Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les épîtres, 1706‑1778

Épître Xxx

1729 AUX MÂNES DE M. DE GENONVILLE

Voltaire· strophe unique, alexandrins et octosyllabes, 48 vers

Toi que le ciel jaloux‖ ravit dans son printemps ;Toi de qui je conserve‖ un souvenir fidèle,Vainqueur de la mort et du temps ;Toi dont la perte, après dix ans,M'est encore affreuse et nouvelle ;Si tout n'est pas détruit ;‖ si, sur les sombres bords,Ce souffle si caché,‖ cette faible étincelle,Cet esprit, le moteur‖ et l'esclave du corps,Ce je ne sais quel sens‖ qu'on nomme âme immortelle,Reste inconnu de nous,‖ est vivant chez les morts ;S'il est vrai que tu sois,‖ et si tu peux m'entendre,Ô mon cher Genonville !‖ Avec plaisir reçoiCes vers et ces soupirs‖ que je donne à ta cendre,Monument d'un amour‖ immortel comme toi.Il te souvient du temps‖ où l'aimable égérie,Dans les beaux jours de notre vie,Écoutait nos chansons,‖ partageait nos ardeurs.Nous nous aimions tous trois.‖ La raison, la folie,L'amour, l'enchantement‖ des plus tendres erreurs,Tout réunissait nos trois cœurs.Que nous étions heureux !‖ Même cette indigence,Triste compagne des beaux jours,Ne put de notre joie‖ empoisonner le cours.Jeunes, gais, satisfaits,‖ sans soins, sans prévoyance,Aux douceurs du présent‖ bornant tous nos désirs,Quel besoin avions-nous‖ d'une vaine abondance ?Nous possédions bien mieux,‖ nous avions les plaisirs !Ces plaisirs, ces beaux jours‖ coulés dans la mollesse,Ces ris, enfants de l'allégresse,Sont passés avec toi‖ dans la nuit du trépas.Le ciel, en récompense,‖ accorde à ta maîtresseDes grandeurs et de la richesse,Appuis de l'âge mûr,‖ éclatant embarras,Faible soulagement‖ quand on perd sa jeunesse.La fortune est chez elle,‖ où fut jadis l'amour.Les plaisirs ont leur temps,‖ la sagesse a son tour.L'amour s'est envolé‖ sur l'aile du bel âge ;Mais jamais l'amitié‖ ne fuit du cœur du sage.Nous chantons quelquefois‖ et tes vers et les miens ;De ton aimable esprit‖ nous célébrons les charmes ;Ton nom se mêle encore‖ à tous nos entretiens ;Nous lisons tes écrits,‖ nous les baignons de larmes.Loin de nous à jamais‖ ces mortels endurcis,Indignes du beau nom,‖ du nom sacré d'amis,Ou toujours remplis d'eux,‖ ou toujours hors d'eux-même,Au monde, à l'inconstance‖ ardents à se livrer,Malheureux, dont le cœur‖ ne sait pas comme on aime,Et qui n'ont point connu‖ la douceur de pleurer !

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
1[abaab] 1[ababa] 3[abab] 1[aababb] 1[abbacac] 4[aa] 1[abbab]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (40 de 12, 8 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a printemps / temps / ans masculine, classiqueb fidèle / nouvelle féminine, classiquec bords / corps / morts masculine, classiqued étincelle / immortelle féminine, classiquee m'entendre / cendre féminine, classiquef reçoi / toi masculine, classiqueg égérie / vie / folie féminine, classiqueh ardeurs / erreurs / cœurs masculine, classiquei indigence / prévoyance / abondance féminine, classiquej jours / cours masculine, classiquek désirs / plaisirs masculine, classiquel mollesse / l'allégresse féminine, classiquem trépas / embarras masculine, classiquen maîtresse / richesse / jeunesse féminine, classiqueo l'amour / tour masculine, classiquep âge / sage féminine, classiqueq miens / entretiens masculine, classiquer charmes / larmes féminine, classiques endurcis / d'amis masculine, classiquet d'eux-même / aime féminine, classiqueu livrer / pleurer masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1877· numérisation poesies.net· Sources