Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Stances
Quand tu me vois baiser tes bras,Que tu poses nuds sur tes draps,Bien plus blancs que le linge mesme ;Quand tu sens ma bruslante mainSe pourmener dessus ton sein,Tu sens bien, Cloris, que je t’ayme.
Comme un devot devers les cieux,Mes yeux tournez devers tes yeux,A genoux auprès de ta couche,Pressé de mille ardens desirs,Je laisse sans ouvrir ma boucheAvec toy dormir mes plaisirs.
Le sommeil, aise de t’avoir,Empesche tes yeux de me voirEt te retient dans son empireAvec si peu de libertéQue ton esprit tout arrestéNe murmure ny ne respire.
La rose en rendant son odeur,Le soleil donnant son ardeur,Diane et le char qui la traine,Une Naïade dedans l’eau,Et les Graces dans un tableau,Font plus de bruict que ton haleine.
Là, je souspire auprès de toy,Et, considerant comme quoyTon œil si doucement repose,Je m’ecrie : O Ciel ! peux-tu bienTirer d’une si belle choseUn si cruel mal que le mien !
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources