Les épîtres, 1706‑1778
Épître Cvi
1769 À MONSIEUR DE LAHARPE
Des dames de Paris‖ Boileau fit la satire.De la moitié du monde,‖ hélas ! Faut-il médire ?Jean-Jacque, assez connu‖ par ses témérités,En nouveau Diogène‖ aboie à nos beautés.Il leur a préféré‖ l'innocente faiblesse,Les faciles appas‖ de sa grosse suissesse,Qui, contre son amant‖ ayant peu combattu,Se défait d'un faux germe,‖ et garde sa vertu.« Mais nos dames, dit-il,‖ sont fausses et galantes,Sans esprit, sans pudeur,‖ et fort impertinentes ;Elles ont l'air hautain,‖ mais l'accueil familier,Le ton d'un petit-maître,‖ et l'œil d'un grenadier. »Ô le méchant esprit !‖ Gardez-vous bien de lireDe ce grave insensé‖ l'insipide délire.Auteurs mieux élevés,‖ fêtez dans vos écritsLes dames de Versaille‖ et celles de Paris.Étudiez leur goût :‖ vous trouverez chez ellesDe l'esprit sans effort,‖ des grâces naturelles,De l'art de converser‖ les naïves douceurs,L'honnête liberté‖ qui réforma nos mœurs,Et tous ces agréments‖ que souvent PolymnieDédaigna d'accorder‖ aux hommes de génie.Ne connaissez-vous point‖ une femme de bien,Aimable en ses propos,‖ décente en son maintien,Belle sans être vaine,‖ instruite, et pourtant sage ?Elle n'est pas pour vous ;‖ mais briguez son suffrage.Après un tel portrait‖ cherchez-vous encor plus ?Avec tous les attraits‖ vous faut-il des vertus ?Faites-vous présenter‖ par certain secrétaireChez certaine beauté‖ dont le nom doit se taire ;C'est Vénus-Uranie,‖ épouse du dieu Mars.C'est elle dont l'esprit‖ anime les beaux-arts ;Non celle qu'on voyait,‖ sous le fils de Cynire,De son fripon d'enfant‖ suivant l'injuste empire,Entre Adonis et Mars‖ partager ses faveurs.Il est vrai qu'en sa cour‖ il est très-peu d'auteurs ;Dans les palais des dieux‖ elle vit retirée.Vénus est philosophe‖ au sein de l'empyrée :Mais sa philosophie‖ est de faire du bien ;Elle exige surtout‖ que je n'en dise rien.Sur mille infortunés‖ que sa bonté consoleJ'ai promis le secret,‖ et je lui tiens parole.Toi qui peignis si bien,‖ dans un style épuré,Une tendre novice,‖ un honnête curé ;Toi, dont le goût formé‖ voudrait encor s'instruire,Entre Mars et Vénus‖ tâche de t'introduire.Déjà de leurs bienfaits‖ tu connais le pouvoir :Il est un plus grand bien,‖ c'est celui de les voir.Mais ce bonheur est rare ;‖ et le dieu de la guerreGarde son cabinet,‖ dont on n'approche guère.Je sais plus d'un brave homme,‖ à sa porte assidu,Qui lui doit sa fortune,‖ et ne l'a jamais vu.Il faut entrer pourtant ;‖ il faut que les ApellesPuissent à leur plaisir‖ contempler leurs modèles,Et, pleins de leurs vertus‖ ainsi que de leurs traits,En transmettre à nos yeux‖ de fidèles portraits.Tes vers seront plus beaux,‖ et ta muse plus fièreD'un pas plus assuré‖ va fournir sa carrière.Courtin jadis en vers‖ à Sonning dit : « adieu,Faites mes compliments‖ à l'abbé De Chaulieu. »Moi, je te dis en prose :‖ « enfant de l'harmonie,Présente mon hommage‖ à Vénus-Uranie. »
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 31((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a satire / médire féminine, classiqueb témérités / beautés masculine, classiquec faiblesse / suissesse féminine, classiqued combattu / vertu masculine, classiquee galantes / impertinentes féminine, classiquef familier / grenadier masculine, classiqueg lire / délire féminine, classiqueh écrits / Paris masculine, classiquei elles / naturelles féminine, classiquej douceurs / mœurs masculine, classiquek Polymnie / génie féminine, classiquel bien / maintien masculine, classiquem sage / suffrage féminine, classiquen plus / vertus masculine, classiqueo secrétaire / taire féminine, classiquep Mars / beaux-arts masculine, classiqueq Cynire / empire féminine, classiquer faveurs / d'auteurs masculine, classiques retirée / l'empyrée féminine, classiquet bien / rien masculine, classiqueu console / parole féminine, classiquev épuré / curé masculine, classiquew s'instruire / t'introduire féminine, classiquex pouvoir / voir masculine, classiquey guerre / guère féminine, classiquez assidu / vu masculine, classiquea Apelles / modèles féminine, classiqueb traits / portraits masculine, classiquec fière / carrière féminine, classiqued adieu / Chaulieu masculine, classiquee l'harmonie / Vénus-Uranie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
62 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1877· numérisation poesies.net· Sources