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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La henriade, 1723

Chant premier

Voltaire· distiques, alexandrins, 388 vers

ARGUMENT Henri III, réuni avec Henri de Bourbon, roi de Navarre, contre la Ligue, ayant déjà commencé le blocus de Paris, envoie secrètement Henri de Bourbon demander du secours à Élisabeth, reine d’Angleterre. Le héros essuie une tempête. Il relâche dans une île, où un vieillard catholique lui prédit son changement de religion et son avènement au trône. Description de l’Angleterre et de son gouvernement.

Je chante ce héros‖ qui régna sur la FranceEt par droit de conquête‖ et par droit de naissance ;Qui par de longs malheurs‖ apprit à gouverner,Calma les factions,‖ sut vaincre et pardonner,Confondit et Mayenne,‖ et la Ligue, et l’Ibère,Et fut de ses sujets‖ le vainqueur et le père.

Descends du haut des cieux,‖ auguste Vérité !Répands sur mes écrits‖ ta force et ta clarté :Que l’oreille des rois‖ s’accoutume à t’entendre.C’est à toi d’annoncer‖ ce qu’ils doivent apprendre ;C’est à toi de montrer‖ aux yeux des nationsLes coupables effets‖ de leurs divisions.Dis comment la Discorde‖ a troublé nos provinces ;Dis les malheurs du peuple‖ et les fautes des princes :Viens, parle ; et s’il est vrai‖ que la Fable autrefoisSut à tes fiers accents‖ mêler sa douce voix ;Si sa main délicate‖ orna ta tête altière,Si son ombre embellit‖ les traits de ta lumière,Avec moi sur tes pas‖ permets-lui de marcher,Pour orner tes attraits,‖ et non pour les cacher.

Valois régnait encore,‖ et ses mains incertainesDe l’État ébranlé‖ laissaient flotter les rênes ;Les lois étaient sans force,‖ et les droits confondus ;Ou plutôt en effet‖ Valois ne régnait plus.Ce n’était plus ce prince‖ environné de gloire,Aux combats, dès l’enfance,‖ instruit par la victoire,Dont l’Europe en tremblant‖ regardait les progrès,Et qui de sa patrie‖ emporta les regrets,Quand du Nord étonné‖ de ses vertus suprêmesLes peuples à ses pieds‖ mettaient les diadèmes.Tel brille au second rang‖ qui s’éclipse au premier ;Il devint lâche roi‖ d’intrépide guerrierEndormi sur le trône‖ au sein de la mollesse,Le poids de sa couronne‖ accablait sa faiblesse.Quélus et Saint-Mégrin,‖ Joyeuse et d’Épernon,Jeunes voluptueux‖ qui régnaient sous son nom,D’un maître efféminé‖ corrupteurs politiques,Plongeaient dans les plaisirs‖ ses langueurs léthargiques.

Des Guises cependant‖ le rapide bonheurSur son abaissement‖ élevait leur grandeur ;Ils formaient dans Paris‖ cette Ligue fatale,De sa faible puissance‖ orgueilleuse rivale.Les peuples déchaînés,‖ vils esclaves des grands,Persécutaient leur prince,‖ et servaient des tyrans.Ses amis corrompus‖ bientôt l’abandonnèrent ;Du Louvre épouvanté‖ ses peuples le chassèrent :Dans Paris révolté‖ l’étranger accourut ;Tout périssait enfin,‖ lorsque Bourbon parut.Le vertueux Bourbon,‖ plein d’une ardeur guerrière,À son prince aveuglé‖ vint rendre la lumière :Il ranima sa force,‖ il conduisit ses pasDe la honte à la gloire,‖ et des jeux aux combats.Aux remparts de Paris‖ les deux rois s’avancèrent :Rome s’en alarma ;‖ les Espagnols tremblèrent :L’Europe, intéressée‖ à ces fameux revers,Sur ces murs malheureux‖ avait les yeux ouverts.On voyait dans Paris‖ la Discorde inhumaineExcitant aux combats‖ et la Ligue et Mayenne,Et le peuple et l’Église ;‖ et, du haut de ses tours,Des soldats de l’Espagne‖ appelant les secours.Ce monstre impétueux,‖ sanguinaire, inflexible,De ses propres sujets‖ est l’ennemi terrible :Aux malheurs des mortels‖ il borne ses desseins ;Le sang de son parti‖ rougit souvent ses mains :Il habite en tyran‖ dans les cœurs qu’il déchire,Et lui-même il punit‖ les forfaits qu’il inspire.

Du côté du couchant,‖ près de ces bords fleurisOù la Seine serpente‖ en fuyant de Paris,Lieux aujourd’hui charmants,‖ retraite aimable et pureOù triomphent les arts,‖ où se plaît la nature,Théâtre alors sanglant‖ des plus mortels combats,Le malheureux Valois‖ rassemblait ses soldats.On y voit ces héros,‖ fiers soutiens de la France,Divisés par leur secte,‖ unis par la vengeance.C’est aux mains de Bourbon‖ que leur sort est commis :En gagnant tous les cœurs,‖ il les a tous unis.On eût dit que l’armée,‖ à son pouvoir soumise,Ne connaissait qu’un chef,‖ et n’avait qu’une Église.

Le père des Bourbons,‖ du sein des immortels,Louis fixait sur lui‖ ses regards paternels :Il présageait en lui‖ la splendeur de sa race ;Il plaignait ses erreurs ;‖ il aimait son audace ;De sa couronne un jour‖ il devait l’honorer ;Il voulait plus encore,‖ il voulait l’éclairer.Mais Henri s’avançait‖ vers sa grandeur suprêmePar des chemins secrets,‖ inconnus à lui-même :Louis, du haut des cieux,‖ lui prêtait son appui ;Mais il cachait le bras‖ qu’il étendait pour lui,De peur que ce héros,‖ trop sûr de sa victoire,Avec moins de danger‖ n’eût acquis moins de gloire.

Déjà les deux partis‖ au pied de ces rempartsAvaient plus d’une fois‖ balancé les hasards ;Dans nos champs désolés‖ le démon du carnageDéjà jusqu’aux deux mers‖ avait porté sa rage,Quand Valois à Bourbon‖ tint ce triste discours,Dont souvent ses soupirs‖ interrompaient le cours :

« Vous voyez à quel point‖ le destin m’humilie ;Mon injure est la vôtre ;‖ et la Ligue ennemie,Levant contre son prince‖ un front séditieux,Nous confond dans sa rage,‖ et nous poursuit tous deux.Paris nous méconnaît,‖ Paris ne veut pour maître,Ni moi qui suis son roi,‖ ni vous qui devez l’être.Ils savent que les lois,‖ le mérite et le sang,Tout, après mon trépas,‖ vous appelle à ce rang ;Et, redoutant déjà‖ votre grandeur future,Du trône où je chancelle‖ ils pensent vous exclure.De la religion,‖ terrible en son courroux,Le fatal anathème‖ est lancé contre vous.Rome, qui sans soldats‖ porte en tous lieux la guerre,Aux mains des Espagnols‖ a remis son tonnerre :Sujets, amis, parents,‖ tout a trahi sa foi,Tout me fuit, m’abandonne,‖ ou s’arme contre moi ;Et l’Espagnol avide,‖ enrichi de mes pertes,Vient en foule inonder‖ mes campagnes désertes.

« Contre tant d’ennemis‖ ardents à m’outrager,Dans la France à mon tour‖ appelons l’étranger :Des Anglais en secret‖ gagnez l’illustre reine.Je sais qu’entre eux et nous‖ une immortelle haineNous permet rarement‖ de marcher réunis,Que Londre est de tout temps‖ l’émule de Paris ;Mais, après les affronts‖ dont ma gloire est flétrie,Je n’ai plus de sujets,‖ je n’ai plus de patrie.Je hais, je veux punir‖ des peuples odieux,Et quiconque me venge‖ est Français à mes yeux.Je n’occuperai point,‖ dans un tel ministère,De mes secrets agents‖ la lenteur ordinaire ;Je n’implore que vous :‖ c’est vous de qui la voixPeut seule à mon malheur‖ intéresser les rois.Allez en Albion ;‖ que votre renomméeY parle en ma défense,‖ et m’y donne une armée.Je veux par votre bras‖ vaincre mes ennemis ;Mais c’est de vos vertus‖ que j’attends des amis. »

Il dit ; et le héros,‖ qui, jaloux de sa gloire,Craignait de partager‖ l’honneur de la victoire,Sentit, en l’écoutant,‖ une juste douleur.Il regrettait ces temps‖ si chers à son grand cœur,Où, fort de sa vertu,‖ sans secours, sans intrigue,Lui seul avec Condé‖ faisait trembler la Ligue.Mais il fallut d’un maître‖ accomplir les desseins :Il suspendit les coups‖ qui partaient de ses mains ;Et, laissant ses lauriers‖ cueillis sur ce rivage,À partir de ces lieux‖ il força son courage.Les soldats étonnés‖ ignorent son dessein ;Et tous de son retour‖ attendent leur destin.Il marche. Cependant‖ la ville criminelleLe croit toujours présent,‖ prêt à fondre sur elle ;Et son nom, qui du trône‖ est le plus ferme appui,Semait encor la crainte,‖ et combattait pour lui.

Déjà des Neustriens‖ il franchit la campagne.De tous ses favoris,‖ Mornay seul l’accompagne,Mornay, son confident,‖ mais jamais son flatteur ;Trop vertueux soutien‖ du parti de l’erreur,Qui, signalant toujours‖ son zèle et sa prudence,Servit également‖ son Église et la France ;Censeur des courtisans,‖ mais à la cour aimé ;Fier ennemi de Rome,‖ et de Rome estimé.

À travers deux rochers‖ où la mer mugissanteVient briser en courroux‖ son onde blanchissante,Dieppe aux yeux du héros‖ offre son heureux port :Les matelots ardents‖ s’empressent sur le bord ;Les vaisseaux sous leurs mains,‖ fiers souverains des ondes,Étaient prêts à voler‖ sur les plaines profondes ;L’impétueux Borée,‖ enchaîné dans les airs,Au souffle du zéphyr‖ abandonnait les mers.On lève l’ancre, on part,‖ on fuit loin de la terre :On découvrait déjà‖ les bords de l’Angleterre ;L’astre brillant du jour‖ à l’instant s’obscurcit ;L’air siffle, le ciel gronde,‖ et l’onde au loin mugit ;Les vents sont déchaînés‖ sur les vagues émues ;La foudre étincelante‖ éclate dans les nues ;Et le feu des éclairs,‖ et l’abîme des flots,Montraient partout la mort‖ aux pâles matelots.Le héros, qu’assiégeait‖ une mer en furie,Ne songe en ce danger‖ qu’aux maux de la patrie,Tourne ses yeux vers elle,‖ et, dans ses grands desseins,Semble accuser les vents‖ d’arrêter ses destins.Tel, et moins généreux,‖ aux rivages d’Épire,Lorsque de l’univers‖ il disputait l’empire,Confiant sur les flots‖ aux aquilons mutinsLe destin de la terre‖ et celui des Romains,Défiant à la fois‖ et Pompée et Neptune,César à la tempête‖ opposait sa fortune.

Dans ce même moment,‖ le Dieu de l’univers,Qui vole sur les vents,‖ qui soulève les mers,Ce Dieu dont la sagesse‖ ineffable et profondeForme, élève, et détruit‖ les empires du monde,De son trône enflammé,‖ qui luit au haut des cieux,Sur le héros français‖ daigna baisser les yeux.Il le guidait lui-même.‖ Il ordonne aux oragesDe porter le vaisseau‖ vers ces prochains rivagesOù Jersey semble aux yeux‖ sortir du sein des flots :Là, conduit par le ciel,‖ aborda le héros.

Non loin de ce rivage,‖ un bois sombre et tranquilleSous des ombrages frais‖ présente un doux asile :Un rocher, qui le cache‖ à la fureur des flots,Défend aux aquilons‖ d’en troubler le repos :Une grotte est auprès,‖ dont la simple structureDoit tous ses ornements‖ aux mains de la nature.Un vieillard vénérable‖ avait, loin de la cour,Cherché la douce paix‖ dans cet obscur séjour.Aux humains inconnu,‖ libre d’inquiétude,C’est là que de lui-même‖ il faisait son étude ;C’est là qu’il regrettait‖ ses inutiles jours,Plongés dans les plaisirs,‖ perdus dans les amours.Sur l’émail de ces prés,‖ au bord de ces fontaines,Il foulait à ses pieds‖ les passions humaines :Tranquille, il attendait‖ qu’au gré de ses souhaitsLa mort vînt à son Dieu‖ le rejoindre à jamais.Ce Dieu qu’il adorait‖ prit soin de sa vieillesse ;Il fit dans son désert‖ descendre la sagesse ;Et, prodigue envers lui‖ de ses trésors divins,Il ouvrit à ses yeux‖ le livre des destins.

Ce vieillard, au héros‖ que Dieu lui fit connaître,Au bord d’une onde pure‖ offre un festin champêtre.Le prince à ces repas‖ était accoutumé :Souvent sous l’humble toit‖ du laboureur charmé,Fuyant le bruit des cours,‖ et se cherchant lui-même,Il avait déposé‖ l’orgueil du diadème.

Le trouble répandu‖ dans l’empire chrétienFut pour eux le sujet‖ d’un utile entretien.Mornay, qui dans sa secte‖ était inébranlable,Prêtait au calvinisme‖ un appui redoutable ;Henri doutait encore,‖ et demandait aux cieuxQu’un rayon de clarté‖ vînt dessiller ses yeux.De tout temps, disait-il,‖ la vérité sacrée

Chez les faibles humains‖ fut d’erreurs entourée :Faut-il que, de Dieu seul‖ attendant mon appui,J’ignore les sentiers‖ qui mènent jusqu’à lui ?Hélas ! un Dieu si bon,‖ qui de l’homme est le maître,En eût été servi,‖ s’il avait voulu l’être.

De Dieu, dit le vieillard,‖ adorons les desseins,Et ne l’accusons pas‖ des fautes des humains.J’ai vu naître autrefois‖ le calvinisme en France ;Faible, marchant dans l’ombre,‖ humble dans sa naissance,Je l’ai vu, sans support,‖ exilé dans nos murs,S’avancer à pas lents‖ par cent détours obscurs :Enfin mes yeux ont vu,‖ du sein de la poussière,Ce fantôme effrayant‖ lever sa tête altière,Se placer sur le trône,‖ insulter aux mortels,Et d’un pied dédaigneux‖ renverser nos autels.

« Loin de la cour alors,‖ en cette grotte obscure,De ma religion‖ je vins pleurer l’injure.Là, quelque espoir au moins‖ flatte mes derniers jours :Un culte si nouveau‖ ne peut durer toujours.Des caprices de l’homme‖ il a tiré son être ;On le verra périr‖ ainsi qu’on l’a vu naître.Les œuvres des humains‖ sont fragiles comme eux ;Dieu dissipe à son gré‖ leurs desseins factieux.Lui seul est toujours stable ;‖ et tandis que la terreVoit de sectes sans nombre‖ une implacable guerre,La Vérité repose‖ aux pieds de l’Éternel.Rarement elle éclaire‖ un orgueilleux mortel :Qui la cherche du cœur‖ un jour peut la connaître.Vous serez éclairé,‖ puisque vous voulez l’être.Ce Dieu vous a choisi :‖ sa main, dans les combats,Au trône des Valois‖ va conduire vos pas.Déjà sa voix terrible‖ ordonne à la victoireDe préparer pour vous‖ les chemins de la gloire ;Mais si la vérité‖ n’éclaire vos esprits,N’espérez point entrer‖ dans les murs de Paris.Surtout des plus grands cœurs‖ évitez la faiblesse ;Fuyez d’un doux poison‖ l’amorce enchanteresse ;Craignez vos passions,‖ et sachez quelque jourRésister aux plaisirs,‖ et combattre l’amour.Enfin quand vous aurez,‖ par un effort suprême,Triomphé des ligueurs,‖ et surtout de vous-même ;Lorsqu’en un siège horrible,‖ et célèbre à jamais,Tout un peuple étonné‖ vivra de vos bienfaits,Ces temps de vos États‖ finiront les misères ;Vous lèverez les yeux‖ vers le Dieu de vos pères ;Vous verrez qu’un cœur droit‖ peut espérer en lui.Allez : qui lui ressemble‖ est sûr de son appui. »

Chaque mot qu’il disait‖ était un trait de flammeQui pénétrait Henri‖ jusqu’au fond de son âme.Il se crut transporté‖ dans ces temps bienheureuxOù le Dieu des humains‖ conversait avec eux,Où la simple vertu,‖ prodiguant les miracles,Commandait à des rois,‖ et rendait des oracles.

Il quitte avec regret‖ ce vieillard vertueuxDes pleurs, en l’embrassant,‖ coulèrent de ses yeux ;Et, dès ce moment même,‖ il entrevit l’auroreDe ce jour qui pour lui‖ ne brillait pas encore.Mornay parut surpris,‖ et ne fut point touché :Dieu, maître de ses dons,‖ de lui s’était caché.Vainement sur la terre‖ il eut le nom de sage,Au milieu des vertus‖ l’erreur fut son partage.

Tandis que le vieillard,‖ instruit par le Seigneur,Entretenait le prince,‖ et parlait à son cœur,Les vents impétueux‖ à sa voix s’apaisèrent,Le soleil reparut,‖ les ondes se calmèrent.Bientôt jusqu’au rivage‖ il conduisit Bourbon :Le héros part, et vole‖ aux plaines d’Albion.

En voyant l’Angleterre,‖ en secret il admireLe changement heureux‖ de ce puissant empire,Où l’éternel abus‖ de tant de sages loisFit longtemps le malheur‖ et du peuple et des rois.Sur ce sanglant théâtre‖ où cent héros périrent,Sur ce trône glissant‖ d’où cent rois descendirent,Une femme, à ses pieds,‖ enchaînant les destins,De l’éclat de son règne‖ étonnait les humains :C’était Élisabeth ;‖ elle dont la prudenceDe l’Europe à son choix‖ fit pencher la balance,Et fit aimer son joug‖ à l’Anglais indompté,Qui ne peut ni servir,‖ ni vivre en liberté.Ses peuples sous son règne‖ ont oublié leurs pertes ;De leurs troupeaux féconds‖ leurs plaines sont couvertes,Les guérets de leurs blés,‖ les mers de leurs vaisseaux ;Ils sont craints sur la terre,‖ ils sont rois sur les eaux ;Leur flotte impérieuse,‖ asservissant Neptune,Des bouts de l’univers‖ appelle la fortune :Londres, jadis barbare,‖ est le centre des arts,Le magasin du monde,‖ et le temple de Mars.Aux murs de Westminster‖ on voit paraître ensembleTrois pouvoirs étonnés‖ du nœud qui les rassemble,Les députés du peuple,‖ et les grands, et le roi,Divisés d’intérêt,‖ réunis par la loi ;Tous trois membres sacrés‖ de ce corps invincible,Dangereux à lui-même,‖ à ses voisins terrible.Heureux lorsque le peuple,‖ instruit dans son devoir,Respecte, autant qu’il doit,‖ le souverain pouvoir !Plus heureux lorsqu’un roi,‖ doux, juste, et politique,Respecte, autant qu’il doit,‖ la liberté publique !« Ah ! s’écria Bourbon,‖ quand pourront les FrançaisRéunir, comme vous,‖ la gloire avec la paix ?Quel exemple pour vous,‖ monarques de la terre !Une femme a fermé‖ les portes de la guerre ;Et, renvoyant chez vous‖ la discorde et l’horreur,D’un peuple qui l’adore‖ elle a fait le bonheur. »

Cependant il arrive‖ à cette ville immense,Où la liberté seule‖ entretient l’abondance.Du vainqueur des Anglais‖ il aperçoit la tour.Plus loin, d’Élisabeth‖ est l’auguste séjour.Suivi de Mornay seul,‖ il va trouver la reine,Sans appareil, sans bruit,‖ sans cette pompe vaineDont les grands, quels qu’ils soient,‖ en secret sont épris,Mais que le vrai héros‖ regarde avec mépris.Il parle ; sa franchise‖ est sa seule éloquence :Il expose en secret‖ les besoins de la France ;Et jusqu’à la prière‖ humiliant son cœur,Dans ses soumissions‖ découvre sa grandeur.« Quoi ! vous servez Valois !‖ dit la reine surprise :C’est lui qui vous envoie‖ au bord de la Tamise ?Quoi ! de ses ennemis‖ devenu protecteur,Henri vient me prier‖ pour son persécuteur !Des rives du couchant‖ aux portes de l’aurore,De vos longs différends‖ l’univers parle encore ;Et je vous vois armer‖ en faveur de ValoisCe bras, ce même bras‖ qu’il a craint tant de fois !Ses malheurs, lui dit-il,‖ ont étouffé nos haines ;Valois était esclave ;‖ il brise enfin ses chaînes.Plus heureux si, toujours‖ assuré de ma foi,Il n’eût cherché d’appui‖ que son courage et moi !Mais il employa trop‖ l’artifice et la feinte ;Il fut mon ennemi‖ par faiblesse et par crainte.J’oublie enfin sa faute,‖ en voyant son danger ;Je l’ai vaincu, madame,‖ et je vais le venger.Vous pouvez, grande reine,‖ en cette juste guerre,Signaler à jamais‖ le nom de l’Angleterre,Couronner vos vertus‖ en défendant nos droits,Et venger avec moi‖ la querelle des rois. »

Élisabeth alors‖ avec impatienceDemande le récit‖ des troubles de la France,Veut savoir quels ressorts‖ et quel enchaînementOnt produit dans Paris‖ un si grand changement.Déjà, dit-elle au roi,‖ la prompte RenomméeDe ces revers sanglants‖ m’a souvent informée ;Mais sa bouche, indiscrète‖ en sa légèreté,Prodigue le mensonge‖ avec la vérité :J’ai rejeté toujours‖ ses récits peu fidèles.Vous donc, témoin fameux‖ de ces longues querelles,Vous, toujours de Valois‖ le vainqueur ou l’appui,Expliquez-nous le nœud‖ qui vous joint avec lui :Daignez développer‖ ce changement extrême ;Vous seul pouvez parler‖ dignement de vous-même.Peignez-moi vos malheurs‖ et vos heureux exploits ;Songez que votre vie‖ est la leçon des rois.Hélas ! reprit Bourbon,‖ faut-il que ma mémoireRappelle de ces temps‖ la malheureuse histoire !Plût au ciel irrité,‖ témoin de mes douleurs,Qu’un éternel oubli‖ nous cachât tant d’horreurs !Pourquoi demandez-vous‖ que ma bouche raconteDes princes de mon sang‖ les fureurs et la honte ?Mon cœur frémit encore‖ à ce seul souvenir ;Mais vous me l’ordonnez,‖ je vais vous obéir.Un autre, en vous parlant,‖ pourrait avec adresseDéguiser leurs forfaits,‖ excuser leur faiblesse ;Mais ce vain artifice‖ est peu fait pour mon cœur,Et je parle en soldat‖ plus qu’en ambassadeur.

FIN DU CHANT PREMIER

Versification

Forme
Distiques
Rimes
194((aa))
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Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a France / naissance féminine, classiqueb gouverner / pardonner masculine, classiquec l’Ibère / père féminine, classiquea Vérité / clarté masculine, classiqueb t’entendre / apprendre féminine, classiquec nations / divisions masculine, classiqued provinces / princes féminine, classiquee autrefois / voix masculine, classiquef altière / lumière féminine, classiqueg marcher / cacher masculine, classiquea incertaines / rênes féminine, classiqueb confondus / plus masculine, classiquec gloire / victoire féminine, classiqued progrès / regrets masculine, classiquee suprêmes / diadèmes féminine, classiquef premier / guerrier masculine, classiqueg mollesse / faiblesse féminine, classiqueh d’Épernon / nom masculine, classiquei politiques / léthargiques féminine, classiquea bonheur / grandeur masculine, classiqueb fatale / rivale féminine, classiquec grands / tyrans masculine, classiqued l’abandonnèrent / chassèrent féminine, classiquee accourut / parut masculine, classiquef guerrière / lumière féminine, classiqueg pas / combats masculine, classiqueh s’avancèrent / tremblèrent féminine, classiquei revers / ouverts masculine, classiquej inhumaine / Mayenne féminine, classiquek tours / secours masculine, classiquel inflexible / terrible féminine, classiquem desseins / mains masculine, classiquen déchire / inspire féminine, classiquea fleuris / Paris masculine, classiqueb pure / nature féminine, classiquec combats / soldats masculine, classiqued France / vengeance féminine, classiquee commis / unis masculine, classiquef soumise / Église féminine, classiquea immortels / paternels masculine, classiqueb race / audace féminine, classiquec l’honorer / l’éclairer masculine, classiqued suprême / lui-même féminine, classiquee appui / lui masculine, classiquef victoire / gloire féminine, classiquea remparts / hasards masculine, classiqueb carnage / rage féminine, classiquec discours / cours masculine, classiquea m’humilie / ennemie féminine, classiqueb séditieux / deux masculine, classiquec maître / l’être féminine, classiqued sang / rang masculine, classiquee future / exclure féminine, classiquef courroux / vous masculine, classiqueg guerre / tonnerre féminine, classiqueh foi / moi masculine, classiquei pertes / désertes féminine, classiquea m’outrager / l’étranger masculine, classiqueb reine / haine féminine, classiquec réunis / Paris masculine, classiqued flétrie / patrie féminine, classiquee odieux / yeux masculine, classiquef ministère / ordinaire féminine, classiqueg voix / rois masculine, classiqueh renommée / armée féminine, classiquei ennemis / amis masculine, classiqueb douleur / cœur masculine, classiquec intrigue / Ligue féminine, classiquee rivage / courage féminine, classiquef dessein / destin masculine, classiqueg criminelle / elle féminine, classiquea campagne / l’accompagne féminine, classiqueb flatteur / l’erreur masculine, classiquec prudence / France féminine, classiqued aimé / estimé masculine, classiquea mugissante / blanchissante féminine, classiqueb port / bord masculine, classiquec ondes / profondes féminine, classiqued airs / mers masculine, classiquee terre / l’Angleterre féminine, classiquef s’obscurcit / mugit masculine, classiqueg émues / nues féminine, classiqueh flots / matelots masculine, classiquei furie / patrie féminine, classiquej desseins / destins masculine, classiquek d’Épire / l’empire féminine, classiquel mutins / Romains masculine, classiquem Neptune / fortune féminine, classiquea l’univers / mers masculine, classiqueb profonde / monde féminine, classiquec cieux / yeux masculine, classiqued orages / rivages féminine, classiquee flots / héros masculine, classiquea tranquille / asile féminine, classiqueb flots / repos masculine, classiquec structure / nature féminine, classiqued cour / séjour masculine, classiquee d’inquiétude / étude féminine, classiquef jours / amours masculine, classiqueg fontaines / humaines féminine, classiqueh souhaits / jamais masculine, classiquei vieillesse / sagesse féminine, classiquej divins / destins masculine, classiquea connaître / champêtre féminine, classiqueb accoutumé / charmé masculine, classiquec lui-même / diadème féminine, classiquea chrétien / entretien masculine, classiqueb inébranlable / redoutable féminine, classiqued sacrée / entourée féminine, classiquea desseins / humains masculine, classiquec murs / obscurs masculine, classiqued poussière / altière féminine, classiquee mortels / autels masculine, classiquea obscure / l’injure féminine, classiqueb jours / toujours masculine, classiquec être / naître féminine, classiqued eux / factieux masculine, classiquee terre / guerre féminine, classiquef l’Éternel / mortel masculine, classiqueg connaître / l’être féminine, classiqueh combats / pas masculine, classiquej esprits / Paris masculine, classiquek faiblesse / enchanteresse féminine, classiquel jour / l’amour masculine, classiquem suprême / vous-même féminine, classiquen jamais / bienfaits masculine, classiqueo misères / pères féminine, classiquep lui / appui masculine, classiquea flamme / âme féminine, classiqueb bienheureux / eux masculine, classiquec miracles / oracles féminine, classiquea vertueux / yeux masculine, classiqueb l’aurore / encore féminine, classiquec touché / caché masculine, classiqued sage / partage féminine, classiquea Seigneur / cœur masculine, classiqueb s’apaisèrent / calmèrent féminine, classiquec Bourbon / d’Albion masculine, classiquea admire / empire féminine, classiqueb lois / rois masculine, classiquec périrent / descendirent féminine, classiqued destins / humains masculine, classiquee prudence / balance féminine, classiquef indompté / liberté masculine, classiqueg pertes / couvertes féminine, classiqueh vaisseaux / eaux masculine, classiquej arts / Mars masculine, classiquek ensemble / rassemble féminine, classiquel roi / loi masculine, classiquem invincible / terrible féminine, classiquen devoir / pouvoir masculine, classiqueo politique / publique féminine, classiquep Français / paix masculine, classiquer l’horreur / bonheur masculine, classiquea immense / l’abondance féminine, classiqueb tour / séjour masculine, classiquec reine / vaine féminine, classiqued épris / mépris masculine, classiquee éloquence / France féminine, classiquef cœur / grandeur masculine, classiqueg surprise / Tamise féminine, classiqueh protecteur / persécuteur masculine, classiquej Valois / fois masculine, classiquek haines / chaînes féminine, classiquem feinte / crainte féminine, classiquen danger / venger masculine, classiqueo guerre / l’Angleterre féminine, classiquep droits / rois masculine, classiquea impatience / France féminine, classiqueb enchaînement / changement masculine, classiquec Renommée / informée féminine, classiqued légèreté / vérité masculine, classiquee fidèles / querelles féminine, classiquef l’appui / lui masculine, classiqueg extrême / vous-même féminine, classiqueh exploits / rois masculine, classiquei mémoire / histoire féminine, classiquej douleurs / d’horreurs masculine, classiquek raconte / honte féminine, classiquel souvenir / obéir masculine, classiquem adresse / faiblesse féminine, classiquen cœur / ambassadeur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0

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388 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Voltaire, Paris, Garnier, 1877-1883· numérisation wikisource.org· Sources