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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Sillages, 1908

Partenza

Renée Vivien· distiques, alexandrins, 50 vers

I Sur le mode majeur

Je sens croître l’ennui‖ des livres vieux et sages.Donnez-moi, donnez-moi‖ des mâts et des cordages !

Je ris en jetant l’ancre…‖ Au hasard du vent fou,Du flot capricieux,‖ j’irai je ne sais où.

Mon corps est moins pesant‖ et mon âme s’allège,Car je ne reviendrai‖ jamais… Où donc irai-je ?

Puisqu’on y voit des ciels‖ et des aspects nouveaux,Tous les pays que l’on‖ ne connaît pas sont beaux.

Les paysages sont‖ changeants comme les nues…Qui dira le splendeur‖ des terres inconnues ?

Je me souviens qu’au fond‖ des soirs longs et songeurs,J’écoutais les très beaux‖ récits des voyageurs.

Ils avaient rencontré‖ la fièvre et la soif rougeEt le ciel qui s’abat‖ et la terre qui bouge.

Ils avaient triomphé‖ des coups de vent soudains,L’orage subissait‖ leurs superbes dédains.

La catastrophe était‖ leur compagne de route,Ils n’avaient point connu‖ le regret ni le doute…

Et le temps est venu‖ pour moi. Je pars, comme eux,Selon la volonté‖ des courants hasardeux.

Qu’on détache l’amarre‖ et qu’on hisse les voilesDès que s’allumeront‖ les premières étoiles !

Le ciel est doux, l’heure est‖ favorable. À mon tour,J’irai vers ces pays‖ de terreur et d’amour.

Et je dis mes adieux‖ aux choses familières,Aux doux prés, aux maisons,‖ à leurs bonnes lumières.

Je m’en vais sans pleurer,‖ pour ne plus revenir.Mais j’emporte en mon cœur‖ un profond souvenir…

Dans le fond ténébreux‖ et triste de mon âmeS’éclaire avec douceur‖ un visage de femme.

II Sur le mode mineur

… J’ai vu trop d’océans.‖ J’ai trop vu de pays.Le regard s’éteint presque‖ en mes yeux éblouis,

Et, lasse, comme après‖ une besogne ardue,Je retournerai vers‖ celle que j’ai perdue.

Elle lira mes yeux‖ et saura qui je suisEt nous nous souviendrons‖ de nos plus belles nuits…

Loin d’elle, j’étreignis‖ des femmes inconnues.Leur image est pareille‖ à la forme des nues,

Aux caprices du vent,‖ aux remous de la merEt je ne me souviens‖ de rien qui me fut cher.

Les autres ont passé‖ sur mon chemin, mais elle !Unique, elle demeure‖ en mon âme éternelle.

Je la verrai toujours‖ ainsi que je la vis,Avec les mêmes yeux‖ ignorants et ravis.

À travers les hasards‖ des courants et de l’heureEt des vents et des ciels,‖ elle existe et demeure.

Je m’en retournerai,‖ comme on retourne au port,Vers celle qui jadis‖ détermina mon sort…

Le chant sourd du passé‖ m’attire et me rappelle,Et c’est par un beau soir‖ que je reviens près d’elle…

Versification

Forme
Distiques
Rimes
25(aa)
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
25 distiques
Mots à la rime
a sages / cordages féminine, classiquea fou / où masculine, classiquea s’allège / irai-je féminine, classiquea nouveaux / beaux masculine, classiquea nues / inconnues féminine, classiquea songeurs / voyageurs masculine, classiquea rouge / bouge féminine, classiquea soudains / dédains masculine, classiquea route / doute féminine, classiquea eux / hasardeux masculine, classiquea voiles / étoiles féminine, classiquea tour / d’amour masculine, classiquea familières / lumières féminine, classiquea revenir / souvenir masculine, classiquea âme / femme féminine, classiquea pays / éblouis masculine, classiquea ardue / perdue féminine, classiquea suis / nuits masculine, classiquea inconnues / nues féminine, classiquea mer / cher masculine, classiquea elle / éternelle féminine, classiquea vis / ravis masculine, classiquea l’heure / demeure féminine, classiquea port / sort masculine, classiquea rappelle / d’elle féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sillages, Paris, E. SANSOT et Cie, 1908· numérisation wikisource.org· Sources