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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La Pucelle d’Orléans, 1752

Chant Iii

Voltaire· strophe unique, décasyllabes, 409 vers

Argument Description du palais de la sottise. Combat vers Orléans. Agnès se revêt de l’armure pour aller trouver son amant : elle est prise par les Anglais, et sa pudeur souffre beaucoup.

Ce n'est le tout‖ d'avoir un grand courage,Un coup d'œil ferme‖ au milieu des combats,D'être tranquille‖ à l'aspect du carnage,Et de conduire‖ un monde de soldats ;Car tout cela‖ se voit en tous climats,Et tour à tour‖ ils ont cet avantage.Qui me dira‖ si nos ardents FrançaisDans ce grand art,‖ l'art affreux de la guerre,Sont plus savants‖ que l'intrépide Anglais ?Si le Germain‖ l'emporte sur l'Ibère ?Tous ont vaincu,‖ tous ont été défaits.Le grand Condé‖ fut vaincu par Turenne :Le fier Villars‖ fut battu par Eugène ;De Stanislas‖ le vertueux support,Ce roi soldat,‖ don Quichotte du Nord,Dont la valeur‖ a paru plus qu'humaine,N'a-t-il pas vu,‖ dans le fond de l'Ukraine,A Pultava‖ tous ses lauriers flétrisPar un rival,‖ objet de ses mépris ?Un beau secret‖ serait, à mon avis,De bien savoir‖ éblouir le vulgaire,De s'établir‖ un divin caractère ;D'en imposer‖ aux yeux des ennemis ;Car les Romains,‖ à qui tout fut soumis,Domptaient l'Europe‖ au milieu des miracles.Ce ciel pour eux‖ prodigua les oracles.Jupiter, Mars,‖ Pollux, et tous les dieux,Guidaient leur aigle‖ et combattaient pour eux.Le grand Bacchus,‖ qui mit l'Asie en cendre,L'antique Hercule,‖ et le fier Alexandre,Pour mieux régner‖ sur les peuples conquis,De Jupiter‖ ont passé pour les fils :Et l'on voyait‖ les princes de la terreA leurs genoux‖ redouter le tonnerre,Tomber du trône,‖ et leur offrir des vœux.Denys suivit‖ ces exemples fameux ;Il prétendit‖ que Jeanne la PucelleChez les Anglais‖ passât même pour telle,Et que Bedfort,‖ et l'amoureux Talbot,Et Tirconel,‖ et Chandos l'indévot,Crussent la chose,‖ et qu'ils vissent dans JeanneUn bras divin‖ fatal à tout profane.Pour réussir‖ en ce hardi dessein,Il s'en va prendre‖ un vieux bénédictin,Non tel que ceux‖ dont le travail immenseVient d'enrichir‖ les libraires de France ;Mais un prieur‖ engraissé d'ignorance,Et n'ayant lu‖ que son missel latin :Frère Lourdis‖ fut le bon personnageQui fut choisi‖ pour ce nouveau voyage.Devers la lune‖ où l'on tient que jadisÉtait placé‖ des fous le paradis,Sur les confins‖ de cet abîme immense,Où le Chaos,‖ et l'Érèbe, et la Nuit,Avant le temps‖ de l'univers produit,Ont exercé‖ leur aveugle puissance,Il est un vaste‖ et caverneux séjour,Peu caressé‖ des doux rayons du jour,Et qui n'a rien‖ qu'une lumière affreuse,Froide, tremblante,‖ incertaine et trompeuse :Pour toute étoile‖ on a des feux follets ;L'air est peuplé‖ de petits farfadets.De ce pays‖ la reine est la Sottise.Ce vieil enfant‖ porte une barbe grise,Œil de travers,‖ et bouche à la Danchet.Sa lourde main‖ tient pour sceptre un hochet.De l'Ignorance‖ elle est, dit-on, la fille.Près de son trône‖ est sa sotte famille,Le fol Orgueil,‖ l'Opiniâtreté,Et la Paresse,‖ et la Crédulité.Elle est servie,‖ elle est flattée en reine ;On la croirait‖ en effet souveraine :Mais ce n'est rien‖ qu'un fantôme impuissant,Un Chilpéric,‖ un vrai roi fainéant.La Fourberie‖ est son ministre avide.Tout est réglé‖ par ce maire perfide ;Et la Sottise‖ est son digne instrument.Sa cour plénière‖ est à son gré fournieDe gens profonds‖ en fait d'astrologie,Sûrs de leur art,‖ à tout moment déçus,Dupes, fripons,‖ et partant toujours crus.C'est là qu'on voit‖ les maîtres d'alchimieFaisant de l'or‖ et n'ayant pas un sou,Les roses-croix,‖ et tout ce peuple fouArgumentant‖ sur la théologie.Le gros Lourdis,‖ pour aller en ces lieux,Fut donc choisi‖ parmi tous ses confrères.Lorsque la nuit‖ couvrait le front des cieuxD'un tourbillon‖ de vapeurs non légères,Enveloppé‖ dans le sein du repos,Il fut conduit‖ au paradis des sots.Quand il y fut,‖ il ne s'étonna guères :Tout lui plaisait,‖ et même en arrivantIl crut encore‖ être dans son couvent.Il vit d'abord‖ la suite emblématiqueDes beaux tableaux‖ de ce séjour antique.Cacodémon,‖ qui ce grand temple orna,Sur la muraille‖ à plaisir griffonnaUn long tableau‖ de toutes nos sottises,Traits d'étourdi,‖ pas de clerc, balourdises,Projets mal faits,‖ plus mal exécutés,Et tous les mois‖ du Mercure vantés.Dans cet amas‖ de merveilles confuses,Parmi ces flots‖ d'imposteurs et de buses,On voit surtout‖ un superbe Écossais ;Lass est son nom ;‖ nouveau roi des Français,D'un beau papier‖ il porte un diadème,Et sur son front‖ il est écrit système ;Environné‖ de grands ballots de vent,Sa noble main‖ les donne à tout venant :Prêtres, catins,‖ guerriers, gens de justice,Lui vont porter‖ leur or par avarice.Ah ! quel spectacle !‖ ah ! vous êtes donc là,Tendre Escobar,‖ suffisant Molina,Petit Doucin,‖ dont la main patelineDonne à baiser‖ une bulle divineQue Le Tellier‖ lourdement fabriqua,Dont Rome même‖ en secret se moqua,Et qui chez nous‖ est la noble origineDe nos partis,‖ de nos divisions,Et qui, pis est,‖ de volumes profonds,Remplis, dit-on,‖ de poisons hérétiques,Tous poisons froids,‖ et tous soporifiques.Les combattants,‖ nouveaux Bellérophons,Dans cette nuit,‖ montés sur des Chimères,Les yeux bandés‖ cherchent leurs adversaires ;De longs sifflets‖ leur servent de clairon ;Et, dans leur docte‖ et sainte frénésie,Ils vont frappant‖ à grands coups de vessie.Ciel ! que d'écrits,‖ de disquisitions,De mandements,‖ et d'explications,Que l'on explique‖ encor, peur de s'entendre !O chroniqueur‖ des héros du Scamandre,Toi qui jadis‖ des grenouilles, des rats,Si doctement‖ as chanté les combats,Sors du tombeau,‖ viens célébrer la guerre,Que pour la bulle‖ on fera sur la terre !Le janséniste,‖ esclave du destin,Enfant perdu‖ de la grâce efficace,Dans ses drapeaux‖ porte un Saint-Augustin,Et pour plusieurs‖ il marche avec audace.Les ennemis‖ s'avancent tout courbésDessus le dos‖ de cent petits abbés.Cessez, cessez,‖ ô discordes civiles !Tout va changer :‖ place, place, imbéciles !Un grand tombeau‖ sans ornement, sans art,Est élevé‖ non loin de saint Médard.L'esprit divin,‖ pour éclairer la France,Sous cette tombe‖ enferme sa puissance ;L'aveugle y court,‖ et d'un pas chancelant,Aux Quinze-Vingts‖ retourne en tâtonnant.Le boiteux vient‖ clopinant sur la tombe,Crie hosanna,‖ saute, gigote, et tombe.Le sourd approche,‖ écoute, et n'entend rien.Tout aussitôt,‖ de pauvres gens de bienD'aise pâmés,‖ vrais témoins du miracle,Du bon Pâris‖ baisent le tabernacle.Frère Lourdis,‖ fixant ses deux gros yeux,Voit ce saint œuvre,‖ en rend grâces aux cieux,Joint les deux mains,‖ et riant d'un sot rire,Ne comprend rien,‖ et toute chose admire.Ah ! le voici‖ ce savant tribunal,Moitié prélats‖ et moitié monacal ;D'inquisiteurs‖ une troupe sacréeEst là pour Dieu‖ de sbires entourée.Ces saints docteurs,‖ assis en jugement,Ont pour habits‖ plumes de chat-huant ;Oreilles d'âne‖ ornent leur tête auguste,Et, pour peser‖ le juste avec l'injuste,Le vrai, le faux,‖ balance est dans leurs mains.Cette balance‖ a deux larges bassins ;L'un tout comblé,‖ contient l'or qu'ils escroquent,Le bien, le sang‖ des pénitents qu'ils croquent ;Dans l'autre sont‖ bulles, brefs, oremus,Beaux chapelets,‖ scapulaires, agnus.Aux pieds bénits‖ de la docte assembléeVoyez-vous pas‖ le pauvre Galilée,Qui tout contrit‖ leur demande pardon,Bien condamné‖ pour avoir eu raison ?Murs de Loudun !‖ quel nouveau feu s'allume ?C'est un curé‖ que le bûcher consume :Douze faquins‖ ont déclaré sorcierEt fait griller‖ messire Urbain Grandier.Galigaï,‖ ma chère maréchale,Du parlement‖ épaulé de maint pair,La compagnie‖ ignorante et vénaleTe fait chauffer‖ un feu brillant et clair,Pour avoir fait‖ pacte avec Lucifer.Ah ! qu'aux savants‖ notre France est fatale !Qu'il y fait bon‖ croire au pape, à l'enfer,Et se borner‖ à savoir son Pater !Je vois plus loin‖ cet arrêt authentiquePour Aristote‖ et contre l'émétique.Venez, venez,‖ mon beau père Girard,Vous méritez‖ un grand article à part.Vous voilà donc,‖ mon confesseur de fille,Tendre dévot‖ qui prêchez à la grille !Que dites-vous‖ des pénitents appasDe ce tendron‖ converti dans vos bras ?J'estime fort‖ cette douce aventure.Tout est humain,‖ Girard, en votre fait ;Ce n'est pas là‖ pécher contre nature :Que de dévots‖ en ont encor plus fait !Mais, mon ami,‖ je ne m'attendais guèreDe voir entrer‖ le diable en cette affaire.Girard, Girard,‖ tous vos accusateurs,Jacobin, carme,‖ et faiseur d'écriture,Juges, témoins,‖ ennemis, protecteurs,Aucun de vous‖ n'est sorcier, je vous jure.Lourdis enfin‖ voit nos vieux parlementsDe vingt prélats‖ brûler les mandements,Et par arrêt‖ exterminer la raceD'un certain fou‖ qu'on nomme saint Ignace ;Mais, à leur tour,‖ eux-même on les proscrit :Quesnel en pleure,‖ et saint Ignace en rit.Paris s'émeut‖ à leur destin tragique,Et s'en console‖ à l'Opéra-Comique.O toi, Sottise !‖ ô grosse déité,De qui les flancs‖ à tout âge ont portéPlus de mortels‖ que Cybèle fécondeN'avait jadis‖ donné de dieux au monde,Qu'avec plaisir‖ ton grand œil hébétéVoit tes enfants‖ dont ma patrie abonde !Sots traducteurs,‖ et sots compilateurs,Et sots auteurs,‖ et non moins sots lecteurs.Je t'interroge,‖ ô suprême puissance !Daigne m'apprendre,‖ en cette foule immense,De tes enfants‖ qui sont les plus chéris,Les plus féconds‖ en lourds et plats écrits,Les plus constants‖ à broncher comme à braireA chaque pas‖ dans la même carrière :Ah ! je connais‖ que tes soins les plus douxSont pour l'auteur‖ du Journal de Trévoux.Tandis qu'ainsi‖ Denys notre bon pèreDevers la lune‖ en secret préparaitContre l'Anglais‖ cet innocent mystère,Une autre scène‖ en ce moment s'ouvraitChez les grands fous‖ du monde sublunaire.Charle est déjà‖ parti pour Orléans,Ses étendards‖ flottent au gré des vents.A ses côtés,‖ Jeanne, le casque en tête,Déjà de Reims‖ lui promet la conquête.Voyez-vous pas‖ ses jeunes écuyers,Et cette fleur‖ de loyaux chevaliers ?La lance au poing,‖ cette troupe environneAvec respect‖ notre sainte amazone.Ainsi l'on voit‖ le sexe masculinA Fontevrauld‖ servir le féminin.Le sceptre est là‖ dans les mains d'une femme,Et père Anselme‖ est béni par madame.La belle Agnès,‖ en ces cruels moments,Ne voyant plus‖ son amant qu'elle adore,Cède aux chagrins‖ dont l'excès la dévore ;Un froid mortel‖ s'empare de ses sens :L'ami Bonneau,‖ toujours plein d'industrie,En cent façons‖ la rappelle à la vie.Elle ouvre encor‖ ses yeux, ces doux vainqueurs,Mais ce n'est plus‖ que pour verser des pleurs ;Puis, sur Bonneau‖ se penchant d'un air tendre :« C'en est donc fait,‖ dit-elle, on me trahit.Où va-t-il donc ?‖ que veut-il entreprendre ?Était-ce là‖ le serment qu'il me fit,Lorsqu'à sa flamme‖ il me fit condescendre ?Toute la nuit‖ il faudra donc m'étendre,Sans mon amant,‖ seule, au milieu d'un lit ?Et cependant‖ cette Jeanne hardie,Non des Anglais,‖ mais d'Agnès ennemie,Va contre moi‖ lui prévenir l'esprit.Ciel ! que je hais‖ ces créatures fières,Soldats en jupe,‖ hommasses chevalières,Du sexe mâle‖ affectant la valeur,Sans posséder‖ les agréments du nôtre,A tous les deux‖ prétendant faire honneur,Et qui ne sont‖ ni de l'un ni de l'autre ! »Disant ces mots,‖ elle pleure et rougit,Frémit de rage,‖ et de douleur gémit.La jalousie‖ en ses yeux étincelle ;Puis, tout à coup,‖ d'une ruse nouvelleLe tendre Amour‖ lui fournit le dessein.Vers Orléans‖ elle prend son chemin,De dame Alix‖ et de Bonneau suivie.Agnès arrive‖ en une hôtellerie,Où dans l'instant,‖ lasse de chevaucher,La fière Jeanne‖ avait été coucher.Agnès attend‖ qu'en ce logis tout dorme,Et cependant‖ subtilement s'informeOù couche Jeanne,‖ où l'on met son harnois ;Puis dans la nuit‖ se glisse en tapinois,De Jean Chandos‖ prend la culotte, et passeSes cuisses entre,‖ et l'aiguillette lace ;De l'amazone‖ elle prend la cuirasse.Le dur acier,‖ forgé pour les combats,Presse et meurtrit‖ ses membres délicats.L'ami Bonneau‖ la soutient sous les bras.La belle Agnès‖ dit alors à voix basse :« Amour, Amour,‖ maître de tous mes sens,Donne la force‖ à cette main tremblante,Fais-moi porter‖ cette armure pesante,Pour mieux toucher‖ l'auteur de mes tourments.Mon amant veut‖ une fille guerrière,Tu fais d'Agnès‖ un soldat pour lui plaire :Je le suivrai ;‖ qu'il permette aujourd'huiQue ce soit moi‖ qui combatte pour lui ;Et si jamais‖ la terrible tempêteDes dards anglais‖ veut menacer sa tête,Qu'ils tombent tous‖ sur ces tristes appas ;Qu'il soit du moins‖ sauvé par mon trépas ;Qu'il vive heureux ;‖ que je meure pâméeEntre ses bras,‖ et que je meure aimée ! »Tandis qu'ainsi‖ cette belle parlait,Et que Bonneau‖ ses armes lui mettait,Le roi Charlot‖ à trois milles était.La tendre Agnès‖ prétend à l'heure même,Pendant la nuit‖ aller voir ce qu'elle aime.Ainsi vêtue‖ et pliant sous le poids,N'en pouvant plus,‖ maudissant son harnois,Sur un cheval‖ elle s'en va juchée,Jambe meurtrie,‖ et la fesse écorchée.Le gros Bonneau,‖ sur un Normand monté,Va lourdement,‖ et ronfle à son côté.Le tendre Amour,‖ qui craint tout pour la belle,La voit partir‖ et soupire pour elle.Agnès à peine‖ avait gagné cheminQu'elle entendit‖ devers un bois voisinBruit de chevaux‖ et grand cliquetis d'armes.Le bruit redouble ;‖ et voici des gendarmes,Vêtus de rouge ;‖ et, pour comble de maux,C'étaient les gens‖ de monsieur Jean Chandos.L'un deux s'avance,‖ et demande : Qui vive ?A ce grand cri,‖ notre amante naïve,Songeant au roi,‖ répondit sans détour :Je suis Agnès ;‖ vive France et l'Amour !A ces deux noms,‖ que le ciel équitableVoulut unir‖ du nœud le plus durable,On prend Agnès‖ et son gros confident ;Ils sont tous deux‖ menés incontinentA ce Chandos,‖ qui terrible en sa rage,Avait juré‖ de venger son outrage,Et de punir‖ les brigands ennemisQui sa culotte‖ et son fer avaient pris.Dans ce moment‖ où la main bienfaisanteDu doux sommeil‖ laisse nos yeux ouverts,Quand les oiseaux‖ reprennent leurs concerts,Qu'on sent en soi‖ sa vigueur renaissante,Que les désirs,‖ pères des voluptés,Sont par les sens‖ dans notre âme excités ;Dans ce moment,‖ Chandos, on te présenteLa belle Agnès,‖ plus belle et plus brillanteQue le soleil‖ aux bords de l'Orient.Que sentis-tu,‖ Chandos, en t'éveillant,Lorsque tu vis‖ cette nymphe si belleA tes côtés,‖ et tes grègues sur elle ?Chandos, pressé‖ d'un aiguillon bien vif,La dévorait‖ de son regard lascif.Agnès en tremble,‖ et l'entend qui marmotteEntre les dents :‖ Je raurai ma culotte !A son chevet‖ d'abord il la fait seoir.« Quittez, dit-il,‖ ma belle prisonnière,Quittez ce poids‖ d'une armure étrangère. »Ainsi parlant,‖ plein d'ardeur et d'espoir,Il la décasque,‖ il vous la décuirasse.La belle Agnès‖ se défend avec grâce ;Elle rougit‖ d'une aimable pudeur,Pensant à Charle,‖ et soumise au vainqueur.Le gros Bonneau,‖ que le Chandos destineAu digne emploi‖ de chef de sa cuisine,Va dans l'instant‖ mériter cet honneur ;Des boudins blancs‖ il était l'inventeur,Et tu lui dois,‖ ô nation française,Pâtés d'anguille‖ et gigots à la braise.« Monsieur Chandos,‖ hélas ! que faites-vous ?Disait Agnès‖ d'un ton timide et doux.— Pardieu, dit-il‖ (tout héros anglais jure),Quelqu'un m'a fait‖ une sanglante injure.Cette culotte‖ est mienne ; et je prendraiCe qui fut mien‖ où je le trouverai. »Parler ainsi,‖ mettre Agnès toute nue,C'est même chose ;‖ et la belle éperdueTout en pleurant‖ était entre ses bras,Et lui disait :‖ « Non, je n'y consens pas. »Dans l'instant même,‖ un horrible fracasSe fait entendre,‖ on crie : « Alerte, aux armes ! »Et la trompette,‖ organe du trépas,Sonne la charge,‖ et porte les alarmes.A son réveil,‖ Jeanne, cherchant en vainL'affublement‖ du harnois masculin,Son bel armet‖ ombragé de l'aigrette,Et son haubert,‖ et sa large braguette,Sans raisonner‖ saisit soudainementD'un écuyer‖ le dur accoutrement,Monte à cheval‖ sur son âne, et s'écrie :« Venez venger‖ l'honneur de la patrie. »Cent chevaliers‖ s'empressent sur ses pas,Ils sont suivis‖ de six cent vingt soldats.Frère Lourdis,‖ en ce moment de crise,Du beau palais,‖ où règne la Sottise,Est descendu‖ chez les Anglais guerriers,Environné‖ d'atomes tout grossiers,Sur son gros dos‖ portant balourderies,Œuvres de moine,‖ et belles âneries.Ainsi bâté,‖ sitôt qu'il arriva,Sur les Anglais‖ sa robe il secoua,Son ample robe ;‖ et dans leur camp versaTous les trésors‖ de sa crasse ignorance,Trésors communs‖ au bon pays de France.Ainsi des nuits‖ la noire déité,Du haut d'un char‖ d'ébène marqueté,Répand sur nous‖ les pavots et les songes,Et nous endort‖ dans le sein des mensonges.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
1[ababba] 2[ababa] 142[aa] 1[abbaa] 1[aabbba] 8[abba] 2[aabba] 1[ababccb] 6[abab] 1[ababcacc] 1[aabbab] 1[abbba] 2[aaa]
Mètre
Décasyllabes· profil 4+6
Mots à la rime
a courage / carnage / avantage féminine, classiqueb combats / soldats / climats masculine, classiquec Français / Anglais / défaits masculine, classiqued guerre / l'Ibère féminine, classiquee Turenne / Eugène féminine, classiquef support / Nord masculine, classiqueg qu'humaine / l'Ukraine féminine, classiqueh flétris / mépris masculine, classiquei avis / ennemis / soumis masculine, classiquej vulgaire / caractère féminine, classiquek miracles / oracles féminine, classiquel dieux / eux masculine, classiquem cendre / Alexandre féminine, classiquen conquis / fils masculine, classiqueo terre / tonnerre féminine, classiquep vœux / fameux masculine, classiqueq Pucelle / telle féminine, classiquer Talbot / l'indévot masculine, classiques Jeanne / profane féminine, classiquet dessein / bénédictin / latin masculine, classiqueu immense / France / d'ignorance féminine, classiquev personnage / voyage féminine, classiquew jadis / paradis masculine, classiquex immense / puissance féminine, classiquey Nuit / produit masculine, classiquez séjour / jour masculine, classiquea affreuse / trompeuse féminine, classiqueb follets / farfadets masculine, classiquec Sottise / grise féminine, classiqued Danchet / hochet masculine, classiquee fille / famille féminine, classiquef l'Opiniâtreté / Crédulité masculine, classiqueg reine / souveraine féminine, classiqueh impuissant / fainéant / instrument masculine, classiquei avide / perfide féminine, classiquej fournie / d'astrologie féminine, classiquek déçus / crus masculine, classiquel d'alchimie / théologie féminine, classiquem sou / fou masculine, classiquen lieux / cieux masculine, classiqueo confrères / légères / guères féminine, classiquep repos / sots masculine, classiqueq arrivant / couvent masculine, classiquer emblématique / antique féminine, classiques orna / griffonna masculine, classiquet sottises / balourdises féminine, classiqueu exécutés / vantés masculine, classiquev confuses / buses féminine, classiquew Écossais / Français masculine, classiquex diadème / système féminine, classiquey vent / venant masculine, classiquez justice / avarice féminine, classiquea là / Molina masculine, classiqueb pateline / divine / origine féminine, classiquec fabriqua / moqua masculine, classiqued divisions / profonds masculine, classiquee hérétiques / soporifiques féminine, classiquef Bellérophons / clairon masculine, classiqueg Chimères / adversaires féminine, classiqueh frénésie / vessie féminine, classiquei disquisitions / d'explications masculine, classiquej s'entendre / Scamandre féminine, classiquek rats / combats masculine, classiquel guerre / terre féminine, classiquem destin / Saint-Augustin masculine, classiquen efficace / audace féminine, classiqueo courbés / abbés masculine, non classiquep civiles / imbéciles féminine, classiqueq art / Médard masculine, classiquer France / puissance féminine, classiques chancelant / tâtonnant masculine, classiquet tombe féminine, classiqueu rien / bien masculine, classiquev miracle / tabernacle féminine, classiquew yeux / cieux masculine, classiquex rire / admire féminine, classiquey tribunal / monacal masculine, classiquez sacrée / entourée féminine, classiquea jugement / chat-huant masculine, classiqueb auguste / l'injuste féminine, classiquec mains / bassins masculine, classiqued escroquent / croquent féminine, classiquee oremus / agnus masculine, classiquef assemblée / Galilée féminine, classiqueg pardon / raison masculine, classiqueh s'allume / consume féminine, classiquei sorcier / Grandier masculine, classiquej maréchale / vénale / fatale féminine, classiquek pair / clair masculine, classiquel Lucifer / l'enfer / Pater masculine, classiquem authentique / l'émétique féminine, classiquen Girard / part masculine, classiqueo fille / grille féminine, classiquep appas / bras masculine, classiqueq aventure / nature féminine, classiquer fait masculine, classiques guère / affaire féminine, classiquet accusateurs / protecteurs masculine, classiqueu d'écriture / jure féminine, classiquev parlements / mandements masculine, classiquew race / Ignace féminine, classiquex proscrit / rit masculine, classiquey tragique / l'Opéra-Comique féminine, classiquez déité / porté / hébété masculine, classiquea féconde / monde / abonde féminine, classiqueb compilateurs / lecteurs masculine, classiquec puissance / immense féminine, classiqued chéris / écrits masculine, classiquee braire / carrière féminine, classiquef doux / Trévoux masculine, classiqueg père / mystère / sublunaire féminine, classiqueh préparait / s'ouvrait masculine, classiquei Orléans / vents masculine, classiquej tête / conquête féminine, classiquek écuyers / chevaliers masculine, classiquel environne / amazone féminine, classiquem masculin / féminin masculine, classiquen femme / madame féminine, classiqueo moments / sens masculine, classiquep adore / dévore féminine, classiqueq d'industrie / vie féminine, classiquer vainqueurs / pleurs masculine, classiques tendre / entreprendre féminine, classiquet trahit / fit masculine, classiqueu condescendre / m'étendre féminine, classiquev lit / l'esprit masculine, classiquew hardie / ennemie féminine, classiquex fières / chevalières féminine, classiquey valeur / honneur masculine, classiquez nôtre / l'autre féminine, classiquea rougit / gémit masculine, équivalenteb étincelle / nouvelle féminine, classiquec dessein / chemin masculine, classiqued suivie / hôtellerie féminine, classiquee chevaucher / coucher masculine, classiquef dorme / s'informe féminine, classiqueg harnois / tapinois masculine, classiqueh passe / lace féminine, classiquei cuirasse / basse féminine, classiquej combats / délicats / bras masculine, classiquek sens / tourments masculine, classiquel tremblante / pesante féminine, classiquem guerrière / plaire féminine, classiquen aujourd'hui / lui masculine, classiqueo tempête / tête féminine, classiquep appas / trépas masculine, classiqueq pâmée / aimée féminine, classiquer parlait / mettait / était masculine, classiques même / aime féminine, classiquet poids / harnois masculine, classiqueu juchée / écorchée féminine, classiquev monté / côté masculine, classiquew belle / elle féminine, classiquex chemin / voisin masculine, classiquey d'armes / gendarmes féminine, classiquez maux / Chandos masculine, classiquea vive / naïve féminine, classiqueb détour / l'Amour masculine, classiquec équitable / durable féminine, classiqued confident / incontinent masculine, classiquee rage / outrage féminine, classiquef ennemis / pris masculine, classiqueg bienfaisante / renaissante féminine, classiqueh ouverts / concerts masculine, classiquei voluptés / excités masculine, classiquej présente / brillante féminine, classiquek l'Orient / t'éveillant masculine, classiquem vif / lascif masculine, classiquen marmotte / culotte féminine, classiqueo seoir / d'espoir masculine, classiquep prisonnière / étrangère féminine, classiqueq décuirasse / grâce féminine, classiquer pudeur / vainqueur masculine, classiques destine / cuisine féminine, classiquet honneur / l'inventeur masculine, classiqueu française / braise féminine, classiquev faites-vous / doux masculine, classiquew jure / injure féminine, classiquex prendrai / trouverai masculine, classiquey nue / éperdue féminine, classiquez bras / pas masculine, classiquea fracas / trépas masculine, classiqueb armes / alarmes féminine, classiquec vain / masculin masculine, classiqued l'aigrette / braguette féminine, classiquee soudainement / accoutrement masculine, classiquef s'écrie / patrie féminine, classiqueg pas / soldats masculine, classiqueh crise / Sottise féminine, classiquei guerriers / grossiers masculine, classiquej balourderies / âneries féminine, classiquek arriva / secoua / versa masculine, classiquel ignorance / France féminine, classiquem déité / marqueté masculine, classiquen songes / mensonges féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0

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409 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète de Voltaire, Paris, Furne, Libraire-Éditeur, 1835· numérisation poesies.net· Sources