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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE

Les princes de Cypre

Théophile de Viau· 56 vers

Les lieux que nous avons laissezSont beaucoup plus heureux qu’autres lieux de la terre ;Le desgoust de la paix ni la peur de la guerreJamais ne les a menacez.

Mars, arrivant à la contréeQue nostre esloignement convertit en desers,Hait le fer et la flame, et veut que les baisersFassent l’honneur de son entrée.

Cypre ne se peut estimer ;Ses rivages feconds que Neptune environneSont, au milieu des flots, la plus belle couronneQue porte le roy de la mer.

Cupidon y est sans malice :Les plus grandes beautez ont le plus d’amitié ;Là jamais un esprit qui manque de pitiéNe sçauroit manquer de supplice.

Ler plaisirs y sont en vigueur ;La loy de l’hymenée, aux desirs asservie,Dans le contentement de nostre douce vieNe mesla jamais sa rigueur.

Comme les Dieux en leur empire.De tout ce qui nous plaist nous nous rendons espris ;Et pour une beauté qui n’a que du mesprisJamais nostre ame ne souspire.

Ce qu’Amour faict dessous les eauxEst une loy pour nous que le Ciel mesme ordonne,Accordant à nos feux la liberté qu’il donneA l’innocence des oyseaux.

Autour de nos fontaines vives,Toutes peintes d’azur et de rayons du jour,Les zepbirs et les eaux parlent tousjours d’amourAux Nymphes de ces belles rives.

Nostre Ciel est tousjours serain,Nostre joyeux destin n’est jamais en disgrace,Et chez nous le Soleil ne void aucune traceDu siecle de fer ny d’airain.

Nous n’oyons point le bruit des Syrthes ;Le plus fresle vaisseau se mocque des rochers,Trouve le vent facile, et conduit les nochersJusqu’à l’ombrage de nos myrthes.

Nous ne voyons jamais pleuvoir,Si ce n’est des rubis eschappez à l’aurore,Que nos champs glorieux, plus ennoblis encore,Daignent à peine recevoir.

Nostre sort, aux Dieux admirable,Lorsqu’un renom meilleur nous a parlé de vous,A perdu son estime, et s’est rendu jalouxDu vostre, encor plus desirable.

Aux pieds de Vostre Majesté,Nos grandeurs, mesprisant leur premiere puissanceMettent au seul honneur de vostre obeyssance,Tout l’espoir qui leur est resté.

Au nombre des subjects de FranceAujourd’huy, bien heureux, nous nous venons ranger,Et nostre masque, osté de ce front estranger,Nous ostera la difference.

56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources