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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes et Poésies, 1895· Les cygnes

Cinquième chanson

Francis Vielé-Griffin· 73 vers

Voici ma pensée :Si la flècheQue mon arc lance aux étoilesRetombe et blesseMa main qui l‘a lancéeVers les étoiles ;Et si le cri d‘opprobreQue je jette à l‘écho des bois‒ Bavard ou de réponse sobreSelon ma voix ‒Se retourne comme une insulteQui brûle mon cœur en moi ;Ainsi tout vieux rêve vers toi,Tout vieil émoi(Qu‘un nouveau rire, croit-il, achève)Surgit encore comme un tumulte,Hélène,Et tout vieux rêveMe pèse jour et nuit en honte vaineComme un remords :Tel l‘espoir d‘une aube qui jamais ne se lève,Tel que mon jour est las de porter mes jours morts !

J‘ai poussé ma chasse au cœur de la forêt,Pourtant ;Nulle ride à l‘étang où Diane fut surprise ;Et j‘ai cherché, pourtant, la dryade promise.Au cœur des chênes vieux comme la voix chanteuseDe celui dont le nom de sa gloire est lauré ;Nulle nymphe aux détours des taillis égaréePar le chemin désert que j‘ai fait vers l‘orée,Après ma chasse honteuse ;

Mais toujours, ton désir et ton ombre aux fougères,Et ta voix en les voix, chuchoteuses, légères,Toujours ton gai désirde verdure vêtu,Comme au matin d‘avril où j‘ai brisé mes traitsSachant ( tu me l‘as dit en un clair baiser frais)Que c‘est toi que pleurait le doux cerf abattu…

Le chemin que j‘ai fait à travers bois,Par les taillis, sous les futaies,M‘a mené vers ta préeEt les chansons portéesSur le vent de vespréeRésonnaient jusqu‘au bois ;Comme ceux-ci j‘ai chanté ton losVoyant qu‘ils te priaient sous la lente nuit claire,Hélène,Écoute, en tes saules et tes flots,O belle souveraine :Par moi le son du cor aux vallons traîneSi doux que la forêt est pleine de sanglots,Par moi le son du cor aux vallons traîneDe frêne en chêneEt des charmes aux bouleaux.

Ces hommes que je ne connais de visageDonnaient leurs voix à ma pensée :Et si je l‘ai redite en mon langageC‘est qu‘il ne savaient toute ma pensée :Il ne savaient comment les sentes matinales,Par les fougères ou sur le feutre des pins,Mènent ‒ comme la route aux ornières égalesOu le sentier tracé par des pas de traverse,Comme tous les chemins ‒Vers ta prée où la joie en mille flores perceLe vieux sol de la mort des printemps d‘autrefois ;

Mais voici qu‘avec eux je dis, en ces mots douxDe leurs chansons portéesSur le vent de vespréeDe la préeJusqu‘au bois,De parfums escortées :Hélène, viens, ce soir est doux,Entre tes saules, apparais-nous.

73 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources