Œuvres complètes, 1632· Seconde partie
Sonnet
Ministre du repos. Sommeil, pere des songes,Pourquoy t’a-t’on nommé l’image de la mort ?Que ces faiseurs devers t’ont jadis fait de tort,De le persuader avecques leurs mensonges !
Faut-il pas confesser qu’en l’aise où tu nous plonges,Nos esprits sont ravis par un si doux transportQu’au lieu de racourcir à la fureur du sortLes plaisirs de nos jours, Sommeil, tu les allonges.
Dans ce petit moment, ô songes ravissans,Qu’Amour vous a permis d’entretenir mes sens,J’ay tenu dans mon lict Elise toute nue.
Sommeil, ceux qui t’ont faict l’image du trespas,Quand ils ont peint la mort, ils ne l’ont point cogneue,Car vrayment son pourtraict ne luy ressemble pas.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources