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un seul est le mot juste.

Poèmes et Poésies, 1895· Joies

Ronde de la violette

Francis Vielé-Griffin· 70 vers

Ils sont accomplis, tous nos fous projets :Mon rêve et le tien, le même ‒ les mêmes ;Et tous les jours ‒ ô les jours légers,Et les soirs plus doux, et les nuits suprêmes ;Tous les songes immitigés ;Tout ce qui fait doux les poèmes ;Toute la joie éparse et qui trouble‒ Et dont toute âme, un soir, s‘épeura. ‒

La violette double, double,La violette doublera.

J‘ai tissé de fleurs un tapis de reinePour Ses pieds ‒ roses parmi les lys,Et parmi les roses en lourds lys pâlis :Blancs et bleutés de leurs veines ‒ Ses peines ;J‘ai drapé le trône en frissonnants plisDe tissus fleuris ― (guirlandes et chaînes ) ‒Que sa chair chantât mes vœux accomplisÉblouissant aux panneaux l‘ébèneDe sa joie ‒ (ô rose) ‒ qui tremble et qui troubleL‘âme qui trop longtemps la pleura.

La violette double, double,La violette doublera.

Là, j‘ai passé des jours à L‘attendre,Ne sachant quelle Reine y dût venir ;Avec la feinte de La surprendreEt le leurre aussi de La retenir ;Mon amour se faisant tout humble et si tendre :« Quelque mal en pouvait-il advenir ? »Et la nuit, souvent, j‘avais cru L‘entendreChanter le chant qui ne doit pas finirO j‘ai frissonné dans l‘attente qui troubleToute âme que trop souvent on leurra.

La violette double, double,La violette doublera.

Mais ce jour de cueillette, le sous-bois, les rires ;Et la baie en pourpre sombre à nos doigts ;La source : j‘y bois où tu te mires,Ni blonde, ni brune, ni fauve : les trois ‒Si joyeuse, si reine de moi, tes empires,‒ De moi, tes sujets, si jaloux de mes droits ;Et qui marchiez, comme au rythme des lyresLes Grâces grégeoises d‘autrefois :Mon cœur haletait de l‘espoir qui troubleEt du doute exquis de ce qui sera.

La violette double, double,La violette doublera.

Mes heures, les tiennes ‒ les mêmes heures,Tes désirs, les miens ‒ les mêmes toujours, ‒Tous pleurs que je pleure et que tu pleuresTombent en rosée au jardin d‘Amour :Du vide morne des vieilles demeures,Des silences orageux et sourds,Des haines mortes et des vieux leurresNaissent les lys et les roses d‘AmourQuelque soir de joie enfiévrée et qui trouble.L‘âme qui si longtemps se pleura.

La violette double, double,La violette doublera.

O nos printanières journées !O nos hivers, et les feux, et la lampe !Toutes les haines assassinéesAvec des rires de bonne trempe ;Toutes les douleurs pardonnées :Le vieux Passé ‒ la grotesque estampeAvec des rimes griffonnées,Brûle au foyer où la flamme rampe ;Un silence tombe que rien plus ne trouble,Ta joue a rougi que ma lèvre effleura.

La violette double, double,La violette doublera.

70 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources