Poèmes et Poésies, 1895· Joies
Chanson
J‘ai pris de la pluie dans mes mains tendues‒ De la pluie chaude comme des larmes ‒Je l‘aie bue comme un philtre, défenduA cause d‘un charme ;Afin que mon âme en ton âme dorme.
J‘ai pris du blé dans la grange obscure,‒ Du blé qui choît comme la grêle aux dalles ‒Et je l‘ai semé sur le labour durA cause du givre matinal :Afin que tu goûtes à la moisson sûre.
J‘ai pris des herbes et des feuilles rousses,Des feuilles et des herbes longtemps mortesJ‘en ai fait une flamme haute et douceA cause de l‘essence des sèves fortes ;Afin que ton attente d‘aube fût douce.
Et j‘ai pris la pudeur de tes joues et ta boucheEt tes gais cheveux et tes yeux de rire,Et je m‘en suis fait une aurore faroucheEt des rayons de joie et des cordes de lyreEt le jour est sonore comme un chant de ruche !
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources