Les épîtres, 1706‑1778
Épître Xlvii
1734 À MADAME DU CHÂTELET
Je voulais, de mon cœur‖ éternisant l'hommage,Emprunter la langue des dieux,Et vous parler votre langage :Je voulais dans mes vers‖ peindre la vive imageDe ce feu, de cette âme,‖ et de ces dons des cieux,Qu'on sent dans vos discours‖ et qu'on voit dans vos yeux.Le projet était grand,‖ mais faible est mon génie :Aussitôt j'invoquai‖ les dieux de l'harmonie,Les maîtres qui d'Auguste‖ ont embelli la cour ;Tous me devaient aider,‖ et chanter à leur tour.Le cœur les fit parler,‖ leur muse est naturelle ;Vous les connaissez tous,‖ ils sont vos favoris ;Des auteurs à jamais‖ ils sont l'heureux modèle,Excepté de vos beaux esprits,Et de Bernard De Fontenelle.J'eus l'art de les toucher,‖ car je parlais de vous ;À votre nom divin‖ je les vis tous paraître.Virgile le premier,‖ mon idole et mon maître,Virgile s'avança‖ d'un air égal et doux ;Les échos répondaient‖ à sa muse champêtre,L'air, la terre et les cieux‖ en étaient embellis ;Tandis que ce pasteur,‖ assis au pied d'un hêtre,Embrassait Corydon‖ et caressait Philis,On voyait près de lui,‖ mais non pas sur sa trace,Cet adroit courtisan‖ et délicat Horace,Mêlant au dieu du vin‖ l'une et l'autre Vénus,D'un ton plus libertin‖ caresser avec grâceEt Glycère et Ligurinus.Celui qui fut puni‖ de sa coquetterie,Le maître en l'art d'aimer,‖ qui rien ne nous apprit,Prodiguait à Corinne‖ avec galanterieBeaucoup d'amour et trop d'esprit.Tibulle, caressé‖ dans les bras de Délie,Par des vers enchanteurs‖ exhalait ses plaisirs ;Et Catulle vantait,‖ plus tendre en ses désirs,Dans son style emporté,‖ les baisers de Lesbie.Vous parûtes alors,‖ adorable Émilie :Je vis soudain sur vous‖ tous les yeux se tourner ;Votre aspect enlaidit les belles,Et de leurs amants enchantésVous fîtes autant d'infidèles.Je pensais qu'à l'instant‖ ils allaient m'inspirer ;Mais, jaloux de vous plaire‖ et de vous célébrer,Ils ont bien rabaissé‖ ma téméraire audace.Je vois qu'il n'appartient‖ qu'aux maîtres du parnasseDe vous offrir des vers,‖ et de chanter pour vous ;C'est un honneur‖ dont je serais jaloux,Si jamais j'étais à leur place.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 1[abaabbccdd] 1[ababa] 1[abba] 3[abab] 1[aabab] 1[abbaa] 1[aa] 1[aabba]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (37 de 12, 10 de 8, 1 de 10)· profil 8, 4+6, 6+6
- Mots à la rime
- a l'hommage / langage / image féminine, classiqueb dieux / cieux / yeux masculine, classiquec génie / l'harmonie féminine, classiqued cour / tour masculine, classiquee naturelle / modèle / Fontenelle féminine, classiquef favoris / esprits masculine, classiqueg vous / doux masculine, classiqueh paraître / maître féminine, classiquei champêtre / hêtre féminine, classiquej embellis / Philis masculine, classiquek trace / Horace / grâce féminine, classiquel Vénus / Ligurinus masculine, classiquem coquetterie / galanterie féminine, classiquen apprit / d'esprit masculine, classiqueo Délie / Lesbie / Émilie féminine, classiquep plaisirs / désirs masculine, classiqueq tourner / enchantés masculine, classiquer belles / d'infidèles féminine, classiques m'inspirer / célébrer masculine, classiquet audace / parnasse / place féminine, classiqueu vous / jaloux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1877· numérisation poesies.net· Sources