À l’heure des mains jointes, 1906
Attire-moi, venise…
Sans amie et sans livre,‖ errante au bord des eauxQue le soleil meurtrit,‖ que la lune caresse,Venise, je serai‖ comme une DogaresseÉprise du sommeil‖ de tes mornes canaux.
Ah ! toi qui sais combien‖ les tristesses sont fortes,Puisque leur volonté‖ triomphe de l’instinctEt que, seul, leur visage‖ est frappant et distinct,Attire-moi, Venise,‖ au fond de tes eaux mortes !
Et dis à ces amants‖ vulgaires de demainQue je les ai jugés‖ et que je les méprise…O toi, la solitaire‖ et l’altière, ô Venise !Dis-leur que nous rions‖ de leur bonheur humain.
Dédaignons-les : ils sont‖ une troupe insensée,Ceux qui ne goûtent plus‖ le précieux ennuiD’être seuls au milieu‖ des hommes, et chez quiLe désordre charnel‖ a tué la pensée.
Dis-leur encore, ô toi‖ qui pèses sur les eaux !Funèbre comme moi,‖ comme moi froide et sombre,Dis-leur avec ma voix‖ sans écho, ma voix d’ombre,Que la mort seule est belle‖ au fond de tes canaux…
Versification
- Forme
- 5 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 5(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 5 quatrains
- Mots à la rime
- a eaux / canaux masculine, classiqueb caresse / Dogaresse féminine, classiquea fortes / mortes féminine, classiqueb l’instinct / distinct masculine, classiquea demain / humain masculine, classiqueb méprise / Venise féminine, classiquea insensée / pensée féminine, classiqueb ennui / qui masculine, classiqueb sombre / d’ombre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
20 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’heure des mains jointes, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1906· numérisation wikisource.org· Sources