Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Stances
Quand j’auray ce contentementDe te voir sans empeschement,Object unique de majoye,Cher maistre de ma volonté,A quoy voudras-tu que j’employeLes heures de ma liberté ?
Je ne veux point servir de nombre,Suyvant après toy comme une ombre :Dès qu’un maistre que j’aymois bienM’eut traitté dans ceste coustume,Les douceurs de son entretienMe tournerent en amertume.
Il est vray qu’un sort malheureuxPar un astre bien tenebreuxConduisoit le train de ma vie,Quand les Dieux, touchez de pitié,Malgré les hommes et l’envie,Me donnerent ton amitié.
Depuis, un insensible orgueilDe voir mes malheurs au cercueilM’a donné tant d’ingratitude,Que je ne puis sans déplaisirPermettre que la servitudePrenne une heure de mon loisir.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources