Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Stances
Je jure le jour qui me luitEt la froide horreur de la nuictOù la tristesse me convieQue le temps de mon amitiéDoit plus durer de la moitiéQue ne faict celuy de ma vie.
Alors que mon supreme jourM’aura porté dans le sejourDes ames mieux favorisées,Mon ame versera des pleursQui feront naistre mille fleursDans les campagnes Elizées.
Ce doux et ce poignant soucy,Le mesme qui me touche icy,Reviendra dans mon ame morte,Et les esprits qui me verront,Approchant mon feu, jurerontQu’ils n’en ont point veu de la sorte.
Après moy d’un amour flatteurQuelque infidelle serviteurSurprendra tes desirs novices,Et tu n’as point assez de foyPour permettre que mes servicesTe fassent souvenir de moy.
Je te conjure par tes yeux,Quej’ayme et que j’honore mieuxNy que le ciel ny que la terre,Tost ou tard de t’en repentir,Car le Ciel te feroit sentirQuelque pointe de son tonnerre.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources