souvent‖ et toujours avec flamme.Sur quelque point obscur‖ qui me perplexe l’âme.C’est ainsi qu’aujourd’hui‖ comme nous nous levionsAprès une nuit belle‖ et que nous nous devionsDepuis trois fois que nous‖ étions forcément sages,Tu t’avisas, dans le‖ plus prude des langagesMitigé d’ailleurs par‖ tout air naïf et franc,De me blâmer‖ de faire noir ayant dit blancEt dédier ma chair‖ d’homme à la chair des femmesEn des rapprochements‖ nombreux et polygames,Cependant que mon âme,‖ encore qu’en étatDe péché très grief‖ et d’extrême attentat,Aspire au Ciel conquis‖ par quels soins nécessaires !Et s’exhale en accents‖ qu’on veut croire sincèresEt qui valurent même‖ à cet infime moiLes suffrages sans pair‖ des gens de bonne foi…Un baiser prolongé‖ (Qu’arriva-t-il ensuite ?Dame !) mit ta logique‖ et la morale en fuite,Mais quoi ? l’objection‖ restait, et maintenantQue je suis de sang-froid,‖ et frais et raisonnant,Causons.
C’est vrai qu’à la suite de douleurs grandes,De malheurs mérités,‖ d’ennuis, toutes offrandesA ce monde mauvais‖ où s’incarne Satan,Ayant enfin courbé‖ le front du vieil AdamDevant la vérité‖ patente de l’Église,J’adorai Jésus qui‖ l’incarne et réalise,Et j’entendis ce culte‖ au culte extérieur.Nul ne pratiqua plus‖ que moi, nul au rieurImbécile qu’hélas !‖ est le Français en masse,Ne cracha le respect‖ humain mieux sur la face.Communiant à peu‖ près tous les jours, d’esprit,Sinon de fait toujours,‖ – et chaste (bien m’en prit),Sobre (il n’était que temps‖), plus perfide ni brute,Je tournais saint, je crois.‖ Le malheur c’est qu’en butteDès lors aux vrais dévots‖ comme aux prêtres sans foi,A quelque exception‖ près – je m’enquis pourquoiCet écart entre la‖ Doctrine et ceux du Temple,Sans penser qu’un jour je‖ devais suivre l’exempleMais non plus en prêcher,‖ et j’appris qu’il étaitDifficile, sinon‖ impossible, de fait,D’être un chrétien‖ digne du nom, dans ces scandales,A moins de qualités‖ par trop pyramidales…
Et puis, et puis la chair‖ est forte et l’esprit lent.Pas plus que l’intellect‖ le sang n’est somnolent.Deux beaux yeux, des contours,‖ ces sons, une démarcheEurent trop bientôt fait‖ chavirer ma pauvre arche,Et le naufrage fut‖ total et dure encor,Et toi-même tu m’es‖ un des flots du décorTerrifiant (tout juste‖) où vint sombrer le drameDe ma vie et qui peut‖ s’appeler : PAR LA FEMME !
Mais non, tu m’es un flot‖ de clarté, non de nuit.Tu me sauves du désespoir,‖ requin qui fuit.Ta conversation‖ est un clairon qui sonneMa diane, et me fait‖ n’avoir peur de personneQue de toi quand tu dois‖ ne me sourire pas.Ton conseil est le seul,‖ tu gagnes mes combats,Et la gaieté de ton‖ corps blanc et brun et roseM’absout de tout‖ dans telle nôtre apothéose.
Versification
- Forme
- 4 distiquess (distiques)
- Rimes
- 33((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 4 distiquess
- Mots à la rime
- a moi-même / j’aime féminine, classiqueb confier / convier masculine, classiquec intelligence / diligence féminine, classiqued l’examen / main masculine, classiquee flamme / l’âme féminine, classiquef levions / devions masculine, classiqueg sages / langages féminine, classiqueh franc / blanc masculine, classiquei femmes / polygames féminine, classiquej état / attentat masculine, classiquek nécessaires / sincères féminine, classiquel moi / foi masculine, classiquem ensuite / fuite féminine, classiquen maintenant / raisonnant masculine, classiquea Causons / grandes / offrandes féminine, classiqueb Satan / Adam masculine, classiquec l’Église / réalise féminine, classiqued extérieur / rieur masculine, classiquee masse / face féminine, classiquef d’esprit / prit masculine, classiqueg brute / butte féminine, classiqueh foi / pourquoi masculine, classiquei Temple / l’exemple féminine, classiquej était / fait masculine, classiquek scandales / pyramidales féminine, classiquea lent / somnolent masculine, classiqueb démarche / arche féminine, classiquec encor / décor masculine, classiqued drame / FEMME féminine, classiquea nuit / fuit masculine, classiqueb sonne / personne féminine, classiquec pas / combats masculine, classiqued rose / apothéose féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
67 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1901· numérisation scribd.com· Sources