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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

À l’heure des mains jointes, 1906

Nous irons vers les poètes

Renée Vivien· alexandrins, 51 vers

L’ombre paraît‖ une ennemie en embuscade…Viens, je t’emporterai‖ comme une enfant malade,Comme une enfant plaintive‖ et craintive et malade.

Entre mes bras nerveux‖ j’étreins ton corps léger.Tu verras que je sais‖ guérir et protéger,Et que mes bras sont forts‖ pour mieux te protéger.

Les bois sacrés n’ont plus‖ d’efficaces dictames,Et le monde a toujours‖ été cruel aux femmes…Nous le savons, le monde‖ est cruel pour les femmes.

Les blâmes des humains‖ ont pesé sur nos fronts,Mais nous irons au loin‖ et nous les oublierons…Nous n’avons qu’à vouloir‖ et nous les oublierons.

Nous souvenant qu’il est‖ de plus larges planètes,Nous entrerons dans le‖ royaume des poètes,Le merveilleux royaume‖ où chantent les poètes.

La lumière s’y meut‖ sur un rythme divin.Plus de soucis : l’on rêve‖ et l’on est libre enfin…Ma Douceur, conçois-tu‖ que l’on soit libre enfin ?…

Je bâtirai pour toi‖ des palais d’émeraudeOù le parfum s’égare,‖ où la musique rôde,Semblable au souvenir‖ qui s’attarde et qui rôde…

Mon amour, qui s’élève‖ à la hauteur du chant,Louera tes cheveux roux‖ plus beaux que le couchant…Ah ! tes cheveux, plus beaux‖ que le plus beau couchant !

Les douleurs se feront‖ exquises et lointaines,Dans le miracle des‖ jardins et des fontaines,Des jardins langoureux‖ où dorment les fontaines.

Parce que j’ai frémi,‖ que j’ai pleuré comme eux,Chère, j’irai vers les‖ poètes lumineux,Sans redouter l’éclat‖ de leur front lumineux.

Je leur dirai : « Mon œuvre‖ est une œuvre illusoire…Je marche obscurément‖ vers une mort sans gloire,Je suis une qui vit‖ et qui mourra sans gloire.

« Mais entr’ouvrez vos rangs‖ jalousement étroits,Parce que je vous ai‖ vénérés autrefois,Et que j’ai lu vos vers,‖ par les soirs d’autrefois.

« Accueillez parmi vous‖ votre sœur sans génie,Mais dont l’âme est pareille‖ à votre âme infinie…Car mon âme est pareille‖ à votre âme infinie.

« Je juge l’aube triste‖ et le plaisir amer :Le soir me voit errer‖ en regardant la mer,Les pieds nus, attentive‖ aux refrains de la mer.

« Puisque le désir fut‖ mon unique poème,Contemplez la splendeur‖ de la femme que j’aime…O poètes ! voyez‖ cette femme que j’aime ! »

… Nous entrerons, grâce aux‖ poètes fraternels,Dans le pays créé‖ par leurs vers éternels,Dans l’harmonie et le‖ clair de lune éternels.

La nuit rassurera‖ nos âmes inquiètes,Et nous verrons passer,‖ en chantant, les poètesGraves et doux, et les‖ amantes des poètes.

Versification

Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Mots à la rime
a embuscade / malade féminine, classiquea léger / protéger masculine, classiquea dictames / femmes féminine, classiquea fronts / oublierons masculine, classiquea planètes / poètes féminine, classiquea divin / enfin masculine, classiquea d’émeraude / rôde féminine, classiquea chant / couchant masculine, classiquea lointaines / fontaines féminine, classiquea eux / lumineux masculine, classiquea illusoire / gloire féminine, classiquea étroits / autrefois / d’autrefois masculine, classiquea génie / infinie féminine, classiquea amer / mer masculine, classiquea poème / j’aime féminine, classiquea fraternels / éternels masculine, classiquea inquiètes / poètes féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 8.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

51 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’heure des mains jointes, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1906· numérisation wikisource.org· Sources