Poèmes et Poésies, 1895· Cueille d‘avril· Carmen Perpetuum
VI. « L‘énervante langueur des lents violoncelles »
« La belle Aude ».
L‘énervante langueur des lents violoncellesRedit que notre espoir d‘aimer est enfantin ;Le doux hautbois module un regret très lointain ;Il frémit dans l‘orchestre un bruit de grandes ailes ;
La flûte suraiguë aux strideurs sataniquesRaille un sanglot intermittent que dit le cor :Et voici, n‘est-ce pas, l‘héroïque décorDes gaves rugissants et des rocs titaniques ;
Voici le choc des fers et les cris du carnage,La rage cramponnée aux flancs des rocs sanglants,Et la chute mortelle, et, vers les faîtes blancs,Le vol prodigieux des vautours plonge et nage…
Et, là-bas, sur le Rhône, un chant de funérailles,Immense et triste chant que pleure un peuple en deuil ;Et les roses de sang sur le double cercueil ;Et Durandal avec la gloire des batailles !
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources