Poèmes et Poésies, 1895· Fleurs du chemin et chansons de la route
VIII
Et je lui dis :« Songes-tu, douce amour, que ton rêveEst scellé d‘un baiser à peine ?Que toute chanson est brève ?Que toute promesse est vaine ?Songes-tu que tes lèvres sont doucesPour un peu de temps seulement ? »Elle dit : « Ta voix me repousseEt ton bras m‘étreint, mon amant ! »
Et je lui dis :« Sais-tu qui je suis ? Qui je fus ?Qui je serai, demain, à matines ?Si je suis orgueilleux ou confusDe ta rose pudeur enfantine ?Sais-tu si je vaux ton trésorQue je pille en un baiser de feu ? »Elle dit : « n‘est-tu pas, encore,Mon père, et mon frère, et mon Dieu ? »
Et je lui dis :« Veux-tu donc mourir,Que tu me parles d‘une voix lointaine ?Il n‘est plus de parole à dire, ô ma Vie,Plus de parole humaine !Et toi ? que m‘es-tu, qui m‘étreinsD‘un rêve d‘Éternité ?… »Elle dit : « Celle-là que tu crains :La mort de tes vanités ! »
27 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources