Les épîtres, 1706‑1778
Épître Xxix
1729 A MONSIEUR PALLU
A Plombières, auguste 1729.
Du fond de cet antre pierreux,Entre deux montagnes cornues,Sous un ciel noir et pluvieux,Où les tonnerres orageuxSont portés sur d'épaisses nues,Près d'un bain chaud toujours crotté,Plein d'une eau qui fume et bouillonne,Où tout malade empaqueté,Et tout hypocondre entêté,Qui sur son mal toujours raisonne,Se baigne, s'enfume, et se donneLa question pour la santé ;Où l'espoir ne quitte personne :De cet antre où je vois venirD'impotentes sempiternellesQui toutes pensent rajeunir,Un petit nombre de pucelles,Mais un beaucoup plus grand de cellesQui voudraient le redevenir ;Où par le coche on nous amèneDe vieux citadins de Nancy,Et des moines de Commercy,Avec l'attribut de Lorraine,Que nous rapporterons d'ici :De ces lieux, où l'ennui foisonne,J'ose encore écrire à Paris.Malgré Phébus qui m'abandonne,J'invoque l'amour et les ris ;Ils connaissent peu ma personne ;Mais c'est à Pallu que j'écris :Alcibiade me l'ordonne,Alcibiade, qu'à la courNous vîmes briller tour à tourPar ses grâces, par son courage,Gai, généreux, tendre, volage,Et séducteur comme l'amour,Dont il fut la brillante image.L'amour, ou le temps, l'a défaitDu beau vice d'être infidèle :Il prétend d'un amant parfaitÊtre devenu le modèle.J'ignore quel objet charmantA produit ce grand changement,Et fait sa conquête nouvelle ;Mais qui que vous soyez, la belle,Je vous en fais mon compliment.On pourrait bien à l'aventureChoisir un autre greluchon,Plus Alcide pour la figure,Et pour le cœur plus Céladon ;Mais quelqu'un plus aimable, non ;Il n'en est point dans la nature :Car, madame, où trouvera-t-onD'un ami la discrétion,D'un vieux seigneur la politesse,Avec l'imaginationEt les grâces de la jeunesse ;Un tour de conversationSans empressement, sans paresse,Et l'esprit monté sur le tonQui plaît à gens de toute espèce ?Et n'est-ce rien d'avoir tâtéTrois ans de la formalitéDont on assomme une ambassade,Sans nous avoir rien rapportéDe la pesante gravitéDont cent ministres font parade ?À ce portrait si peu flatté,Qui ne voit mon Alcibiade ?
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a pierreux / pluvieux / orageux masculine, classiqueb cornues / nues féminine, classiquec crotté / empaqueté masculine, classiqued bouillonne / raisonne féminine, classiquee entêté / santé masculine, classiquef donne / personne féminine, classiqueg venir / rajeunir / redevenir masculine, classiqueh sempiternelles / pucelles / celles féminine, classiquei amène / Lorraine féminine, classiquej Nancy / Commercy masculine, classiquek d'ici / Paris masculine, classiquel foisonne / m'abandonne féminine, classiquem ris / j'écris masculine, classiquen personne / l'ordonne féminine, non classiqueo cour / tour / l'amour masculine, classiquep courage / volage / image féminine, classiqueq défait / parfait masculine, classiquer infidèle / modèle féminine, classiques charmant / changement / compliment masculine, classiquet nouvelle / belle féminine, classiqueu l'aventure / figure / nature féminine, classiquev greluchon / Céladon masculine, classiquew non / trouvera-t-on masculine, classiquex discrétion / l'imagination masculine, classiquey politesse / jeunesse féminine, classiquez conversation / ton masculine, classiquea paresse / espèce féminine, classiqueb tâté / formalité masculine, classiquec ambassade / parade / Alcibiade féminine, classiqued rapporté / gravité / flatté masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
69 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1877· numérisation poesies.net· Sources