Poèmes et Poésies, 1895· Fleurs du chemin et chansons de la route
III. « Belle heure, il faut nous séparer »
Belle heure, il faut nous séparer,Toi de rêve et de roses parée,Vers le vague et la nuit à jamais égarée…
Je t‘attendis pourtant comme une amante,J‘ai fait mon âme pure à rêver ta venue,J‘ai fait ma chasteté de ton épaule nueFrissonnant du baiser de mon attente ;
De loin, quand je levai les yeux, de loin,C‘était toi qui fanais dans les jeunes foins,C‘était toi qui cueillais la vendange nouvelle,Et c‘était ton pas, tout frisson d‘ailes ;
Tu fus mon espoir, et te voici venue,Rieuse et frêle en ta beauté nue,Ceinte de joie et d‘amour, et qui fuis…Entre hier et demain il n‘est pas d‘aujourd‘huiEt je ne t‘ai pas ‒ sur mon âme ! ‒ connue.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources