Poèmes et Poésies, 1895· Cueille d‘avril· Euphonies
IX. « Le rêve conscient qui te donne ma vie »
Lactatus sum in his quæ dicta sunt mihiPsaume 121
Le rêve conscient qui te donne ma vieEst triste du regret des futurs abandons,Et la sente rieuse, où l‘âge nous conviePour l‘étape d‘une heure où nous nous attardonsEn ce rêve joyeux qui te donne ma vie,Nous mène au carrefour prochain des abandons…O la rieuse sente où l‘amour nous convieEt l‘étape alanguie ou nous nous attardons !…
Ce rêve d‘énergie est lâche et fol en sommeEt ce toujours banal est menteur en effet ;Car la fatalité surhumaine nous somme :La trame de nos vœux s‘effile et se défait,Et tout serment d‘amour est lâche et fol en somme ;Car je connais trop bien le serment que j‘ai fait,Et que l‘oubli fatal du lendemain nous somme,Et comment ce lien fragile se défait…
Mais ce rêve idyllique est comme l‘accalmie ;Ta voix chaude me berce ainsi qu‘un océan ;Et ta parole arrive à mon âme endormieComme un chant vague avec l‘oubli de ce néantDu rêve, et de l‘amour, et de son accalmie ;Laisse voguer mon âme au loin sur l‘océanEt berce de ta voix son rêve d‘endormie ;Puisque demain devra pleurer tout ce néant.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources