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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La henriade, 1723

Chant deuxième

Voltaire· distiques, alexandrins, 358 vers

ARGUMENT Henri le Grand raconte à la reine Élisabeth l’histoire des malheurs de la France : il remonte à leur origine, et entre dans le détail des massacres de la Saint-Barthélemy.

« Reine, l’excès des maux‖ où la France est livréeEst d’autant plus affreux‖ que leur source est sacréeC’est la religion‖ dont le zèle inhumainMet à tous les Français‖ les armes à la main.Je ne décide point‖ entre Genève et Rome.De quelque nom divin‖ que leur parti les nomme,J’ai vu des deux côtés‖ la fourbe et la fureur ;Et si la perfidie‖ est fille de l’erreur,Si, dans les différends‖ où l’Europe se plonge,La trahison, le meurtre‖ est le sceau du mensonge,L’un et l’autre parti,‖ cruel également,Ainsi que dans le crime‖ est dans l’aveuglement.Pour moi, qui, de l’État‖ embrassant la défense,Laissai toujours aux cieux‖ le soin de leur vengeance,On ne m’a jamais vu,‖ surpassant mon pouvoir,D’une indiscrète main‖ profaner l’encensoir :Et périsse à jamais‖ l’affreuse politiqueQui prétend sur les cœurs‖ un pouvoir despotique,Qui veut, le fer en main,‖ convertir les mortels,Qui du sang hérétique‖ arrose les autels,Et, suivant un faux zèle,‖ ou l’intérêt, pour guides,Ne sert un Dieu de paix‖ que par des homicides !

« Plût à ce Dieu puissant,‖ dont je cherche la loi,Que la cour des Valois‖ eût pensé comme moi !Mais l’un et l’autre Guise‖ ont eu moins de scrupule.Ces chefs ambitieux‖ d’un peuple trop crédule,Couvrant leurs intérêts‖ de l’intérêt des cieux,Ont conduit dans le piège‖ un peuple furieux,Ont armé contre moi‖ sa piété cruelle.J’ai vu nos citoyens‖ s’égorger avec zèle,Et, la flamme à la main,‖ courir dans les combatsPour de vains arguments‖ qu’ils ne comprenaient pas.Vous connaissez le peuple,‖ et savez ce qu’il oseQuand, du ciel outragé‖ pensant venger la cause,Les yeux ceints du bandeau‖ de la religion,Il a rompu le frein‖ de la soumission.Vous le savez, madame,‖ et votre prévoyanceÉtouffa dès longtemps‖ ce mal en sa naissance.L’orage en vos États‖ à peine était formé ;Vos soins l’avaient prévu,‖ vos vertus l’ont calmé :Vous régnez ; Londre est libre,‖ et vos lois florissantes.Médicis a suivi‖ des routes différentes.Peut-être que, sensible‖ à ces tristes récits,Vous me demanderez‖ quelle était Médicis ;Vous l’apprendrez du moins‖ d’une bouche ingénue.Beaucoup en ont parlé ;‖ mais peu l’ont bien connue,Peu de son cœur profond‖ ont sondé les replis.Pour moi, nourri vingt ans‖ à la cour de ses fils,Qui vingt ans sous ses pas‖ vis les orages naître,J’ai trop à mes périls‖ appris à la connaître.

« Son époux, expirant‖ dans la fleur de ses jours,À son ambition‖ laissait un libre cours.Chacun de ses enfants,‖ nourri sous sa tutelle,Devint son ennemi‖ dès qu’il régna sans elle.Ses mains autour du trône,‖ avec confusion,Semaient la jalousie‖ et la division,Opposant sans relâche‖ avec trop de prudenceLes Guises aux Condés,‖ et la France à la France ;Toujours prête à s’unir‖ avec ses ennemis,Et changeant d’intérêt,‖ de rivaux, et d’amis ;Esclave des plaisirs,‖ mais moins qu’ambitieuse ;Infidèle à sa secte,‖ et superstitieuse ;Possédant, en un mot,‖ pour n’en pas dire plus,Les défauts de son sexe,‖ et peu de ses vertus.Ce mot m’est échappé,‖ pardonnez ma franchise :Dans ce sexe, après tout,‖ vous n’êtes point comprise ;L’auguste Élisabeth‖ n’en a que les appas ;Le ciel, qui vous forma‖ pour régir des États,Vous fait servir d’exemple‖ à tous tant que nous sommes ;Et l’Europe vous compte‖ au rang des plus grands hommes.

« Déjà François Second,‖ par un sort imprévu,Avait rejoint son père‖ au tombeau descendu ;Faible enfant, qui de Guise‖ adorait les caprices,Et dont on ignorait‖ les vertus et les vices.Charles, plus jeune encore,‖ avait le nom de roi :Médicis régnait seule ;‖ on tremblait sous sa loi.D’abord sa politique,‖ assurant sa puissance,Semblait d’un fils docile‖ éterniser l’enfance ;Sa main, de la discorde‖ allumant le flambeau,Signala par le sang‖ son empire nouveau ;Elle arma le courroux‖ de deux sectes rivales.Dreux, qui vit déployer‖ leurs enseignes fatales,Fut le théâtre affreux‖ de leurs premiers exploits.Le vieux Montmorency,‖ près du tombeau des rois,D’un plomb mortel atteint‖ par une main guerrière,De cent ans de travaux‖ termina la carrière.Guise auprès d’Orléans‖ mourut assassiné.Mon père malheureux,‖ à la cour enchaîné,Trop faible, et malgré lui‖ servant toujours la reine,Traîna dans les affronts‖ sa fortune incertaine ;Et, toujours de sa main‖ préparant ses malheurs,Combattit et mourut‖ pour ses persécuteurs.Condé, qui vit en moi‖ le seul fils de son frère,M’adopta, me servit‖ et de maître et de père ;Son camp fut mon berceau ;‖ là, parmi les guerriers,Nourri dans la fatigue‖ à l’ombre des lauriers,De la cour avec lui‖ dédaignant l’indolence,Ses combats ont été‖ les jeux de mon enfance.

« Ô plaines de Jarnac !‖ ô coup trop inhumain !Barbare Montesquiou,‖ moins guerrier qu’assassin,Condé, déjà mourant,‖ tomba sous ta furie !J’ai vu porter le coup ;‖ j’ai vu trancher sa vie :Hélas ! trop jeune encor,‖ mon bras, mon faible brasNe put ni prévenir‖ ni venger son trépas.

Le ciel, qui de mes ans‖ protégeait la faiblesse,Toujours à des héros‖ confia ma jeunesse.Coligny, de Condé‖ le digne successeur,De moi, de mon parti‖ devint le défenseur.Je lui dois tout, madame,‖ il faut que je l’avoue ;Et d’un peu de vertu‖ si l’Europe me loue,Si Rome a souvent même‖ estimé mes exploits,C’est à vous, ombre illustre,‖ à vous que je le dois.Je croissais sous ses yeux,‖ et mon jeune courageFit longtemps de la guerre‖ un dur apprentissage.Il m’instruisait d’exemple‖ au grand art des héros :Je voyais ce guerrier,‖ blanchi dans les travaux,Soutenant tout le poids‖ de la cause communeEt contre Médicis‖ et contre la fortune ;Chéri dans son parti,‖ dans l’autre respecté ;Malheureux quelquefois,‖ mais toujours redouté ;Savant dans les combats,‖ savant dans les retraites ;Plus grand, plus glorieux,‖ plus craint dans ses défaitesQue Dunois ni Gaston‖ ne l’ont jamais étéDans le cours triomphant‖ de leur prospérité.

« Après dix ans entiers‖ de succès et de pertes,Médicis, qui voyait‖ nos campagnes couvertesD’un parti renaissant‖ qu’elle avait cru détruit,Lasse enfin de combattre‖ et de vaincre sans fruit,Voulut, sans plus tenter‖ des efforts inutiles,Terminer d’un seul coup‖ les discordes civiles,La cour de ses faveurs‖ nous offrit les attraits ;Et n’ayant pu nous vaincre,‖ on nous donna la paix.Quelle paix, juste Dieu !‖ Dieu vengeur que j’atteste,Que de sang arrosa‖ son olive funeste !Ciel ! faut-il voir ainsi‖ les maîtres des humainsDu crime à leurs sujets‖ aplanir les chemins !

« Coligny, dans son cœur‖ à son prince fidèle,Aimait toujours la France‖ en combattant contre elle :Il chérit, il prévint‖ l’heureuse occasionQui semblait de l’État‖ assurer l’union.Rarement un héros‖ connaît la défiance :Parmi ses ennemis‖ il vint plein d’assurance ;Jusqu’au milieu du Louvre‖ il conduisit mes pas.Médicis en pleurant‖ me reçut dans ses bras,Me prodigua longtemps‖ des tendresses de mère,Assura Coligny‖ d’une amitié sincère,Voulait par ses avis‖ se régler désormais,L’ornait de dignités,‖ le comblait de bienfaits,Montrait à tous les miens,‖ séduits par l’espérance,Des faveurs de son fils‖ la flatteuse apparence.Hélas ! nous espérions‖ en jouir plus longtemps.

« Quelques-uns soupçonnaient‖ ces perfides présents,Les dons d’un ennemi‖ leur semblaient trop à craindre.Plus ils se défiaient,‖ plus le roi savait feindre :Dans l’ombre du secret,‖ depuis peu MédicisÀ la fourbe, au parjure,‖ avait formé son fils,Façonnait aux forfaits‖ ce cœur jeune et facile ;Et le malheureux prince,‖ à ses leçons docile,Par son penchant féroce‖ à les suivre excité,Dans sa coupable école‖ avait trop profité.

« Enfin, pour mieux cacher‖ cet horrible mystère,Il me donna sa sœur,‖ il m’appela son frère.Ô nom qui m’as trompé !‖ vains serments ! nœud fatal !Hymen qui de nos maux‖ fus le premier signal !Tes flambeaux, que du ciel‖ alluma la colère,Éclairaient à mes yeux‖ le trépas de ma mère.Je ne suis point injuste,‖ et je ne prétends pasÀ Médicis encore‖ imputer son trépas :J’écarte des soupçons‖ peut-être légitimes,Et je n’ai pas besoin‖ de lui chercher des crimes.Ma mère enfin mourut.‖ Pardonnez à des pleursQu’un souvenir si tendre‖ arrache à mes douleurs.Cependant tout s’apprête,‖ et l’heure est arrivéeQu’au fatal dénoûment‖ la reine a réservée.

« Le signal est donné‖ sans tumulte et sans bruit ;C’était à la faveur‖ des ombres de la nuit.De ce mois malheureux‖ l’inégale courrièreSemblait cacher d’effroi‖ sa tremblante lumière :Coligny languissait‖ dans les bras du repos,Et le sommeil trompeur‖ lui versait ses pavots.Soudain de mille cris‖ le bruit épouvantableVient arracher ses sens‖ à ce calme agréable :Il se lève, il regarde,‖ il voit de tous côtésCourir des assassins‖ à pas précipités ;Il voit briller partout‖ les flambeaux et les armes,Son palais embrasé,‖ tout un peuple en alarmes,Ses serviteurs sanglants‖ dans la flamme étouffés,Les meurtriers en foule‖ au carnage échauffés,Criant à haute voix :‖ « Qu’on n’épargne personne ;C’est Dieu, c’est Médicis,‖ c’est le roi qui l’ordonne ! »Il entend retentir‖ le nom de Coligny ;Il aperçoit de loin‖ le jeune Téligny,Téligny dont l’amour‖ a mérité sa fille,L’espoir de son parti,‖ l’honneur de sa famille,Qui, sanglant, déchiré,‖ traîné par des soldats,Lui demandait vengeance,‖ et lui tendait les bras.

« Le héros malheureux,‖ sans armes, sans défense,Voyant qu’il faut périr,‖ et périr sans vengeance,Voulut mourir du moins‖ comme il avait vécu,Avec toute sa gloire‖ et toute sa vertu.

« Déjà des assassins‖ la nombreuse cohorteDu salon qui l’enferme‖ allait briser la porte ;Il leur ouvre lui-même,‖ et se montre à leurs yeuxAvec cet œil serein,‖ ce front majestueux,Tel que dans les combats,‖ maître de son courage.

Tranquille il arrêtait‖ ou pressait le carnage.« À cet air vénérable,‖ à cet auguste aspect,Les meurtriers surpris‖ sont saisis de respect ;Une force inconnue‖ a suspendu leur rage.« Compagnons, leur dit-il,‖ achevez votre ouvrage,« Et de mon sang glacé‖ souillez ces cheveux blancs,« Que le sort des combats‖ respecta quarante ans ;« Frappez, ne craignez rien ;‖ Coligny vous pardonne ;« Ma vie est peu de chose,‖ et je vous l’abandonne…« J’eusse aimé mieux la perdre‖ en combattant pour vous… »Ces tigres à ces mots‖ tombent à ses genoux :L’un, saisi d’épouvante,‖ abandonne ses armes ;L’autre embrasse ses pieds,‖ qu’il trempe de ses larmesEt de ses assassins‖ ce grand homme entouréSemblait un roi puissant‖ par son peuple adoré.

« Besme, qui dans la cour‖ attendait sa victime,Monte, accourt, indigné‖ qu’on diffère son crime ;Des assassins trop lents‖ il veut hâter les coups ;Aux pieds de ce héros‖ il les voit trembler tous.À cet objet touchant‖ lui seul est inflexible ;Lui seul, à la pitié‖ toujours inaccessible,Aurait cru faire un crime‖ et trahir Médicis,Si du moindre remords‖ il se sentait surpris.À travers les soldats‖ il court d’un pas rapide :Coligny l’attendait‖ d’un visage intrépide ;Et bientôt dans le flanc‖ ce monstre furieuxLui plonge son épée,‖ en détournant les yeux,De peur que d’un coup d’œil‖ cet auguste visageNe fît trembler son bras,‖ et glaçât son courage.

Du plus grand des Français‖ tel fut le triste sort,On l’insulte, on l’outrage‖ encore après sa mort,Son corps, percé de coups,‖ privé de sépulture,Des oiseaux dévorants‖ fut l’indigne pâture ;Et l’on porta sa tête‖ aux pieds de Médicis,Conquête digne d’elle,‖ et digne de son fils.Médicis la reçut‖ avec indifférence,Sans paraître jouir‖ du fruit de sa vengeance,Sans remords, sans plaisir,‖ maîtresse de ses sens,Et comme accoutumée‖ à de pareils présents.

« Qui pourrait cependant‖ exprimer les ravagesDont cette nuit cruelle‖ étala les images ?La mort de Coligny,‖ prémices des horreurs,N’était qu’un faible essai‖ de toutes leurs fureurs.D’un peuple d’assassins‖ les troupes effrénées,Par devoir et par zèle‖ au carnage acharnées,Marchaient le fer en main,‖ les yeux étincelants,Sur les corps étendus‖ de nos frères sanglants.Guise, était à leur tête,‖ et, bouillant de colère,Vengeait sur tous les miens‖ les mânes de son père.Nevers, Gondi, Tavanne,‖ un poignard à la main,Échauffaient les transports‖ de leur zèle inhumain ;Et, portant devant eux‖ la liste de leurs crimes,Les conduisaient au meurtre,‖ et marquaient les victimes.

« Je ne vous peindrai point‖ le tumulte et les cris,Le sang de tous côtés‖ ruisselant dans Paris,Le fils assassiné‖ sur le corps de son père,Le frère avec la sœur,‖ la fille avec la mère,Les époux expirant‖ sous leurs toits embrasés,Les enfants au berceau‖ sur la pierre écrasés :Des fureurs des humains‖ c’est ce qu’on doit attendre.Mais ce que l’avenir‖ aura peine à comprendre,Ce que vous-même encore‖ à peine vous croirez,Ces monstres furieux,‖ de carnage altérés,Excités par la voix‖ des prêtres sanguinaires,Invoquaient le Seigneur‖ en égorgeant leurs frères ;Et, le bras tout souillé‖ du sang des innocents,Osaient offrir à Dieu‖ cet exécrable encens.

« Ô combien de héros‖ indignement périrent !Resnel et Pardaillan‖ chez les morts descendirent ;Et vous, brave Guerchy,‖ vous, sage Lavardin,Digne de plus de vie‖ et d’un autre destin.Parmi les malheureux‖ que cette nuit cruellePlongea dans les horreurs‖ d’une nuit éternelle,Marsillac et Soubise,‖ au trépas condamnés,Défendent quelque temps‖ leurs jours infortunés.Sanglants, percés de coups,‖ et respirant à peine,Jusqu’aux portes du Louvre‖ on les pousse, on les traîne ;Ils teignent de leur sang‖ ce palais odieux,En implorant leur roi,‖ qui les trahit tous deux.

« Du haut de ce palais‖ excitant la tempête,Médicis à loisir‖ contemplait cette fête :Ses cruels favoris,‖ d’un regard curieux,Voyaient les flots de sang‖ regorger sous leurs yeux,Et de Paris en feu‖ les ruines fatalesÉtaient de ces héros‖ les pompes triomphales.

« Que dis-je ! ô crime ! ô honte !‖ Ô comble de nos maux !Le roi, le roi lui-même,‖ au milieu des bourreaux,Poursuivant des proscrits‖ les troupes égarées,Du sang de ses sujets‖ souillait ses mains sacrées :Et ce même Valois‖ que je sers aujourd’hui,Ce roi qui par ma bouche‖ implore votre appui,Partageant les forfaits‖ de son barbare frère,À ce honteux carnage‖ excitait sa colère.Non qu’après tout Valois‖ ait un cœur inhumain,Rarement dans le sang‖ il a trempé sa main ;Mais l’exemple du crime‖ assiégeait sa jeunesse ;Et sa cruauté même‖ était une faiblesse.

« Quelques-uns, il est vrai,‖ dans la foule des morts,Du fer des assassins‖ trompèrent les efforts.De Caumont, jeune enfant,‖ l’étonnante aventureIra de bouche en bouche‖ à la race future.Son vieux père, accablé‖ sous le fardeau des ans,Se livrait au sommeil‖ entre ses deux enfants ;Un lit seul enfermait‖ et les fils et le père.Les meurtriers ardents,‖ qu’aveuglait la colère,Sur eux à coups pressés‖ enfoncent le poignardSur ce lit malheureux‖ la mort vole au hasard.

« L’Éternel en ses mains‖ tient seul nos destinées ;Il sait, quand il lui plaît,‖ veiller sur nos années,Tandis qu’en ses fureurs‖ l’homicide est trompé.D’aucun coup, d’aucun trait,‖ Caumont ne fut frappé.Un invisible bras,‖ armé pour sa défense,Aux mains des meurtriers‖ dérobait son enfance ;Son père, à son côté,‖ sous mille coups mourant,Le couvrait tout entier‖ de son corps expirant ;Et, du peuple et du roi‖ trompant la barbarie,Une seconde fois‖ il lui donna la vie.

« Cependant que faisais-je‖ en ces affreux moments ?Hélas ! trop assuré‖ sur la foi des serments,Tranquille au fond du Louvre,‖ et loin du bruit des armes,Mes sens d’un doux repos‖ goûtaient encor les charmes.Ô nuit, nuit effroyable !‖ ô funeste sommeil !L’appareil de la mort‖ éclaira mon réveil.On avait massacré‖ mes plus chers domestiques ;Le sang de tous côtés‖ inondait mes portiques :Et je n’ouvris les yeux‖ que pour envisagerLes miens que sur le marbre‖ on venait d’égorger.Les assassins sanglants‖ vers mon lit s’avancèrent ;Leurs parricides mains‖ devant moi se levèrent ;Je touchais au moment‖ qui terminait mon sort ;Je présentai ma tête,‖ et j’attendis la mort.

« Mais, soit qu’un vieux respect‖ pour le sang de leurs maîtresParlât encor pour moi‖ dans le cœur de ces traîtres ;Soit que de Médicis‖ l’ingénieux courrouxTrouvât pour moi la mort‖ un supplice trop doux ;Soit qu’enfin, s’assurant‖ d’un port durant l’orage,Sa prudente fureur‖ me gardât pour otage,On réserva ma vie‖ à de nouveaux revers,Et bientôt de sa part‖ on m’apporta des fers.

« Coligny, plus heureux‖ et plus digne d’envie,Du moins, en succombant,‖ ne perdit que la vie ;Sa liberté, sa gloire‖ au tombeau le suivit…Vous frémissez, madame,‖ à cet affreux récit :Tant d’horreur vous surprend ;‖ mais de leur barbarieJe ne vous ai conté‖ que la moindre partie.On eût dit que, du haut‖ de son Louvre fatal,Médicis à la France‖ eût donné le signal ;Tout imita Paris :‖ la mort sans résistanceCouvrit en un moment‖ la face de la France.Quand un roi veut le crime,‖ il est trop obéi !Par cent mille assassins‖ son courroux fut servi ;Et des fleuves français‖ les eaux ensanglantéesNe portaient que des morts‖ aux mers épouvantées.

FIN DU CHANT DEUXIÈME

Versification

Forme
Distiques
Rimes
179((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a livrée / sacrée féminine, classiqueb inhumain / main masculine, classiquec Rome / nomme féminine, classiqued fureur / l’erreur masculine, classiquee plonge / mensonge féminine, classiquef également / l’aveuglement masculine, classiqueg défense / vengeance féminine, classiqueh pouvoir / l’encensoir masculine, classiquei politique / despotique féminine, classiquej mortels / autels masculine, classiquek guides / homicides féminine, classiquea loi / moi masculine, classiqueb scrupule / crédule féminine, classiquec cieux / furieux masculine, classiqued cruelle / zèle féminine, classiquee combats / pas masculine, classiquef ose / cause féminine, classiqueg religion / soumission masculine, classiqueh prévoyance / naissance féminine, classiquei formé / calmé masculine, classiquej florissantes / différentes féminine, classiquek récits / Médicis masculine, classiquel ingénue / connue féminine, classiquem replis / fils masculine, classiquen naître / connaître féminine, classiquea jours / cours masculine, classiqueb tutelle / elle féminine, classiquec confusion / division masculine, classiqued prudence / France féminine, classiquee ennemis / d’amis masculine, classiquef qu’ambitieuse / superstitieuse féminine, classiqueg plus / vertus masculine, classiqueh franchise / comprise féminine, classiquei appas / États masculine, classiquej sommes / hommes féminine, classiquea imprévu / descendu masculine, classiqueb caprices / vices féminine, classiquec roi / loi masculine, classiqued puissance / l’enfance féminine, classiquee flambeau / nouveau masculine, classiquef rivales / fatales féminine, classiqueg exploits / rois masculine, classiqueh guerrière / carrière féminine, classiquei assassiné / enchaîné masculine, classiquej reine / incertaine féminine, classiquek malheurs / persécuteurs masculine, classiquel frère / père féminine, classiquem guerriers / lauriers masculine, classiquen l’indolence / enfance féminine, classiquea inhumain / qu’assassin masculine, classiqueb furie / vie féminine, classiquec bras / trépas masculine, classiquea faiblesse / jeunesse féminine, classiqueb successeur / défenseur masculine, classiquec l’avoue / loue féminine, classiqued exploits / dois masculine, classiquee courage / apprentissage féminine, classiquef héros / travaux masculine, classiqueg commune / fortune féminine, classiqueh respecté / redouté masculine, classiquei retraites / défaites féminine, classiquej été / prospérité masculine, classiquea pertes / couvertes féminine, classiqueb détruit / fruit masculine, classiquec inutiles / civiles féminine, classiqued attraits / paix masculine, classiquee j’atteste / funeste féminine, classiquef humains / chemins masculine, classiquea fidèle / elle féminine, classiqueb occasion / l’union masculine, classiquec défiance / d’assurance féminine, classiqued pas / bras masculine, classiquee mère / sincère féminine, classiquef désormais / bienfaits masculine, classiqueg l’espérance / apparence féminine, classiqueh longtemps / présents masculine, classiqueb craindre / feindre féminine, classiquec Médicis / fils masculine, classiqued facile / docile féminine, classiquee excité / profité masculine, classiquea mystère / frère féminine, classiqueb fatal / signal masculine, classiquec colère / mère féminine, classiqued pas / trépas masculine, classiquee légitimes / crimes féminine, classiquef pleurs / douleurs masculine, classiqueg arrivée / réservée féminine, classiquea bruit / nuit masculine, classiqueb courrière / lumière féminine, classiquec repos / pavots masculine, classiqued épouvantable / agréable féminine, classiquee côtés / précipités masculine, classiquef armes / alarmes féminine, classiqueg étouffés / échauffés masculine, classiqueh personne / l’ordonne féminine, classiquei Coligny / Téligny masculine, classiquej fille / famille féminine, classiquek soldats / bras masculine, classiqueb vécu / vertu masculine, classiquea cohorte / porte féminine, classiqueb yeux / majestueux masculine, classiquec courage / carnage féminine, classiqueb aspect / respect masculine, classiquec rage / ouvrage féminine, classiqued blancs / ans masculine, classiquee pardonne / l’abandonne féminine, classiquef vous / genoux masculine, classiqueg armes / larmes féminine, classiqueh entouré / adoré masculine, classiquea victime / crime féminine, classiqueb coups / tous masculine, classiquec inflexible / inaccessible féminine, classiqued Médicis / surpris masculine, classiquee rapide / intrépide féminine, classiquef furieux / yeux masculine, classiqueg visage / courage féminine, classiquea sort / mort masculine, classiqueb sépulture / pâture féminine, classiqued indifférence / vengeance féminine, classiquee sens / présents masculine, classiquea ravages / images féminine, classiqueb horreurs / fureurs masculine, classiquec effrénées / acharnées féminine, classiqued étincelants / sanglants masculine, classiquee colère / père féminine, classiquef main / inhumain masculine, classiqueg crimes / victimes féminine, classiquea cris / Paris masculine, classiqueb père / mère féminine, classiquec embrasés / écrasés masculine, classiqued attendre / comprendre féminine, classiquee croirez / altérés masculine, classiquef sanguinaires / frères féminine, classiqueg innocents / encens masculine, classiquea périrent / descendirent féminine, classiqueb Lavardin / destin masculine, classiquec cruelle / éternelle féminine, classiqued condamnés / infortunés masculine, classiquee peine / traîne féminine, classiquef odieux / deux masculine, classiquea tempête / fête féminine, classiqueb curieux / yeux masculine, classiquec fatales / triomphales féminine, classiquea maux / bourreaux masculine, classiqueb égarées / sacrées féminine, classiquec aujourd’hui / appui masculine, classiqued frère / colère féminine, classiquef jeunesse / faiblesse féminine, classiquea morts / efforts masculine, classiqueb aventure / future féminine, classiquec ans / enfants masculine, classiqued père / colère féminine, classiquee poignard / hasard masculine, classiquea destinées / années féminine, classiqueb trompé / frappé masculine, classiquec défense / enfance féminine, classiqued mourant / expirant masculine, classiquee barbarie / vie féminine, classiquea moments / serments masculine, classiqueb armes / charmes féminine, classiquec sommeil / réveil masculine, classiqued domestiques / portiques féminine, classiquee envisager / d’égorger masculine, classiquef s’avancèrent / levèrent féminine, classiquea maîtres / traîtres féminine, classiqueb courroux / doux masculine, classiquec l’orage / otage féminine, classiqued revers / fers masculine, classiquea d’envie / vie féminine, classiqueb suivit / récit masculine, classiquec barbarie / partie féminine, classiquee résistance / France féminine, classiquef obéi / servi masculine, classiqueg ensanglantées / épouvantées féminine, classique
Richesse
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358 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Voltaire, Paris, Garnier, 1877-1883· numérisation wikisource.org· Sources