Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Stances
Que mon espoir est foible et ma raison confuse !C’est bien hors de propos,Bruslant comme je fais, que mon esprit s’amuseA chercher du repos.
Les remedes plus doux qui touchent à ma playeIrritent ma douleur,Et je suis en fureur quand mon discours s’essayeDe ruyner mon mal-heur :
Car un si cher ennuy combat ma violence,Je meurs si doucement,Que pour me secourir je ferois conscienceDe parler seulement.
Phillis, dans les tourmens que ta rigueur me donne,Quoy queje meure à tort,Je me diray coulpable, afin qu’on te pardonneLInjure de ma mort.
Amour a resolu queje sois ta victime ;Mais que ta cruautéA son occasion ne fasse point de crimeQu’avecques ta beauté.
Non, mon sort est meilleur : Phillis veut queje vive,Et sans compassionNe sçauroit endurer qu’un deplaisir arriveA mon affection.
On void sur son visage, animé de sa flame,Qu’elle a de la pitié,Et ma fureur me trouble où je vois que son ameEntend mon amitié.
Je sçais bien que l’honneur et les loix de la vieCombattent son desir,Et que sa chasteté resiste à mon envieAvecques déplaisir,
Son cœur, dans cet effort sauvant son innocence,Languit pour mon subject,Et donne ses souspirs sans doute à mon absence,Plustost qua son object.
Un rival me traverse ; elle, qui s’en afflige,Se defferoit de luy ;Mais la condition de ce fascheux l’obligeDe souffrir avec luy.
Cet amant importun, dont elle est offencée,Pese à son entretien,Et recognoist assez qu’elle a dans la penséeAutre feu que le sien.
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources