Les épîtres, 1706‑1778
Épître Vii
A MONSIEUR LE DUC D’AREMBERG
D'Aremberg, où vas-tu ?‖ Penses-tu m'échapper ?Quoi ! Tandis qu'à Paris‖ on t'attend pour souper,Tu pars, et je te vois,‖ loin de ce doux rivage,Voler en un clin d'œil‖ aux lieux de ton bailliage !C'est ainsi que les dieux‖ qu'Homère a tant prônésFendaient les vastes airs‖ de leur course étonnés,Et les fougueux chevaux‖ du fier dieu de la guerreFranchissaient en deux sauts‖ la moitié de la terre.Ces grands dieux toutefois,‖ à ne déguiser rien,N'avaient point dans la Grèce‖ un château comme Enghien ;Et leurs divins coursiers,‖ regorgeant d'ambrosie,Ma foi, ne valaient pas‖ tes chevaux d'Italie.Que fais-tu cependant‖ dans ces climats amisQu'à tes soins vigilants‖ l'empereur a commis ?Vas-tu, de tes désirs‖ portant partout l'offrande,Séduire la pudeur‖ d'une jeune flamande,Qui, tout en rougissant,‖ acceptera l'honneurDes amours indiscrets‖ de son cher gouverneur ?La paix offre un champ libre‖ à tes exploits lubriques :Va remplir de cocus‖ les campagnes belgiques,Et fais-moi des bâtards‖ où tes vaillantes mainsDans nos derniers combats‖ firent tant d'orphelins.Mais quitte aussi bientôt,‖ si la France te tente,Des tetons du Brabant‖ la chair flasque et tremblante,Et, conduit par Momus‖ et porté par les ris,Accours, vole, et reviens‖ t'enivrer à Paris.Ton salon est tout prêt,‖ tes amis te demandent ;Du défunt Rothelin‖ les pénates t'attendent.Viens voir le doux La Faye‖ aussi fin que courtois,Le conteur Lasseré,‖ Matignon le sournois,Courcillon, qui toujours‖ du théâtre dispose,Courcillon, dont ma plume‖ a fait l'apothéose,Courcillon qui se gâte,‖ et qui, si je m'en croi,Pourrait bien quelque jour‖ être indigne de toi.Ah ! S'il allait quitter‖ la débauche et la table,S'il était assez fou‖ pour être raisonnable,Il se perdrait, grands dieux !‖ Ah ! Cher duc, aujourd'huiSi tu ne viens pour toi,‖ viens par pitié pour lui !Viens le sauver : dis-lui‖ qu'il s'égare et s'oublie,Qu'il ne peut être bon‖ qu'à force de folie,Et, pour tout dire enfin,‖ remets-le dans tes fers.Pour toi, près l'Auxerrois,‖ pendant quarante hivers,Bois, parmi les douceurs‖ d'une agréable vie,Un peu plus d'hypocras,‖ un peu moins d'eau-de-vie.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 22((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a m'échapper / souper masculine, classiqueb rivage / bailliage féminine, classiquec prônés / étonnés masculine, classiqued guerre / terre féminine, classiquee rien / Enghien masculine, classiquef d'ambrosie / d'Italie féminine, classiqueg amis / commis masculine, classiqueh l'offrande / flamande féminine, classiquei l'honneur / gouverneur masculine, classiquej lubriques / belgiques féminine, classiquek mains / d'orphelins masculine, classiquel tente / tremblante féminine, classiquem ris / Paris masculine, classiquen demandent / t'attendent féminine, classiqueo courtois / sournois masculine, classiquep dispose / l'apothéose féminine, classiqueq croi / toi masculine, classiquer table / raisonnable féminine, classiques aujourd'hui / lui masculine, classiquet s'oublie / folie féminine, classiqueu fers / hivers masculine, classiquev vie / d'eau-de-vie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1877· numérisation poesies.net· Sources