Poèmes antiques et modernes, 1826· Livre antique· Antiquité homériques
La Dryade
Πρῶτον μὲν εὐχῇ τῆδε πρεσϐεύω θεῶν
Τὴν πρωτόμαντιν Γαῖαν…
Σέϐω δὲ Νύμφας…Αἰσχύλος..
Vois-tu ce vieux tronc d'arbre‖ aux immenses racines ?Jadis il s'anima‖ de paroles divines ;Mais par les noirs hivers‖ le chêne fut vaincu.Et la dryade aussi,‖ comme l'arbre, a vécu.(Car, tu le sais, berger,‖ ces déesses fragiles,Envieuses des jeux‖ et des danses agiles,Sous l'écorce d'un bois‖ où les fixa le sort,Reçoivent avec lui‖ la naissance et la mort.)Celle dont la présence‖ enflamma ces bocagesRépondait aux pasteurs‖ du sein de verts feuillages,Et, par des bruits secrets,‖ mélodieux et sourds,Donnait le prix du chant‖ ou jugeait les amours.Bathylle aux blonds cheveux,‖ Ménalque aux noires tresses,Un jour lui racontaient‖ leurs rivales tendresses.L'un parait son front blanc‖ de myrte et de lotus ;L'autre, ses cheveux bruns‖ de pampres revêtus,Offrait à la dryade‖ une coupe d'argile ;Et les roseaux chantants‖ enchaînés par Bathylle,Ainsi que le dieu Pan‖ l'enseignait aux mortels,S'agitaient, suspendus‖ aux verdoyants autels.J'entendis leur prière,‖ et de leur simple histoireLes Muses et le temps‖ m'ont laissé la mémoire.
MÉNALQUE
Ô déesse propice !‖ écoute, écoute-moi !Les faunes, les sylvains‖ dansent autour de toi,Quand Bacchus a reçu‖ leur brillant sacrifice ;Ombrage mes amours,‖ ô déesse propice !
BATHYLLE
Dryade du vieux chêne,‖ écoute mes aveux !Les vierges, le matin,‖ dénouant leurs cheveux,Quand du brûlant amour‖ la saison est prochaine,T'adorent ; je t'adore,‖ ô dryade du chêne !
MÉNALQUE
Que Liber protecteur,‖ père des longs festins,Entoure de ses dons‖ tes champêtres destins,Et qu'en écharpe d'or‖ la vigne tortueuseSerpente autour de toi,‖ fraîche et voluptueuse !
BATHYLLE
Que Vénus te protège‖ et t'épargne ses maux,Qu'elle anime, au printemps,‖ tes superbes rameaux ;Et, si de quelque amour,‖ pour nous mystérieuse,Le charme te liait‖ à quelque jeune yeuse,Que ses bras délicats‖ et ses feuillages vertsA tes bras amoureux‖ se mêlent dans les airs !
MÉNALQUE
Ida ! j'adore Ida,‖ la légère bacchante :Ses cheveux noirs, mêlés‖ de grappes et d'acanthe,Sur le tigre, attaché‖ par une griffe d'or,Roulent abandonnés ;‖ sa bouche rit encorEn chantant Évoé ;‖ sa démarche chancelle ;Les pieds nus, ses genoux‖ que la robe décèle,S'élancent, et son œil,‖ de feux étincelant,Brille comme Phébus‖ sous le signe brûlant.
BATHYLLE
C'est toi que je préfère,‖ ô toi, vierge nouvelle,Que l'heure du matin‖ à nos désirs révèle !Quand la lune au front pur,‖ reine des nuits d'été,Verse au gazon bleuâtre‖ un regard argenté,Elle est moins belle encor‖ que ta paupière blonde,Qu'un rayon chaste et doux‖ sous son long voile inonde.
MÉNALQUE
Si le fier léopard,‖ que les jeunes sylvainsAttachent rugissant‖ au char du dieu des vins,Voit amener au loin‖ l'inquiète tigresseQue les faunes, troublés‖ par la joyeuse ivresse,N'ont pas su dérober‖ à ses regards brûlants,Il s'arrête, il s'agite,‖ et de ses cris roulantsLes bois sont ébranlés ;‖ de sa gueule béante,L'écume coule à flots‖ sur une langue ardente ;Furieux, il bondit,‖ il brise ses liens,Et le collier d'ivoire‖ et les jougs phrygiens :Il part, et, dans les champs‖ qu'écrasent ses caresses,Prodigue à ses amours‖ de fougueuses tendresses.Ainsi, quand tu descends‖ des cimes de nos bois,Ida ! lorsque j'entends‖ ta voix, ta jeune voix,Annoncer par des chants‖ la fête bacchanale,Je laisse les troupeaux,‖ la bêche matinale,Et la vigne et la gerbe‖ où mes jours sont liés :Je pars, je cours, je tombe‖ et je brûle à tes pieds.
BATHYLLE
Quand la vive hirondelle‖ est enfin réveillée,Elle sort de l'étang,‖ encor toute mouillée,Et, se montrant au jour‖ avec un cri joyeux,Au charme d'un beau ciel,‖ craintive, ouvre les yeux ;Puis, sur le pâle saule,‖ avec lenteur voltige,Interroge avec soin‖ le bouton et la tige ;Et, sûre du printemps,‖ alors, et de l'amour,Par des cris triomphants‖ célèbre leur retour.Elle chante sa joie‖ aux rochers, aux campagnes,Et, du fond des roseaux‖ excitant ses compagnes :« Venez ! dit-elle ; allons,‖ paraissez, il est temps !Car voici la chaleur,‖ et voici le printemps. »Ainsi, quand je te vois,‖ ô modeste bergère !Fouler de tes pieds nus‖ la riante fougère,J'appelle autour de moi‖ les pâtres nonchalants,A quitter le gazon,‖ selon mes vœux, trop lents ;Et crie, en te suivant‖ dans ta course rebelle :« Venez ! oh ! venez voir‖ comme Glycère est belle ! »
MÉNALQUE
Un jour, jour de Bacchus,‖ loin des jeux égaré,Seule je la surpris‖ au fond du bois sacré :Le soleil et les vents,‖ dans ces bocages sombres,Des feuilles sur ses traits‖ faisaient flotter les ombres ;Lascive, elle dormait‖ sur le thyrse brisé ;Une molle sueur,‖ sur son front épuisé,Brillait comme la perle‖ en gouttes transparentes,Et ses mains, autour d'elle,‖ et sous le lin errantes,Touchant la coupe vide,‖ et son sein tour à tour,Redemandaient encore‖ et Bacchus et l'Amour.
BATHYLLE
Je vous adjure ici,‖ nymphes de la Sicile,Dont les doigts, sous les fleurs,‖ guident l'onde docile ;Vous reçûtes ses dons,‖ alors que sous nos bois,Rougissante, elle vint‖ pour la première fois.Ses bras blancs soutenaient‖ sur sa tête inclinéeL'amphore, œuvre divine‖ aux fêtes destinée,Qu'emplit la molle poire,‖ et le raisin doré,Et la pêche au duvet‖ de pourpre coloré ;Des pasteurs empressés‖ l'attention jalouseL'entourait, murmurant‖ le nom sacré d'épouse ;Mais en vain : nul regard‖ ne flatta leur ardeur ;Elle fut toute aux dieux‖ et toute à la pudeur.
Ici, je vis rouler‖ la coupe aux flancs d'argile ;Le chêne ému tremblait,‖ la flûte de BathylleBrilla d'un feu divin ;‖ la dryade un moment,Joyeuse, fit entendre‖ un long frémissement,Doux comme les échos‖ dont la voix incertaineMurmure la chanson‖ d'une flûte lointaine.
Écrit en 1815.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 59((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a racines / divines féminine, classiqueb vaincu / vécu masculine, classiquec fragiles / agiles féminine, classiqued sort / mort masculine, classiquee bocages / feuillages féminine, classiquef sourds / amours masculine, classiqueg tresses / tendresses féminine, classiqueh lotus / revêtus masculine, classiquei d'argile / Bathylle féminine, classiquej mortels / autels masculine, classiquek histoire / mémoire féminine, classiquea écoute-moi / toi masculine, classiqueb sacrifice / propice féminine, classiquea aveux / cheveux masculine, classiqueb prochaine / chêne féminine, classiquea festins / destins masculine, classiqueb tortueuse / voluptueuse féminine, classiquea maux / rameaux masculine, classiqueb mystérieuse / yeuse féminine, classiquec verts / airs masculine, classiquea bacchante / d'acanthe féminine, classiqueb d'or / encor masculine, classiquec chancelle / décèle féminine, classiqued étincelant / brûlant masculine, classiquea nouvelle / révèle féminine, classiqueb d'été / argenté masculine, classiquec blonde / inonde féminine, classiquea sylvains / vins masculine, classiqueb tigresse / ivresse féminine, classiquec brûlants / roulants masculine, classiqued béante / ardente féminine, classiquee liens / phrygiens masculine, classiquef caresses / tendresses féminine, classiqueg bois / voix masculine, classiqueh bacchanale / matinale féminine, classiquei liés / pieds masculine, classiquea réveillée / mouillée féminine, classiqueb joyeux / yeux masculine, classiquec voltige / tige féminine, classiqued l'amour / retour masculine, classiquee campagnes / compagnes féminine, classiquef temps / printemps masculine, classiqueg bergère / fougère féminine, classiqueh nonchalants / lents masculine, classiquei rebelle / belle féminine, classiquea égaré / sacré masculine, classiqueb sombres / ombres féminine, classiquec brisé / épuisé masculine, classiqued transparentes / errantes féminine, classiquee tour / l'Amour masculine, classiquea Sicile / docile féminine, classiqueb bois / fois masculine, classiquec inclinée / destinée féminine, classiqued doré / coloré masculine, classiquee jalouse / d'épouse féminine, classiquef ardeur / pudeur masculine, classiqueb moment / frémissement masculine, classiquec incertaine / lointaine féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
118 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, MDCCCLXXXIII· numérisation abu.cnam.fr· Sources