Poèmes et Poésies, 1895· Joies
Il fait bon s‘en aller au bois
Il fait bon s‘en aller au bois d‘avrilCueillir l‘épine blanche aux haies sans feuilles,Les sombres violettes, les pâles aubépines,‒ Tristesse et joie en guirlandes futiles,Deuils blancs, deuils violetsQu‘aux bois d‘avril tu cueilles,Espoir seulet,De ta main fine ;
Il fait bon s‘en aller aux champs de maiTrouver la pâquerette qui promet,Doute et dénie et, souriante, se taitEt garde en s‘effeuillant le secret de l‘été ;Il fait bon s‘en venir au parterre de juinRavir les roses et baiser toute joue,Et fleurir la ceinture que dénoueLa joie éparse en l‘haleine des foins ;
Tantôt, parmi les gerbes,J‘ai pensé que le soir venait sur moi,Tant j‘étais las de la moisson qui croît,Qu‘on fauche et qu‘on resème :Et j‘eusse été quelque herbe‒ Il eût fait bon être une herbe qui croîtSans tout ce grand espoir et cette foi,Ma vie ! et ton poême ;
MaisLa halte est bonne, ici, dans l‘ombre agile,A rêver la vendange aux treilles écarlates ;Il fait meilleur ici qu‘au bois d‘avril,Qu‘aux champs de mai, qu‘au parterre de juin :Et nos chansons, rieuses, ont hâte‒ Semble-t-il ‒Ont hâte,Se lèvent, et nous prennent la main…
33 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources