Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Ode
Dis-moy, Thirsis, sans vanité,Remarques-tu que la beautéQui tient ton esprit et ta vieAyt pour toy quelque peu d’amour ?Cognois-tu bien qu’elle ayt envieDe te le tesmoigner un jour ?
Elle est si parfaicte et si belle,Que, sans blasme d’estre cruelle,Elle peut destourner ses yeuxDes mortels et de leurs offrandes,Et mesme refuser aux DieuxL’amitié que tu luy demandes.
Mais aussi faut-il advouerQue tout ce qu’on sçauroit louerEn tes perfections abonde,Et qu’elle se doit estimerLa premiere beauté du mondePource que tu la veux aymer.
S’il est vray qu’une mesme flameVous ayt mis des désirs dans l’ame,Je te loue d’estre amoureux :Tu fais bien d’essuyer tes larmesEt de te croire bien heureuxDepuis qu’on a quitté les armes.
Que ton amour eut de profitDu monstre que le roy defit !Tout le monde alloit à la guerre ’,Et chacun s’estonnoit de voirLe plus brave homme de la terreSi paresseux à ce devoir.
Je disois, palissant de honte :Il n’a qu’une valeur trop prompte ;Mais ce courage est endormy.C’est en vain que l’honneur le presse :Il hait trop peu cet ennemy,Et cherit trop ceste maistresse.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources