Poèmes et Poésies, 1895· Joies
Mai-fleuri
Le mai-fleuri,Tout murmurant d‘abeilles folles,Fleure et souritEt se diapre de corolles.
« Que rêviez-vous l‘été dernierParmi les moissons jaunissantes ? »‒ « Un rêve qu‘il faut renierEt qui s‘effeuille au creux des sentes,Un sot rêve d‘enfant, si frêleQue la joie au travers scintille,Comme une toile à quelque prêleFiltrant le soleil qui l‘effileEt que même la brise emmèle,Rets puéril et puérileEmbûche où ne se prit nulle aile ! »
Le mai-fleuri frissonne en tournoiement de ronde,Comme une vierge éprise d‘être au mondePour cela seul qu‘elle est blonde.
Et tout cet hiver d‘ennui, sans un sourire ;O les lentes, les lentes veillées ! »‒ « Tout est maintenant comme un chant de lyre ;Tous rieurs et toutes raillées ;Chacun est tel qu‘il en est un pire ;Elles émerveillent émerveilléesEt tout est ronde qui tourne et vire.
Tout est passé qui fut la tristesse ;Viens en mon âme et ris en mon cœur. »‒ « Tout est passé qui fut la douleur,Baise ma joue et joue en ma tresse ;
Vois : j‘ai pour toi plus de joie en ma lèvreQue celles-là n‘en recèlent pour d‘autres. »‒ « Vois : j‘ai l‘amour et nul cœur ne s‘en sèvre. »‒ « Vois : j‘ai la vie ‒ ô quel rêve est la nôtre ? ‒ »
Le mai-fleuri s‘ébranle au poids gai des guirlandes,Encore un couple, encore une torsade au faîte ;Des fleurs et des fleurs ! qu‘on ravage les landes,Qu‘on se joigne à la ronde et que dure la fête :Il est pour tout pleurer des larmes de poète.
38 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources