Premiers vers, 1869
Aspiration
Des ailes ! Des ailes !(RÜCKERT.)
Cette vallée est triste‖ et grise : un froid brouillardPèse sur elle ;L'horizon est ridé‖ comme un front de vieillard ;Oiseau, gazelle,Prêtez-moi votre vol ;‖ éclair, emporte-moi !Vite, bien vite,Vers ces plaines du ciel‖ où le printemps est roi,Et nous inviteÀ la fête éternelle,‖ au concert éclatantQui toujours vibre,Et dont l'écho lointain,‖ de mon cœur palpitantTrouble la fibre.Là, rayonnent, sous l'œil‖ de Dieu qui les bénit,Des fleurs étranges,Là, sont des arbres où‖ gazouillent comme un nidDes milliers d'anges ;Là, tous les sons rêvés,‖ là, toutes les splendeursInabordables !Forment, par un hymen‖ miraculeux, des chœursInénarrables !Là, des vaisseaux sans nombre,‖ aux cordages de feu,Fendent les ondesD'un lac de diamant‖ où se peint le ciel bleuAvec les mondes ;Là, dans les airs charmés,‖ volèrent des odeursEnchanteresses,Enivrant à la fois‖ les cerveaux et les cœursDe leurs caresses.Des vierges, à la chair‖ phosphorescente, aux yeuxDont l'orbe austèreContient l'immensité‖ sidérale des cieuxEt du mystère,Y baisent chastement,‖ comme il sied aux péris,Le saint poète,Qui voit tourbillonner‖ des légions d'espritsDessus sa tête.L'âme, dans cet Éden,‖ boit à flots l'idéal,Torrent splendide,Qui tombe des hauts lieux‖ et roule son cristalSans une ride.Ah ! pour me transporter‖ dans ce septième ciel,Moi, pauvre hère,Moi, frêle fils d'Adam,‖ cœur tout matériel,Loin de la terre,Loin de ce monde impur‖ où le fait chaque jourDétruit le rêve,Où l'or remplace tout,‖ la beauté, l'art, l'amour,Où ne se lèveAucune gloire un peu‖ pure que les siffleursNe la déflorent,Où les artistes pour‖ désarmer les railleursSe déshonorent,Loin de ce bagne où, hors‖ le débauché qui dort,Tous sont infâmes,Loin de tout ce qui vit,‖ loin des hommes, encorPlus loin des femmes,Aigle, au rêveur hardi,‖ pour l'enlever du sol,Ouvre ton aile !Éclair, emporte-moi !‖ Prêtez-moi votre vol,Oiseau, gazelle !
10 mai 1861.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 15[abab]
- Mètre
- Tétrasyllabes et alexandrins (30 de 4, 30 de 12)· profil 4, 6−6
- Mots à la rime
- a brouillard / vieillard masculine, classiqueb elle / gazelle féminine, classiquec emporte-moi / roi masculine, classiqued vite / invite féminine, classiquee éclatant / palpitant masculine, classiquef vibre / fibre féminine, classiqueg bénit / nid masculine, classiqueh étranges / d'anges féminine, classiquei splendeurs / chœurs masculine, classiquej Inabordables / Inénarrables féminine, classiquek feu / bleu masculine, classiquel ondes / mondes féminine, classiquem odeurs / cœurs masculine, classiquen Enchanteresses / caresses féminine, classiqueo yeux / cieux masculine, classiquep austère / mystère féminine, classiqueq péris / d'esprits masculine, classiquer poète / tête féminine, classiques l'idéal / cristal masculine, classiquet splendide / ride féminine, classiqueu ciel / matériel masculine, classiquev hère / terre féminine, classiquew jour / l'amour masculine, classiquex rêve / lève féminine, classiquey siffleurs / railleurs masculine, classiquez déflorent / déshonorent féminine, classiquea dort / encor masculine, non classiqueb infâmes / femmes féminine, classiquec sol / vol masculine, classiqued aile / gazelle féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques complètes, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1962· numérisation artyuiop.fr· Sources