Poèmes et Poésies, 1895· Les cygnes
Hélène
Me voici :J‘étais là dès hier, et dès sa veille,Ailleurs, ici ;Toute chair a paré, un soir, mon âme vieilleComme l‘éternité du désir que tu vêts.La nuit est claire au firmament…Regarde avec tes yeux levés :Voici ‒ comme un tissu de pâle feu fatalQui fait épanouir la fleur pour la flétrir‒Mon voile, où transparaît tout assouvissement,Qui t‘appelle à la vie qui t‘en fait mourir.La nuit est claire au firmament vital…Mes mythes, tu les sais :Je suis fille du Cygne,Je suis la lune dont s‘exubèrent les mersQui montent, tombent, se soulèvent ;Et c‘est le flot de vie exultante et prostrée,Le flot des rêves,Le flot des chairs,Le flux et le reflux de la vaste marée.
Mon doute ‒ on dit l‘Espoir ‒ fait l‘action insigne :Je suis reine de Sparte et celle-là de Troie,Par moi la douloureuse existence guerroie,Je meus toute inertie aux leurres de ma joie,Hélène, Sélênê, flottant de phase en phase,Je suis l‘inaccédée et la tierce HypostaseEt si je rejetais, Désir qui m‘y convies,Mon voile qui promet et refuse l‘extase,Ma nudité de feu résorberait les Vies…
29 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources