Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Les nautonniers
les Amours plus mignars à nos rames se lient,« Les Tritons à l’envy nous viennent caresser,[Les vents sont moderez, les vagues s’humilientPar tous les lieux de l’onde où nous voulons passer.
Avec nostre dessein va le cours des estoilles,L’orage ne faict point blesmir nos matelots,Et jamais Alcion sans regarder nos voilesNe commit sa nichée à la mercy des flots.
Nostre Ocean est doux comme les eaux d’Euphrate ;Le Pactole, le Tage, est moins riche que luy,Icy jamais nocher ne craignit le pirate,Ny d’un calme trop long ne ressentit l’ennuy.
Sous un climat heureux, loin du bruit du tonnerre,Nous passons à loisir nos jours delicieux,Et là jamais nostre œil ne desira la terre,Ny sans quelque desdain ne regarda les cieux.
Agreables beautez pour qui l’amour souspire,Esprouvez avec nous un si joyeux destin,Et nous dirons par tout qu’un si rare navireNe fut jamais chargé d’un si rare butin.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources