Œuvres complètes, 1632· Seconde partie
Stances
Maintenant que Cloris a juré de me plaireEt de m’aimer mieux que devant,Je despite le sort, et crains moins sa colereQue le soleil ne craint le vent.
Cloris, renouvellant ma chaisne presque uséeEt renforçant mes doux liens,M’a rendu plus heureux que l’amy de Thesée,Quant Pluton relascha les siens.
Desjà ma liberté faisoit trembler mon ame,Mon salut me faisoit perir ;Je mourois du regret d’avoir tué ma flame,Combien qu’elle me fist mourir.
Sortant de ma prison, je me trouvois sauvage,J’estois tout esblouy du jour ;De tous mes sentimens j’avois perdu l’usage,En perdant celuy de l’amour.
Ainsi l’oyseau de cage, alors qu’il se delivrePour se remettre dans les bois,Treuve qu’il a perdu l’usage de son vivre,De ses aisles et de sa voix.
Dieux ! où cet advanture avoit porté ma vie !Je fremissois de son orgueil ;Cependant je sentois que je mourois d’envieDe l’adorer jusqu’au cercueil.
Cloris, travaillez bien à desnouer ma chaisne :Mon joug est très bien asseuré ;Vous seriez fort long-temps pour me mettre en la peineDont vous m’avez si tost tiré.
Je ne suis pas si fol que d’escouter encoreLes censures de ma raison,Et, combien que mon mal eust besoin d’ellebore,Je prendrois plustost du poison.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources