Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Ode
Je n’ay repos ny nuict ny jour,Je brusle, je me meurs d’amour ;Tout me nuit, personne ne m’aydeLe mal m’oste le jugement,Et plus je cherche de remede,Moins je trouve d’allegement.
Je suis desesperé, j’enrage :Qui me veut consoler m’outrage.Si je pense à ma guerison,Je tremble de ceste esperance ;Je me fasche de ma prison,Et ne crains que ma delivrance.
Orgueilleuse et belle qu’elle est,Elle me tue, elle me plais t ; ….Ses faveurs, qui me sont si cheres,Quelquesfois flattent mon tourment,Quelquesfois elle a des coleresQui me poussent au monument.
Mes amoureuses fantaisies,Mes passions, mes frenesies,Qu’ay-je plus encore à souffrir ?Dieux, destins, amour, ma maistresse,Ne dois-je jamais ny guerirNy mourir du traict qui me blesse ?
Mais suis je point dans un tombeau ?Mes yeux ont perdu leur flambeau,Et mon ame, Iris l’a ravie ;Encor voudrois-je que le sortMe fist avoir plus d’une vieAfin d’avoir plus d’une mort.
Pleust aux Dieux qui me firent naistreQu’ils eussent retenu mon estreDans le froid repos du sommeil,Que ce corps n’eust jamais eu d’ameEt que l’amour ou le soleilNe m’eussent point donné leur flame !
Tout ne m’apporte que du mal :Mon propre demon m’est fatal,Tous les astres me sont funestes.J’ay beau recourir aux autels,Je sens que pour moy les celestesSont foibles comme les mortels.
O destins ! tirez-moy de peine,Dites-moy si ceste inhumaineConsent à mon affliction.Je beniray son injustice,Et n’auray d’autre passionQue de courir à mon supplice.
Las ! je ne scay ce que je veux :Mon cœur est contraire à mes veux ;Ce que je crains je le demande ;Je cherche mon contentement,Et quand j’ay du mal j’apprehendeQu’il finisse trop promptement.
54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources