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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La Pucelle d’Orléans, 1752

Chant Xxi

Voltaire· strophe unique, décasyllabes, 462 vers

Argument Pudeur de Jeanne démontrée. Malice du diable. Rendez-vous donné par la présidente Louvet au grand Talbot. Services rendus par frère Lourdis. Belle conduite de la discrète Agnès. Repentir de l’âne. Exploits de la Pucelle. Triomphe du grand roi Charles VII

Mon cher lecteur‖ sait par expérienceQue ce beau dieu‖ qu'on nous peint dans l'enfance,Et dont les jeux‖ ne sont pas jeux d'enfants,A deux carquois‖ tout à fait différents :L'un a des traits‖ dont la douce piqûreSe fait sentir‖ sans danger, sans douleur,Croît par le temps,‖ pénètre au fond du cœur,Et vous y laisse‖ une vive blessure.Les autres traits‖ sont un feu dévorantDont le coup part‖ et brûle au même instant.Dans les cinq sens‖ ils portent le ravage,Un rouge vif‖ allume le visage,D'un nouvel être‖ on se croit animé,D'un nouveau sang‖ le corps est enflammé,On n'entend rien ;‖ le regard étincelle.L'eau sur le feu‖ bouillonnant à grand bruit,Qui sur ses bords‖ s'élève, échappe, et fuit,N'est qu'une image‖ imparfaite, infidèle,De ces désirs‖ dont l'excès vous poursuit.Profanateurs‖ indignes de mémoire,Vous qui de Jeanne‖ avez souillé la gloire,Vils écrivains,‖ qui, du mensonge épris,Falsifiez‖ les plus sages écrits,Vous prétendez‖ que ma Pucelle JeannePour son grison‖ sentit ce feu profane ;Vous imprimez‖ qu'elle a mal combattu ;Vous insultez‖ son sexe et sa vertu.D'écrits honteux,‖ compilateurs infâmes,Sachez qu'on doit‖ plus de respect aux dames.Ne dites point‖ que Jeanne a succombé :Dans cette erreur‖ nul savant n'est tombé,Nul n'avança‖ des faussetés pareilles.Vous confondez‖ et les faits et les temps,Vous corrompez‖ les plus rares merveilles ;Respectez l'âne‖ et ses faits éclatants ;Vous n'avez pas‖ ses fortunés talents,Et vous avez‖ de plus longues oreilles.Si la Pucelle,‖ en cette occasion,Vit d'un regard‖ de satisfactionLes feux nouveaux‖ qu'inspirait sa personne,C'est vanité‖ qu'à son sexe on pardonne,C'est amour-propre,‖ et non pas l'autre amour.Pour achever‖ de mettre en tout son jourDe Jeanne d'Arc‖ le lustre internissable,Pour vous prouver‖ qu'aux malices du diable,Aux fiers transports‖ de cet âne éloquent,Son noble cœur‖ était inébranlable,Sachez que Jeanne‖ avait un autre amantC'était Dunois,‖ comme aucun ne l'ignore ;C'est le bâtard‖ que son grand cœur adore.On peut d'un âne‖ écouter les discours,On peut sentir‖ un vain désir de plaire ;Cette passade,‖ innocente et légère,Ne trahit point‖ de fidèles amours.C'est dans l'histoire‖ une chose avéréeQue ce héros,‖ ce sublime DunoisÉtait blessé‖ d'une flèche dorée,Qu'Amour tira‖ de son premier carquois.Il commanda‖ toujours à sa tendresse ;Son cœur altier‖ n'admit point de faiblesse ;Il aimait trop‖ et l'État et le roi ;Leur intérêt‖ fut sa première loi.O Jeanne ! il sait‖ que ton beau pucelageDe la victoire‖ est le précieux gage ;Il respectait‖ Denys et tes appas :Semblable au chien‖ courageux et fidèle,Qui, résistant‖ à la faim qui l'appelle,Tient la perdrix‖ et ne la mange pas.Mais quand il vit‖ que le baudet célesteAvait parlé‖ de sa flamme funeste,Dunois voulut‖ en parler à son tour.Il est des temps‖ où le sage s'oublie.C'était, sans doute,‖ une grande folieQue d'immoler‖ sa patrie à l'amour.C'était tout perdre ;‖ et Jeanne, encor honteuseD'avoir d'un âne‖ écouté les propos,Résistait mal‖ à ceux de son héros.L'amour pressait‖ son âme vertueuse :C'en était fait,‖ lorsque son doux patronDu haut du ciel‖ détacha son rayon,Ce rayon d'or,‖ sa gloire et sa monture,Qui transporta‖ sa béate figure,Quand il chercha,‖ par ses soins vigilants,Un pucelage‖ aux remparts d'Orléans.Ce saint rayon,‖ frappant au sein de Jeanne,En écarta‖ tout sentiment profane.Elle cria :‖ « Cher bâtard, arrêtez ;Il n'est pas temps,‖ nos amours sont comptés :Ne gâtons rien‖ à notre destinée.C'est à vous seul‖ que ma foi s'est donnée ;Je vous promets‖ que vous aurez ma fleur :Mais attendons‖ que votre bras vengeur,Votre vertu,‖ sous qui le Breton tremble,Ait du pays‖ chassé l'usurpateur :Sur des lauriers‖ nous coucherons ensemble.A ce propos‖ le bâtard s'adoucit ;Il écouta‖ l'oracle et se soumit.Jeanne reçut‖ son pur et doux hommageModestement,‖ et lui donna pour gageTrente baisers‖ chastes, pleins de pudeur,Et tels qu'un frère‖ en reçoit de sa sœur.Dans leurs désirs‖ tous deux ils se continrent,Et de leurs faits‖ honnêtement convinrent.Denys les voit ;‖ Denys, très-satisfait,De ses projets‖ pressa le grand effet.Le preux Talbot‖ devait, cette nuit même,Dans Orléans‖ entrer par stratagème ;Exploit nouveau‖ pour ses Anglais hautains,Tous gens sensés,‖ mais plus hardis que fins.O dieu d'amour !‖ ô faiblesse ! ô puissance !Amour fatal,‖ tu fus près de livrerAux ennemis‖ ce rempart de la France.Ce que l'Anglais‖ n'osait plus espérer,Ce que Bedfort‖ et son expérience,Ce que Talbot‖ et sa rare vaillanceNe purent faire,‖ Amour, tu l'entrepris !Tu fais nos maux,‖ cher enfant, et tu ris !Si dans le cours‖ de ses vastes conquêtesIl effleura‖ de ses flèches honnêtesLe cœur de Jeanne,‖ il lança d'autres coupsDans les cinq sens‖ de notre présidente.Il la frappa‖ de sa main triomphanteAvec les traits‖ qui rendent les gens fous.Vous avez vu‖ la fatale escalade,L'assaut sanglant,‖ l'horrible canonnade,Tous ces combats,‖ tous ces hardis efforts,Au haut des murs,‖ en dedans, en dehors,Lorsque Talbot‖ et ses fières cohortesAvaient brisé‖ les remparts et les portes,Et que sur eux‖ tombaient du haut des toitsLe fer, la flamme,‖ et la mort à la fois.L'ardent Talbot‖ avait, d'un pas agile,Sur des mourants‖ pénétré dans la ville,Renversant tout,‖ criant à haute voix :« Anglais ! entrez :‖ bas les armes, bourgeois !Il ressemblait‖ au grand dieu de la guerre,Qui sous ses pas‖ fait retentir la terre,Quand la Discorde,‖ et Bellone, et le Sort,Arment son bras,‖ ministre de la mort.La présidente‖ avait une ouvertureDans son logis‖ auprès d'une masure,Et par ce trou‖ contemplait son amant,Ce casque d'or,‖ ce panache ondoyant,Ce bras armé,‖ ces vives étincellesQui s'élançaient‖ du rond de ses prunelles,Ce port altier,‖ cet air d'un demi-dieu.La présidente‖ en était tout en feu,Hors de ses sens,‖ de honte dépouillée.Telle autrefois,‖ d'une loge grillée,Madame Audou,‖ dont l'Amour prit le cœur,Lorgnait Baron,‖ cet immortel acteur ;D'un œil ardent‖ dévorait sa figure,Son beau maintien,‖ ses geste, sa parure ;Mêlait tout bas‖ sa voix à ses accents,Et recevait‖ l'amour par tous les sens.Chez la Louvet‖ vous savez que le diableÉtait entré‖ sans se rendre importun ;Et que le diable‖ et l'Amour, c'est tout un.L'archange noir,‖ de mal insatiable,Prit la cornette‖ et les traits de SuzonQui dès longtemps‖ servait dans la maison ;Fille entendue,‖ active, nécessaire,Coiffant, frisant,‖ portant des billets doux,Savante en l'art‖ de conduire une affaire,Et ménageant‖ souvent deux rendez-vous,L'un pour sa dame,‖ et puis l'autre pour elle.Satan, caché‖ sous l'air de la donzelle,Tint ce discours‖ à notre grosse belle :« Vous connaissez‖ mes talents et mon cœurJe veux servir‖ votre innocente ardeur ;Votre intérêt‖ d'assez près me concerne.Mon grand cousin‖ est de garde ce soir,En sentinelle‖ à certaine poterne ;Là, sans risquer‖ que votre honneur soit terne,Le beau Talbot‖ peut en secret vous voir.Écrivez-lui ;‖ mon grand cousin est sage,Il vous fera‖ très-bien votre message. »La présidente‖ écrit un beau billet,Tendre, emporté :‖ chaque mot porte à l'âmeLa volupté,‖ les désirs, et la flamme :On voyait bien‖ que le diable dictait.Le grand Talbot,‖ habile ainsi que tendre,Au rendez-vous‖ fit serment de se rendre :Mais il jura‖ que, dans ce doux conflit,Par les plaisirs‖ il irait à la gloire ;Et tout fut prêt‖ afin qu'au saut du litIl ne fît plus‖ qu'un saut à la victoire.Il vous souvient‖ que le frère LourdisFut envoyé,‖ par le grand saint Denys,Chez les Anglais‖ pour lui rendre service.Il était libre‖ et chantait son office,Disait sa messe,‖ et même confessait.Le preux Talbot‖ sur sa foi le laissait,Ne jugeant pas‖ qu'un rustre, un imbécile,Un moine épais,‖ excrément de couvent,Qu'il avait fait‖ fesser publiquement,Pût traverser‖ un général habile.Le juste ciel‖ en jugeait autrement.Dans ses décrets‖ il se complaît souventA se moquer‖ des plus grands personnages.Il prend les sots‖ pour confondre les sages.Un trait d'esprit,‖ venant du paradis,Illumina‖ le crâne de Lourdis.De son cerveau‖ la matière épaissieDevint légère,‖ et fut moins obscurcie ;Il s'étonna‖ de son discernement.Las ! nous pensons,‖ le bon Dieu sait comment !Connaissons-nous‖ quel ressort invisibleRend la cervelle‖ ou plus ou moins sensible ?Connaissons-nous‖ quels atomes diversFont l'esprit juste‖ ou l'esprit de travers,Dans quels recoins‖ du tissu cellulaireSont les talents‖ de Virgile ou d'Homère,Et quel levain,‖ chargé d'un froid poison,Forme un Thersite,‖ un Zoïle, un Fréron ?Un intendant‖ de l'empire de FlorePrès d'un œillet‖ voit la ciguë éclore ;La cause en est‖ au doigt du Créateur ;Elle est cachée‖ aux yeux de tout docteurN'imitons pas‖ leur babil inutile.Lourdis d'abord‖ devint très-curieux ;Utilement‖ il employa ses yeux.Il vit marcher‖ sur le soir, vers la ville,Des cuisiniers‖ qui portaient à la fileTous les apprêts‖ pour un repas exquis ;Truffes, jambons,‖ gélinottes, perdrix ;De gros flacons‖ à panse ciseléeRafraîchissaient,‖ dans la glace pilée,Ce jus brillant,‖ ces liquides rubisQue tient Cîteaux,‖ dans ses caveaux bénis.Vers la poterne‖ on marchait en silence ;Lourdis alors‖ fut rempli de science,Non de latin,‖ mais de cet art heureuxDe se conduire‖ en ce monde scabreux.Il fut doué‖ d'une douce faconde,Devint accort,‖ attentif, avisé,Regardant tout‖ du coin d'un œil rusé,Fin courtisan,‖ plein d'astuce profonde,Le moine, enfin,‖ le plus moine du monde.Ainsi l'on voit‖ en tout temps ses pareilsDe la cuisine‖ entrer dans les conseils ;Brouillons en paix,‖ intrigants dans la guerre,Régnant d'abord‖ chez le grossier bourgeois,Puis se glissant‖ au cabinet des rois,Et puis enfin,‖ troublant toute la terre ;Tantôt adroits‖ et tantôt insolents,Renards ou loups,‖ ou singes ou serpents :Voilà pourquoi‖ les Bretons mécréantsDe leur engeance‖ ont purgé l'Angleterre.Notre Lourdis‖ gagne un petit sentier,Qui par un bois‖ mène au royal quartier.En son esprit‖ roulant ce grand mystère,Il va trouver‖ Bonifoux son confrère.Dom Bonifoux,‖ en ce même moment,Sur les destins‖ rêvait profondément ;Il mesurait‖ cette chaîne invisibleQui tient liés‖ les destins et les temps,Les petits faits,‖ les grands événements,Et l'autre monde,‖ et le monde sensible.Dans son esprit‖ il les combine tous,Dans les effets‖ voit la cause et l'admire ;Il en suit l'ordre :‖ il sait qu'un rendez-vousPeut renverser‖ ou sauver un empire.Le confesseur‖ se souvenait encorQu'on avait vu‖ les trois fleurs de lis d'orEn champ d'albâtre‖ à la fesse d'un page,D'un page anglais :‖ surtout il envisageLes murs tombés‖ du mage Hermaphrodix.Ce qui surtout‖ l'étonne davantage,C'est le bon sens,‖ c'est l'esprit de Lourdis.Il connut bien‖ qu'à la fin saint DenysDe cette guerre‖ aurait tout l'avantage.Lourdis se fait‖ présenter polimentPar Bonifoux‖ à la royale amie ;Sur sa beauté‖ lui fait son compliment,Et sur le roi ;‖ puis il lui dit commentDu grand Talbot‖ la prudence endormieA pour le soir‖ un rendez-vous donnéVers la poterne,‖ où ce déterminéEst attendu‖ par la Louvet qui l'aime.« On peut, dit-il,‖ user d'un stratagème,Suivre Talbot,‖ et le surprendre là,Comme Samson‖ le fut par Dalila.Divine Agnès,‖ proposez cette affaireAu grand roi Charle.‖ — Ah ! mon révérend père,Lui dit Agnès,‖ pensez-vous que le roiPuisse toujours‖ être amoureux de moi ?— Je n'en sais rien :‖ je pense qu'il se damne,Répond Lourdis ;‖ ma robe le condamne,Mon cœur l'absout.‖ Ah ! qu'ils sont fortunésCeux qui pour vous‖ seront un jour damnés ! »Agnès reprit :‖ « Moine, votre réponseEst bien flatteuse,‖ et de l'esprit annonce. »Puis dans un coin‖ le tirant à l'écart,Elle lui dit :‖ « Auriez-vous par hasardChez les Anglais‖ vu le jeune Monrose ? »Le moine noir‖ l'entendit finement :« Oui, je l'ai vu,‖ dit-il, il est charmant. »Agnès rougit,‖ baisse les yeux, composeSon beau visage ;‖ et prenant par la mainL'adroit Lourdis,‖ le mène avant nuit closeAu cabinet‖ de son cher suzerain.Lourdis y fit‖ un discours plus qu'humain.Le roi Charlot,‖ qui ne le comprit guère,Fit assembler‖ son conseil souverain,Ses aumôniers‖ et son conseil de guerre.Jeanne, au milieu‖ des héros ses pareils,Comme au combat‖ assistait aux conseils.La belle Agnès,‖ d'une façon gentille,Discrètement‖ travaillant à l'aiguille,De temps en temps‖ donnait de bons avis,Qui du roi Charle‖ étaient toujours suivis.On proposa‖ de prendre avec adresseSous les remparts‖ Talbot et sa maîtresse :Tels dans les cieux‖ le Soleil et VulcainSurprirent Mars‖ avec son Aphrodise.On prépara‖ cette grande entreprise,Qui demandait‖ et la tête et la main.Dunois d'abord‖ prit le plus long chemin,Fit une marche‖ et pénible et savante,Effort de l'art,‖ que dans l'histoire on vante.Entre la ville‖ et l'armée on passa,Vers la poterne‖ enfin on se plaça.Talbot goûtait‖ avec sa présidenteLes premiers fruits‖ d'une union naissante,Se promettant‖ que du lit aux combats,En vrai héros,‖ il ne ferait qu'un pas.Six régiments‖ devaient suivre à la file.L'ordre est donné.‖ C'était fait de la ville.Mais ses guerriers,‖ de la veille engourdis,Pétrifiés‖ d'un sermon de Lourdis,Bâillaient encore‖ et se mouvaient à peine ;L'un contre l'autre‖ ils dormaient dans la plaine.O grand miracle !‖ ô pouvoir de Denys !Jeanne et Dunois,‖ et la brillante éliteDes chevaliers‖ qui marchaient à leur suite,Bordaient déjà,‖ sous les murs d'Orléans,Les longs fossés‖ du camp des assiégeants.Sur un cheval‖ venu de Barbarie,Le seul que Charle‖ eût dans son écurie,Jeanne avançait,‖ en tenant d'une mainDe Débora‖ l'estramaçon divin ;A son côté‖ pendait la noble épéeQui d'Holopherne‖ a la tête coupée.Notre Pucelle,‖ avec dévotion,Fit à Denys‖ tout bas cette oraison :« Toi qui daignas‖ à ma faiblesse, obscure,Dans Domremi,‖ confier cette armure,Sois le soutien‖ de ma fragilité.Pardonne-moi,‖ si quelque vanitéFlatta mes sens‖ quand ton âne infidèleS'émancipa‖ jusqu'à me trouver belle.Mon cher patron,‖ daigne te souvenirQue c'est par moi‖ que tu voulus punirDe ces Anglais‖ les ardeurs enragées,Qui polluaient‖ des nonnes affligées.Un plus grand cas‖ se présente aujourd'hui :Je ne puis rien‖ sans ton divin appui.Prête ta force‖ au bras de ta servante ;Il faut sauver‖ la patrie expirante,Il faut venger‖ les lis de Charles sept,Avec l'honneur‖ du président Louvet.Conduis à fin‖ cette aventure honnête ;Ainsi le ciel‖ te conserve la tête ! »Du haut du ciel‖ saint Denys l'entendit,Et dans le camp‖ son âne la sentit :Il sentit Jeanne ;‖ et d'un battement d'aile,La tête haute,‖ il s'envole vers elle.Il s'agenouille,‖ il demande pardonDes attentats‖ de sa tendresse impure.« Je fus, dit-il,‖ possédé du démon ;Je m'en repens.‖ » Il pleure, il la conjureDe le monter ;‖ il ne saurait souffrirQue sous sa Jeanne‖ un autre ose courir.Jeanne vit bien‖ qu'une vertu divineLui ramenait‖ la volatile asine.Au pénitent‖ sa grâce elle accorda,Fessa son âne,‖ et lui recommandaD'être à jamais‖ plus discret et plus sage.L'âne le jure,‖ et, rempli de courage,Fier de sa charge,‖ il la porte dans l'air.Sur les Anglais‖ il fond comme un éclair,Comme un éclair‖ que la foudre accompagne.Jeanne eu volant‖ inonde la campagneDe flots de sang,‖ de membres dispersés,Coupe cent cous‖ l'un sur l'autre entassés.Dans son croissant‖ de la nuit la courrièreLui fournissait‖ sa douteuse lumière.L'Anglais surpris,‖ encor tout étourdi,Regarde en haut‖ d'où le coup est parti ;Il ne voit point‖ la lance qui le tue.La troupe fuit,‖ égarée, éperdue,Et va tomber‖ dans les mains de Dunois.Charles se voit‖ le plus heureux des rois.Ses ennemis‖ à ses coups se présentent,Tels que perdreaux‖ en l'air éparpillés,Tombant en foule‖ et par le chien pillés,Sous le fusil‖ la bruyère ensanglantent.La voix de l'âne‖ inspire la terreur ;Jeanne d'en haut‖ étend son bras vengeur,Poursuit, pourfend,‖ perce, coupe, déchire ;Dunois assomme ;‖ et le bon Charles tireA son plaisir‖ tout ce qui fuit de peur.Le beau Talbot,‖ tout enivré des charmesDe sa Louvet,‖ et de plaisirs rendu,Sur son beau sein‖ mollement étendu,A sa poterne‖ entend le bruit des armes ;Il en triomphe.‖ Il disait à part soi :« Voilà mes gens,‖ Orléans est à moi. »Il s'applaudit‖ de ses ruses habiles.« Amour, dit-il,‖ c'est toi qui prends les villes. »Dans cet espoir‖ Talbot encouragéDonne à sa belle‖ un baiser de congé.Il sort du lit,‖ il s'habille, il s'avance,Pour recevoir‖ les vainqueurs de la France.Auprès de lui‖ le grand Talbot n'avaitQu'un écuyer,‖ qui toujours le suivait ;Grand confident‖ et rempli de vaillance,Digne vassal‖ d'un si galant héros,Gardant sa lance‖ ainsi que les manteaux.« Entrez, amis,‖ saisissez votre proie, »Criait Talbot ;‖ mais courte fut sa joie.Au lieu d'amis,‖ Jeanne, la lance en main,Fondait vers lui‖ sur son âne divin.Deux cents Français‖ entrent par la poterne ;Talbot frémit,‖ la terreur le consterne.Ces bons Français‖ criaient : « Vive le roi !A boire, à boire,‖ avançons ; marche à moi !A moi, Gascons,‖ Picards ! qu'on s'évertue,Point de quartier !‖ les voilà, tire, tue ! »Talbot, remis‖ du long saisissementQue lui causa‖ le premier mouvement,A sa poterne‖ ose encor se défendre :Tel, tout sanglant,‖ dans sa patrie en cendre,Le fils d'Anchise‖ attaquait son vainqueur.Talbot combat‖ avec plus de fureur,Il est Anglais ;‖ l'écuyer le seconde :Talbot et lui‖ combattraient tout un monde.Tantôt de front,‖ et tantôt dos à dos,De leurs vainqueurs‖ ils repoussent les flots ;Mais à la fin‖ leur vigueur épuiséeCède au Français‖ une victoire aisée.Talbot se rend,‖ mais sans être abattu.Jeanne et Dunois‖ prisèrent sa vertu.Ils vont tous deux,‖ de manière engageante,Au président‖ rendre la présidente.Sans nul soupçon‖ il la reçoit très-bien :Les bons maris‖ ne savent jamais rien.Louvet toujours‖ ignora que la FranceA sa Louvet‖ devait sa délivrance.Du haut des cieux‖ Denys applaudissait ;Sur son cheval‖ saint George frémissait ;L'âne entonnait‖ son octave écorchante,Qui des Bretons‖ redoublait l'épouvante.Le roi, qu'on mit‖ au rang des conquérants,Avec Agnès‖ soupa dans Orléans.La même nuit,‖ la fière et tendre Jeanne,Ayant au ciel‖ renvoyé son bel âne,De son serment‖ accomplissant les lois,Tint sa parole‖ à son ami Dunois.Lourdis, mêlé‖ dans la troupe fidèle,Criait encore :‖ « Anglais ! elle est pucelle ! »

Versification

Forme
Strophe unique
Mètre
Décasyllabes· profil 4+6
Mots à la rime
a expérience / l'enfance féminine, classiqueb d'enfants / différents masculine, classiquec piqûre / blessure féminine, classiqued douleur / cœur masculine, classiquee dévorant / instant masculine, classiquef ravage / visage féminine, classiqueg animé / enflammé masculine, classiqueh étincelle / infidèle féminine, classiquei bruit / fuit masculine, classiquej poursuit / épris / écrits masculine, non classiquek mémoire / gloire féminine, classiquel Jeanne / profane féminine, classiquem combattu / vertu masculine, classiquen infâmes / dames féminine, classiqueo succombé / tombé masculine, classiquep pareilles / merveilles / oreilles féminine, classiqueq temps / éclatants / talents masculine, classiquer occasion / satisfaction masculine, classiques personne / pardonne féminine, classiquet amour / jour masculine, classiqueu internissable / diable / inébranlable féminine, classiquev éloquent / amant masculine, classiquew l'ignore / adore féminine, classiquex discours / amours masculine, classiquey plaire / légère féminine, classiquez avérée / dorée féminine, classiquea Dunois / carquois masculine, classiqueb tendresse / faiblesse féminine, classiquec roi / loi masculine, classiqued pucelage / gage féminine, classiquee appas / pas masculine, classiquef fidèle / l'appelle féminine, classiqueg céleste / funeste féminine, classiqueh tour / l'amour masculine, classiquei s'oublie / folie féminine, classiquej honteuse / vertueuse féminine, classiquek propos / héros masculine, classiquel patron / rayon masculine, classiquem monture / figure féminine, classiquen vigilants / d'Orléans masculine, classiquep arrêtez / comptés masculine, classiqueq destinée / donnée féminine, classiquer fleur / vengeur / l'usurpateur masculine, classiques tremble / ensemble féminine, classiquet s'adoucit / soumit masculine, classiqueu hommage / gage féminine, classiquev pudeur / sœur masculine, classiquew continrent / convinrent féminine, classiquex très-satisfait / effet masculine, classiquey même / stratagème féminine, classiquez hautains / fins masculine, classiquea puissance / France féminine, classiqueb livrer / espérer masculine, classiquec expérience / vaillance féminine, classiqued l'entrepris / ris masculine, classiquee conquêtes / honnêtes féminine, classiquef coups / fous masculine, classiqueg présidente / triomphante féminine, classiqueh escalade / canonnade féminine, classiquei efforts / dehors masculine, classiquej cohortes / portes féminine, classiquek toits / fois masculine, classiquel agile / ville féminine, classiquem voix / bourgeois masculine, classiquen guerre / terre féminine, classiqueo Sort / mort masculine, classiquep ouverture / masure féminine, classiqueq amant / ondoyant masculine, classiquer étincelles / prunelles féminine, classiques demi-dieu / feu masculine, classiquet dépouillée / grillée féminine, classiqueu cœur / acteur masculine, classiquev figure / parure féminine, classiquew accents / sens masculine, classiquex diable / insatiable féminine, classiquey importun / un masculine, classiquez Suzon / maison masculine, classiquea nécessaire / affaire féminine, classiqueb doux / rendez-vous masculine, classiquec elle / donzelle / belle féminine, classiqued cœur / ardeur masculine, classiquee concerne / poterne / terne féminine, classiquef soir / voir masculine, classiqueg sage / message féminine, classiqueh billet / dictait masculine, classiquei l'âme / flamme féminine, classiquej tendre / rendre féminine, classiquek conflit / lit masculine, classiquel gloire / victoire féminine, classiquem Lourdis / Denys masculine, classiquen service / office féminine, classiqueo confessait / laissait masculine, classiquep imbécile / habile féminine, classiqueq couvent / publiquement masculine, classiquer autrement / souvent masculine, classiques personnages / sages féminine, classiquet paradis / Lourdis masculine, classiqueu épaissie / obscurcie féminine, classiquev discernement / comment masculine, classiquew invisible / sensible féminine, classiquex divers / travers masculine, classiquey cellulaire / d'Homère féminine, classiquez poison / Fréron masculine, classiquea Flore / éclore féminine, classiqueb Créateur / docteur masculine, classiquec inutile / ville / file féminine, classiqued très-curieux / yeux masculine, classiquee exquis / perdrix masculine, classiquef ciselée / pilée féminine, classiqueg rubis / bénis masculine, classiqueh silence / science féminine, classiquei heureux / scabreux masculine, classiquej faconde / profonde / monde féminine, classiquek avisé / rusé masculine, classiquel pareils / conseils masculine, classiquen bourgeois / rois masculine, classiqueo insolents / serpents masculine, classiquep mécréants / moment masculine, classiqueq l'Angleterre / mystère / confrère féminine, classiquer sentier / quartier masculine, classiques profondément / temps / événements masculine, classiqueu tous / rendez-vous masculine, classiquev l'admire / empire féminine, classiquew encor / d'or masculine, classiquex page / envisage féminine, classiquey Hermaphrodix / Lourdis / Denys masculine, non classiquez davantage / l'avantage féminine, classiquea poliment / compliment / comment masculine, classiqueb amie / endormie féminine, classiquec donné / déterminé masculine, non classiqued l'aime / stratagème féminine, classiquee là / Dalila masculine, classiquef affaire / père féminine, classiqueg roi / moi masculine, classiqueh damne / condamne féminine, classiquei fortunés / damnés masculine, classiquej réponse / annonce féminine, classiquek l'écart / hasard masculine, classiquel Monrose / compose / close féminine, classiquem finement / charmant masculine, classiquen main / suzerain masculine, classiqueo qu'humain / souverain masculine, classiquep guère / guerre féminine, classiquer gentille / l'aiguille féminine, classiques avis / suivis masculine, classiquet adresse / maîtresse féminine, classiqueu Vulcain / main / chemin masculine, classiquev Aphrodise / entreprise féminine, classiquew savante / vante féminine, classiquex passa / plaça masculine, classiquey présidente / naissante féminine, classiquez combats / pas masculine, classiquea file / ville féminine, classiqueb engourdis / Lourdis / Denys masculine, classiquec peine / plaine féminine, classiqued élite / suite féminine, classiquee d'Orléans / assiégeants masculine, classiquef Barbarie / écurie féminine, classiqueg main / divin masculine, classiqueh épée / coupée féminine, classiquei dévotion / oraison masculine, classiquej obscure / armure féminine, classiquek fragilité / vanité masculine, classiquel infidèle / belle féminine, classiquem souvenir / punir masculine, classiquen enragées / affligées féminine, classiqueo aujourd'hui / appui masculine, classiquep servante / expirante féminine, classiqueq sept / Louvet masculine, classiquer honnête / tête féminine, classiques l'entendit / sentit masculine, classiquet d'aile / elle féminine, classiqueu pardon / démon masculine, classiquev impure / conjure féminine, classiquew souffrir / courir masculine, classiquex divine / asine féminine, classiquey accorda / recommanda masculine, classiquez sage / courage féminine, classiquea l'air / éclair masculine, classiqueb accompagne / campagne féminine, classiquec dispersés / entassés masculine, classiqued courrière / lumière féminine, classiquee étourdi / parti masculine, classiquef tue / éperdue féminine, classiqueg Dunois / rois masculine, classiqueh présentent / ensanglantent féminine, classiquei éparpillés / pillés masculine, classiquej terreur / vengeur / peur masculine, classiquek déchire / tire féminine, classiquel charmes / armes féminine, classiquem rendu / étendu masculine, classiquen soi / moi masculine, classiqueo habiles / villes féminine, classiquep encouragé / congé masculine, classiqueq s'avance / France / vaillance féminine, classiquer n'avait / suivait masculine, classiques héros / manteaux masculine, classiquet proie / joie féminine, classiquev poterne / consterne féminine, classiquex s'évertue / tue féminine, classiquey saisissement / mouvement masculine, classiquez défendre / cendre féminine, classiquea vainqueur / fureur masculine, classiqueb seconde / monde féminine, classiquec dos / flots masculine, classiqued épuisée / aisée féminine, classiquee abattu / vertu masculine, classiquef engageante / présidente féminine, classiqueg très-bien / rien masculine, classiqueh France / délivrance féminine, classiquei applaudissait / frémissait masculine, classiquej écorchante / l'épouvante féminine, classiquek conquérants / Orléans masculine, classiquel Jeanne / âne féminine, classiquem lois / Dunois masculine, classiquen fidèle / pucelle féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

462 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète de Voltaire, Paris, Furne, Libraire-Éditeur, 1835· numérisation poesies.net· Sources