Odes en son honneur, 1893
XII. « Mais Sa tête, Sa tête »
Mais Sa tête, Sa tête !Folle, unique tempêteD’injustice indignée,De mensonge en furie,Visions de tuerieEt de vengeance ignée.
Puis exquise bonace,Du soleil plein l’espace,Colombe sur l’abîme,Toute bonne penséeCaressée et bercéePour un réveil sublime.
Force de la natureMagnifiquement dureEt si douce, Sa tête,Adoré phénomèneO de ma PhilomèneLa tête, seule fête !
Et voyez quelle est belleCette tête rebelleA la littératureComme à l’art de la brosseEt du ciseau féroce,Voyez, race future !
Car je veux dire aux AgesCe plus cher des visages,Cheveux noirs comme l’ombreOù passerait une ondePure, froide, profonde,Sous un ciel bas et sombre,
Petit front d’ImmortellePlissé dans la querelle,Nez mignard qu’ironiseUn bout clair qui s’envole,Bouche d’où Sa parolePart, précise et consise
Mais sorcière sans cesse,Qui blesse et qui caresseMon âme obéissante,Soumise, adulatrice,O voix dominatrice,O voix toute-puissante… !
Et ô sur cette bouchePlus âpre que farouche,Plus farouche que tendre,Plus tendre qu’ordinaire,Prince au fond débonnaire,Le Baiser semble attendre,
Et tout cela qu’éclaireLe regard circulaireDe deux beaux yeux de braise,Bruns avec de la flamme,Sournois avec de l’âmeEt du cœur, n’en déplaise
A nos jaloux, ma reine,Ma noble souveraineQui me tient dans tes geôles,O tête belle et bonneEt mauvaise – et couronneDu trône, tes Épaules.
Versification
- Mètre
- Hexasyllabes
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1905· numérisation scribd.com· Sources